Banale chose

  • Les Bleus n'auront pas de contact physique avec le public
    Les Bleus n'auront pas de contact physique avec le public Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
Publié le / Mis à jour le

L'édito du lundi d'Emmanuel Massicard... Le temps de la psychose n’est pas encore venu. Ce week-end du moins, le rugby a encore échappé au coronavirus. Et à la crise de nerfs, quand il faudra gérer les huis clos qui nous pendent au nez, ou caser des matchs reportés dans un calendrier qui dégueule.

Jusqu’ici, c’est toujours une menace fantôme. Invisible. D’un rien nous direz-vous, puisque le match Racing - La Rochelle, programmé dans la bulle de l’Arena, aurait dû être annulé au nom des recommandations et du principe de précaution. Appréciez, nous ne sommes pas loin du tour de magie avec cette rencontre de Top 14 qui échappe aux contraintes et à la raison quand le semi-marathon de Paris, lui, fut reporté.

Tout cela donne à croire que le rugby se plaît à défier la logique, à ne jamais rien faire comme les autres. Il en va ainsi des bises qui se claquent entre les joueurs et des accolades qui s’enchaînent comme autant de bras d’honneur face au risque de contagion. Il en va aussi des scènes de liesse formidables vécues à Bayonne où les joueurs de l’Aviron, encore en tenue, ont rejoint leurs supporters dans une drôle de farandole à l’instant de lancer la 3e mi-temps après le précieux succès remporté face à Toulouse. Il en va encore, de Charles Ollivon et des Bleus présents vendredi au salon de l’Agriculture, que Fabien Galthié invita à profiter du bain de foule avant de filer vers leur cloître du CNR.

Nous sommes loin du football et de ses consignes drastiques. Un monde où l’on ne se serre plus la main, où l’on ne croise plus les joueurs en zone mixte et où la conférence de presse de l’entraîneur du Paris Saint-Germain s’est déroulée samedi avec un cordon sanitaire pour le protéger des autres. Manquerait plus qu’il fasse les questions et les réponses. Manquerait plus que les buvettes du Parc des Princes remplacent les fûts de bière par des pintes de gel hydroalcoolique parfumé au houblon, manière de désinfecter les gosiers et de soulager les consciences.

On plaisante, hein. C’est pour dédramatiser. Parce que, quand même, l’affaire du Covid-19 est sérieuse. Il y a danger. Demain, ou dans quelques jours, le rugby devra lui aussi rentrer dans le rang. Il se protégera, se coupera de son monde et se méfiera de l’autre. La menace n’aura plus rien de fantôme et l’on jouera à contre-courant de nos valeurs les plus profondes : à huis clos, sans fiesta. Le rugby ne sera plus qu’un simple jeu, banale chose du quotidien.

Il en va ainsi de cette fin de Tournoi des 6 Nations, devenue chaotique, incertaine et finalement bien futile. On verra, bientôt si les Bleus peuvent aller au bout de leur aventure, face à l’Ecosse dimanche prochain et l’Irlande, dans quinze jours au Stade de France. Le feu d’artifice nous était promis ; c’était l’occasion magnifique de redorer le blason du rugby français. On verra si on jouera ou si la poisse s’accroche encore au parcours des Bleus, en les privant d’un Grand Chelem qui pourrait tout changer.

On verra, très vite, si le coronavirus est le premier adversaire capable de ralentir le plan de marche forcée de Galthié. Il n’y a franchement pas de quoi rigoler… Banale chose…

Voir les commentaires
Réagir