Jolie bleusaille

  • Romain Ntamack (France) contre le pays de Galles
    Romain Ntamack (France) contre le pays de Galles
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L'édito d'Emmanuel Massicard... Surtout, ne nous parlez pas de Grand Chelem ! Pas encore. Ce n’est pas que nous sommes superstitieux mais bon, chaque chose en son temps. Attendons un peu avant de nous pousser du col, se prendre pour d’autres et rêver d’être champions du monde en 2023. Bref, d’avoir le « teston » !

Profitons de l’instant. Ce n’est pas tous les jours que l’on gagne à Cardiff ! Qui plus est face à l’équipe la plus expérimentée du Tournoi, cuite à l’étouffée par notre bleusaille passée maître dans l’art de défendre… Savourons le bras d’honneur aux bookmakers avant d’apprécier la force de caractère de ces gars qui viennent d’accrocher Anglais et Gallois aux premières lignes d’un palmarès de débutant. Charles Ollivon et sa bande n’ont pas raté leur dépucelage. Et nous, ne sommes pas près d’oublier la leçon de ce samedi, quand l’enfer du Millennium a révélé la part encore cachée du potentiel qui habite ce drôle de XV de France.

À Cardiff, nous avons eu confirmation que la précision du cadre posé par le duo Galthié/Ibanez permettait aux joueurs d’enfin savoir où ils doivent aller ; qu’ils avaient retrouvé une âme ; que la défense cornaquée par Shaun Edwards était un petit bijou ; que cette équipe recèle des joueurs de dimension internationale ; que sa charnière, Dupont-Ntamack, a tout pour être une référence mondiale. Avec ça, les Bleus pourront voyager.

Quel bonheur ! Quelle joie de voir ainsi la troupe bercée par une forme d’insouciance, prête à tout croire et capable de renverser des montagnes. Il y a un mois, ces Bleus ne savaient rien. Finalement, ils ont assumé l’essentiel en se montrant solidaires, généreux et intelligents pour l’emporter au pays de Galles où aucune équipe de France ne s’était imposée depuis dix ans. C’est très clairement tout ce que l’on aime, et tout ce que l’on attend du XV de France.

Dans l’air du temps, c’est la jeunesse qui a triomphé face au métier, aux jambes lourdes et aux kilos accumulés par la force de l’âge gallois. À l’image d’un Leigh Halfpenny qui nous est apparu bien trop lent, lourdaud, dépassé et peu inspiré pour faire de l’ombre à Anthony Bouthier. À l’image d’un Ken Owens trop besogneux pour donner le change à l’activité de Julien Marchand. Des exemples comme ceux-là, nous pourrions en citer d’autres pour servir l’évidence : l’équipe de France est cette fois dans le vrai en privilégiant la fraîcheur, la vitesse et le mouvement face au culte de la puissance qui l’a régulièrement aveuglée ces dernières années. Ce n’est certainement pas un hasard si cette jolie Bleusaille a retrouvé du crédit auprès de la « famille » et du grand public. L’avenir lui appartient et nous pourrions jurer que le meilleur est à venir, avec ce matelas de confiance qui ne cesse de grossir.

Convenez que tout va très vite, presque trop vite. Il y a un an à pareille époque, nous étions la risée du monde entier ; avec des sélectionneurs qui cumulaient les pires bilans sportifs. La réussite actuelle de Fabien Galthié ravive forcément les regrets de ne pas avoir vu nos dirigeants lui tendre la main plus tôt. Et de comprendre, surtout, que le XV de France méritait la concentration de tous les efforts, des plus féroces compétences.

Ne nous parlez pas de Grand Chelem. Pas encore. Demain, ces Bleus pourraient le mériter.

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