À tendance suicidaire

  • Mahamadou DIABY (Bordeaux).
    Mahamadou DIABY (Bordeaux). Icon Sport
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L'édito de Léo Faure... Au plaisir des matheux, un petit exposé arithmétique. Avec un calendrier figé bien que surdimensionné depuis bon nombre d’années, les saisons du rugby français d’élite proposent habituellement 49 weekends de compétition (29 dévolus au Top 14, 11 à l’équipe de France, 9 aux Coupes d’Europe) parmi les 52 que propose une année civile. Ce qui, bien sûr, ne tient compte ni des vacances, ni des périodes de préparation - qu’elles soient en club ou en équipe de France. Ce qui dissout l’idée même d’une période de repos des corps, pour les joueurs, auxquels on demande d’assurer le meilleur des spectacles sans leur en donner les moyens.

Pour réaliser l’impossible et faire rentrer 5 litres dans un bidon de 3 litres, le rugby français avait donc eu cette drôle d’idée : les doublons, stupidité suprême du genre rugby qui fait se juxtaposer les compétitions. Qu’en sera-t-il la saison prochaine ? Pire encore. Faites de nouveaux les comptes : dans le schéma le plus extrême, celui dans lequel on se fige actuellement et où chacun fait valoir sa voix au premier rang de la chorale, ce sont 57 dates qu’il faudrait positionner dans le calendrier (29 de Top 14, 12 de Coupe d’Europe et, tenez-vous bien, 16 fenêtres internationales). Jusqu’à plus ample informé, le cycle 2020-2021 ne comptera toujours que 52 semaines…

La perspective est kamikaze. En l’état du chantier, pharaonique, il faudrait que chacun y mette du sien et rogne un peu sur sa part. Pas seulement les joueurs sur leur salaire, dans les clubs. C’est tout l’inverse qui se produit pourtant : outre-Manche, une voix s’élève pour proposer un « Mondial-bis » l’été prochain. Une insulte au bon sens. Si l’intérêt financier est facilement identifié, le raisonnement procède par l’absurde. Scoop : derrière l’enjeu pécuniaire du spectacle, figurez-vous que se cache (encore) un sport.

À l’heure où toutes les strates professionnelles du rugby mondial crient leur crainte de banqueroute, on rêvait le temps enfin venu de rendre à ce sport un peu de sa lisibilité… sportive. Une problématique dont on parle bien peu, depuis le début de la crise, reléguée dans l’ombre des finances. Ce sport, pour survivre, gagnerait à trancher enfin le problème de l’alignement des calendriers, nécessité ancestrale devenue fumisterie avec la multiplication des fausses avancées. Il y a pourtant urgence. La farce a assez duré. Les dirigeants qui tiennent aujourd’hui le manche dans la tempête n’en seront dignes que s’ils règlent ce problème, central et décisif à tout le reste.

Mais l’inquiétude grandit de cette inefficacité qu’on constate. Loin d’avancer sur le chemin d’une révolution mondiale, le rugby s’enterre dans ses guerres de chapelles. Chacun, pris à part, jugera qu’il a fait son travail et défendu son institution. Tous, pourtant, seront jugés coupables quand s’ouvrira le Nuremberg d’un rugby dans l’impasse, incapable de se révolutionner autrement que par le prisme de l’argent. S’ils n’aboutissent pas, ils seront coupables d’avoir participé, par orgueil ou par omission, à cette immobilité suicidaire.

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