Reconversion : Manas, appelez-le « Monsieur le maire »

  • Extrait de l’affiche de campagne municipale 2020 de Christophe Manas, pour sa commune de Corneilla-del-Vercol : "Au cœur de l’engagement", en lien direct avec ses valeurs de rugbyman.
    Extrait de l’affiche de campagne municipale 2020 de Christophe Manas, pour sa commune de Corneilla-del-Vercol : "Au cœur de l’engagement", en lien direct avec ses valeurs de rugbyman.
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Midi Olympique consacre une série à ces joueurs dont la reconversion professionnelle les a emmenés aujourd’hui loin de l’univers du rugby qu’ils ont connu… L’ancien joueur de Perpignan ou encore Agen est devenu depuis trois mois le maire de Corneilla-del-Vercol, commune des Pyrénées-Orientales d’environ 2 200 habitants. Tout en continuant à accueillir des touristes dans ses sept gîtes.

Le 15 mars, Christophe Manas a remporté une victoire pas comme les autres. Celle des urnes. Avec 51,1 % des voix, l’ancien ailier a été élu maire de Corneilla-del-Vercol, commune de quelque 2 200 âmes, dans les Pyrénées-Orientales. Ce jour mémorable, l’enfant du village l’a embrassé avec sa mentalité de compétiteur : "Quand j’ai appris le résultat, j’ai eu la même sensation que lorsque je gagnais une rencontre en tant qu’entraîneur et je ne pouvais pas m’empêcher de déjà penser au prochain match : j’ai profité quelques minutes et j’ai très rapidement basculé dans l’action et la préparation de ce qui allait arriver. Peut-être que c’est une déformation de mon ancien métier. Dans le fond, on ne se refait pas…"

Chez le sous-préfet, j’ai ressenti le poids de la fonction sur les épaules.

Entre satisfaction et appréhension, le champion de France 2009 n’avait plus connu cette enivrante confusion de sentiments depuis sept ans et sa prise de recul des terrains. Après trois saisons passées sur les bancs, à Perpignan puis à Dax, il avait soudainement et volontairement décidé de quitter cette scène : "J’avais pris conscience que ce n’était pas la vie que je voulais pour ma femme et mes trois enfants. Je suis très heureux d’avoir connu cette expérience, c’était enrichissant, je ne le regrette pas. Mais ce mode d’existence où tu poses tes valises sans savoir quand tu devras les reprendre, où tu es amené à bouger en permanence, c’est une forme de sacrifice dont je n’avais pas envie. Je cherchais un autre équilibre. J’ai eu la chance de pouvoir faire autre chose." En 2013, le natif de Villepinte est ainsi rentré dans son vrai bercail, entre la cité des rois et la côté méditerranéenne. Là où s’était écrite son histoire. Là où se dessinait son avenir, depuis quelque temps… "J’ai décidé de rentrer chez moi, à Corneilla-del-Vercol. En 2002, quand je suis revenu d’Agen, j’avais entrepris de rénover un mas et de me lancer dans l’ouverture de gîtes. Depuis, l’activité s’est bien développée : nous en avons désormais cinq dans le village, plus deux à Pyrénées 2000. Ma reconversion est assise sur cette activité. Je suis d’une génération préservée des affres du professionnalisme. Quand j’ai commencé, rugbyman n’était pas encore un métier et j’ai, de longue date, pensé à l’après-rugby. Même si ce n’est jamais évident quand ça s’arrête, ça rend la transition moins violente."

"Ni un projet ni une ambition à la base"

En parallèle, l’enfant du coin a voulu s’investir dans sa commune. Il en a ainsi intégré le conseil municipal en 2014. Un long élan avant le grand saut, inattendu : "Il y a deux ans, l’opportunité de se présenter est arrivée. Le précédent maire commençait à prendre de l’âge et m’a demandé si j’étais prêt à m’investir davantage en me portant candidat à sa suite. Ce n’était pas un projet ni une ambition à la base. Mais disons que les planètes étaient alignées à ce moment-là : mes enfants avaient grandi, mon activité professionnelle était dans les clous et me laissait du temps… Si c’était arrivé deux ans auparavant, j’aurais sûrement refusé." Après un long délai de réflexion, l’ancien joueur du Stade français, Bordeaux, Agen et Perpignan a finalement décidé de se lancer dans cette bataille : "Comme avant d’entrer sur un terrain, la politique peut faire peur. Mais ce sont des opportunités à saisir. J’ai mis plus de six mois à donner ma réponse. J’en ai longuement discuté avec mon épouse et j’ai été voir six maires pour qu’il me fasse partager leur vécu. Je leur ai demandé de ne pas m’épargner, de me raconter tout ce qu’ils vivaient au quotidien. Ils ont tous fini par dire que c’était le plus beau des mandats, avec du concret, du contact. Ce qui m’intéressait, c’était justement d’être un facilitateur, un bâtisseur. Je suis apolitique et je n’avais pas d’attrait pour la vie politicienne."

