Vélodrome, la peur du vide

  • Stade Vélodrome lors du match Toulon - Montpellier en avril 2018
    Stade Vélodrome lors du match Toulon - Montpellier en avril 2018 Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

La réception du Stade toulousain au Vélodrome, prévue le 19 avril, va devenir l’un des enjeuxde la fin saison du RCT. Report, annulation, négociations avec l’OM pour relouer le Vélodromeou perte pure et dure ? Aujourd’hui toutes les options sont envisagées par les dirigeants toulonnais.

Depuis la première délocalisation au Vélodrome au printemps 2009, le RCT a fait de ce rendez-vous annuel une "tradition". "La semaine qui a suivi la première délocalisation, quand j’ai vu ce que comptablement cela nous avait apporté, j’ai décidé de changer de braquet, nous confiait Mourad Boudjellal dans le magazine de mars. Sans ce match, Wilkinson ne serait jamais venu". Et s’il lui est arrivé d’organiser jusqu’à quatre matchs loin de ses bases, Toulon a cette saison fait le choix de n’en faire qu’une, face au champion de France toulousain le 19 avril. Concert de "stars 80" à la marge, village rugby sur le Vieux port, le plan se déroulait sans accroc pour le RCT, qui a rapidement vendu 22 000 billets. "Nous avions tablé sur 50 000, tout en sachant que les trois semaines qui précédent la rencontre sont les plus fastes. Tout se passait parfaitement", nous confiait-on en interne samedi.

La billetterie toujours ouverte

Si elle semblait inéluctable, l’annonce de l’annulation de toute compétition jusqu’au 30 avril a donc malgré tout été reçue comme un coup de massue. Et face à l’urgence, les dirigeants toulonnais ont envisagé différentes options. La privilégiée : un report, qui impliquerait que la compétition reprenne au 30 avril, et que le club varois trouve une nouvelle disponibilité du stade Vélodrome. À ce moment les places achetées seraient toujours valables, et le club varois devrait "simplement" mettre un coup de collier pour remplir l’enceinte marseillaise : "On aura quelques jours pour refaire de cette rencontre un événement, et vendre a minima 30 000 billets." La seconde, du ressort de l’hypothétique : espérer que la situation sanitaire s’améliore soudainement, et que le match puisse finalement se disputer. En ce sens, le club varois n’a pas encore retiré les places de la vente, même si tout un chacun a bien remarqué que la vitesse de vente était désormais quasi à l’arrêt. "Ce serait dingue, mais on continue de travailler sur l’organisation de l’événement." La troisième option, que tout le monde craint du côté de la rade : l’annulation pure et dure, qui représenterait in fine la fameuse perte financière "à plusieurs zéros" pour le RCT. "Si ça se passe ainsi, on essayera de s’appuyer sur les excellentes relations que nous menons avec l’Olympique de Marseille pour trouver une solution " ; comprenez un match la saison prochaine, sans l’ensemble des coûts de réservation : une pirouette qui permettrait aux dirigeants toulonnais, si ce n’est de s’y retrouver, au moins de se retourner financièrement. Quoi qu’il en soit, s’il était un pari déterminant dans l’exercice financier en cours, ce déplacement au stade Vélodrome est depuis devenu une urgence pour le club varois, qui tente d’anticiper tant bien que mal une situation qui dépasse de très loin le cadre sportif.

Dès vendredi, en fin de journée et alors que chacun cherchait la meilleure posture à adopter en interne et la "moins mauvaise" des solutions face à la propagation du Coronavirus et au report des championnats comme le répètent les différents acteurs du rugby, les clubs du Top 14 ont décidé d’organiser une réunion téléphonique. À l’initiative du Stade toulousain, la plupart des présidents ont ainsi répondu présent, aux alentours de 17 h 30, pour essayer de convenir d’une position commune. En clair, le message était évident : "Plus nous avancerons unis et soudés, mieux ce sera." Question de clarté et de pertinence. Rapidement, ce qui était d’abord une volonté s’est transformé en réalité puisque la thèse du chômage partiel s’est dégagée et a quasiment fait l’unanimité. À de rares exceptions près, comme Brive qui a préféré mettre ses joueurs en vacances, les dirigeants se sont donc accordés, au moins dans un premier temps et jusqu’à nouvel ordre, sur cette option qui assure aux salariés 84 % de leurs revenus nets (voir détails page 5). Certains ont aussi indiqué quelques ajustements propres à chaque écurie, tel Pierre-Yves Revol qui aurait émis le souhait d’indemniser à 100 % les plus bas salaires de Castres. Reste que ce front commun a eu pour première vertu d’harmoniser les situations aux quatre coins du championnat.

Officialisation ce lundi

Pour l’heure, ce chômage partiel n’a pas encore été acté dans les faits mais il devrait l’être un peu partout dans les heures qui viennent. En effet, une réunion en commission paritaire doit avoir lieu ce lundi, entre 15 heures et 18 heures, entre les représentants de l’UCPR (Union des Clubs Professionnels de Rugby), de Provale (syndicat des joueurs), de Tech XV (syndicat des entraîneurs) et de la Ligue Nationale de Rugby, afin de définir les modalités de la mise en place du chômage partiel dans tous les clubs. Par ailleurs, au sein même des clubs, les dirigeants doivent suivre un processus précis dicté par le droit du travail, après notamment un entretien avec les délégués du personnel, avant de le valider auprès des employés et donc de l’expliquer aux joueurs. Voilà pourquoi ces derniers seront officiellement mis au courant dans la journée. À certains endroits, il a été convenu que ce sera par téléphone ; à d’autres, ce sera lors de réunions de petits groupes, ceci pour éviter tout rassemblement trop massif et suivre les précautions du gouvernement en matière sanitaire. En attendant, les joueurs sont pour la plupart chargés de s’entretenir à leur domicile, en suivant les programmes envoyés par les différents staffs.

Pierrick ILIC-RUFFINATTI
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