Jean Castex, un rugbyphile à Matignon

  • Jean Castex, nouveau Premier ministre, était souvent présent aux côtés des acteurs du rugby. À l’image en tribune avec Bernard Guasch président des Dragons catalans, mais également sur le terrain, en compagnie d’un joueur de Prades, commune dont il est le maire.
    Jean Castex, nouveau Premier ministre, était souvent présent aux côtés des acteurs du rugby. À l’image en tribune avec Bernard Guasch président des Dragons catalans, mais également sur le terrain, en compagnie d’un joueur de Prades, commune dont il est le maire. L'Indépendant / MICHEL CLEMENTZ / L'Indépendant
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Le nouveau premier ministre né dans le Gers et maire de Prades est un "mordu" de rugby. Ceux qui l’ont côtoyé le racontent.

Pour nous faire oublier que le terme de "province" signifiait "pays vaincu" au temps de l’empire romain, la modernité et ses baratineurs préfèrent dire de Jean Castex (55 ans) qu’il est un Premier Ministre "issu des territoires", un fils de la "France inaudible", un technocrate du "terroir". De ce que l’on sait du nouveau chef du gouvernement, il est donc né à Vic-Fezensac au milieu des années 60, sur le sol où son père Claude était un "blazer" respecté du village. "Jean a passé sa jeunesse au rugby, avec moi qui étais président du club, disait le pater familias sur Europe 1, samedi matin. Il a passé toutes ses vacances à s’occuper du bétail avec un fermier. Il n’est pas bling-bling. Ce n’est pas un technocrate du 16e". Claude Castex ? Lui était un proche de Jacques Fouroux, dont il avait été l’associé dans l’agroalimentaire. Jean-Baptiste, le fils du Petit Caporal, explique à présent : "Mon père et Claude se sont évidemment rencontrés par le biais du rugby gersois et rapidement, ils sont devenus très amis, puis associés. Leur bureau était au centre-ville d’Auch, sous la maison de ma grand-mère. Vendredi matin, en découvrant le nom du nouveau Premier ministre dans la Dépêche du Midi, j’ai aussitôt appelé ma mère : "Maman, ce Jean Castex a-t-il quelque chose à voir avec le grand ami de papa ?" Elle m’a tout expliqué et ça m’a fait sourire. Après tout, j’ai peut-être croisé le premier ministre en culottes courtes, il y a trente ans !"

Castex, à propos duquel le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume nous confiait durant le confinement qu’il est un "vrai mordu de rugby", vient donc d’accéder aux plus hautes fonctions de l’état, laissant le club de Prades (Pyrénées-Orientales) orphelin de l’un de ses plus fervents soutiens. Gilbert Angles, le président du club local, raconte : "Jean Castex, bien que Gersois, est marié avec une Catalane. C’est grâce à elle qu’il est arrivé à Prades, dont il a été élu maire en 2008. Jean, c’est un fidèle, un passionné. Le dimanche après-midi, il est toujours en tribunes, autour du terrain puis dans les vestiaires. Il connaît tous les joueurs par leur prénom". Prades, pensionnaire du championnat de Fédérale 2, doit évidemment beaucoup au "monsieur déconfinement" du président Macron. "C’est un édile très introduit dans toutes les sphères de l’état, poursuit Gilbert Angles. Et vu que nous n’avons pas d’argent pour recruter, le maire a trouvé des emplois pour un grand nombre de nos joueurs, a poussé pour que certains passent plus rapidement de CDD à CDI, a joué du piston pour faire entrer tel autre dans une école. Au quotidien, son aide est très précieuse. Jean Castex est un énarque proche des gens. Quand il va au stade ou au marché, ce n’est pas pour faire campagne : il aime les autres, voilà tout". Au lendemain de son entrée à Matignon, le nouveau Premier ministre était d’ailleurs déjà au chevet des salariés d’une usine de l’Essonne, quand on l’aurait plus volontiers imaginé entre quatre murs, couchant sur une feuille les noms des candidats à son futur gouvernement.

Il débriefe les matchs de Prades

Jean Castex, qui fut délégué interministériel aux jeux Olympiques et Paralympiques avant de rejoindre le premier cercle du président de la République, a noué d’étroits liens d’amitié avec Claude Atcher, le directeur de France 2023. Ce dernier explique : "Jean, c’est un amoureux du jeu à la française, un admirateur de Jo Maso. Il fait surtout partie du Groupement d’intérêts publics (GIP) de France 2023 depuis le jour où le ministère de l’Economie a donné son accord pour que l’état devienne actionnaire de l’événement. Ces deux dernières années, nous nous sommes donc beaucoup rapprochés, tous les deux : pour tout vous dire, les réunions du lundi matin où il débriefait pendant une heure le dernier match de Prades vont probablement me manquer !"

Pour France 2023, le haut fonctionnaire Castex était chargé, selon Claude Atcher, de faciliter les relations entre la nébuleuse ministérielle et les organisateurs de l’événement. "C’est un homme de consensus, poursuit Atcher. Mais attention : pas de consensus mou ! Autour de France 2023, j’ai souvenir de réunions ayant duré des heures, avant que Jean n’intervienne. À cet instant-là, il disait simplement : "On va trancher, maintenant." La solution tombait et, autour de la table, tout le monde acquiesçait. Alors, la personne qui le remplacera sera-t-elle aussi présente, aussi précieuse ? On verra. Mais si nous perdons quelqu’un d’inestimable, le pays gagne surtout un homme ne comptant ni ses heures ni son dévouement. Un homme ayant perdu sept kilos pendant qu’il organisait le déconfînement !"

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