Conforté par son expérience de conseiller municipal, Christophe Manas est donc entré en campagne sous le slogan "Au cœur de l’engagement". Le parallèle avec son sport de prédilection allait plus loin : "Il y avait des similitudes avec le rôle d’un manager. Il faut commencer par monter son équipe comme on recrute des joueurs en allant chercher de la compétence et en trouvant un équilibre. Puis il y a l’élaboration du programme et l’on doit articuler plusieurs volets : ce n’est plus la défense, l’attaque, la conquête mais la sécurité, la jeunesse… Enfin, il est primordial d’avoir une vision globale et de fixer un cap pour tout le monde." Le sien a convaincu les électeurs. Le 25 mai, une fois la passation de pouvoir actée en conseil, Christophe Manas est devenu le premier citoyen de la cité. Une place à part, chargée en fierté comme en responsabilités : "Chez le sous-préfet, la première semaine, j’ai ressenti le poids de la fonction sur les épaules, quand il a donné son discours. Mais pour le reste, je n’ai pas le temps de prendre de la hauteur, sincèrement. Je suis pleinement dans l’action."

"Le rugby, c’est une machine à laver"

L’état de grâce aura duré quelques minutes, tout au plus. Avant de pouvoir lancer les chantiers majeurs de son mandat — des rénovations dans le centre, un nouveau plan de circulation, le lancement d’événements culturels — "afin d’améliorer le quotidien et de faire parler de la ville en bien", l’édile doit finir d’installer son équipe tout en composant avec un contexte inédit : "Il faut que tout soit bien en place avant de passer aux projets sympas. La gestion de la Covid-19 est en plus venue complètement perturber notre fonctionnement." Un baptême du feu, un vrai : "Disons que les journées passent très vite avec les réunions, les sollicitations, les coups de fil… Heureusement que je me fais aider pour les gîtes car c’est un boulot à plein temps."

Une mission au sens propre du terme pour cet hôte professionnel, déterminé à mener de front ses deux reconversions. La durée et l’allocation de sa fonction ne lui permettent pas d’envisager son avenir immédiat autrement avec cinq ans en poste et une rémunération moyenne de 1 672 € brut par mois pour un élu d’une commune de 1 000 à 3 499 habitants. Ses convictions, aussi, l’incitent à maintenir le cap : "Je ne peux pas miser uniquement sur la politique, sauf à en faire carrière. Est-ce que ça peut devenir le cas ? Je n’ai pas encore idée d’où ça va me mener. Je sais juste, de par mon parcours, que l’on peut changer de directions et avoir plusieurs existences dans une vie."

Celle passée sur et auprès des pelouses appartient en tout cas à l’histoire ancienne : "Je suis encore supporter de l’Usap et je donne un coup de main quand je peux pour mes garçons. Mais je n’ai pas envie de revenir dans le rugby. Je ne vois pas comment ni pourquoi. Je compare ce milieu à une machine à laver. Une fois que tu en es sorti, tu te rends compte du rythme effréné dedans et tu te trouves en décalage. C’est tellement instable, en plus : tu peux réaliser du bon boulot toute la semaine et ne pas avoir les résultats qui vont avec le week-end." Sa nouvelle partie se joue cette fois sur cinq années. Jusqu’au prochain verdict des urnes.

Digest

Né le né le 28 novembre 1975 à Villepinte (Seine-Saint-Denis)

  • Poste : ailier
  • Sélections : international moins de 21 ans et à VII.
  • Clubs successifs : Perpignan (1996-97), Stade français (1997-1999), CA Bègles-Bordeaux (2000-2002), Perpignan (2002-2010) comme joueur ; Perpignan (2010-2012), Dax (2012-2013) comme entraîneur.
  • Palmarès : champion de France (1999, 2009).
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