Se plaindre ?

  • Le calendrier est tombé. Enfin ! Celui du Top 14 et de Pro D2 !
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L'édito d'Emmanuel Massicard... Le calendrier est tombé. Enfin ! Celui du Top 14 et de ProD2, en attendant la Coupe d’Europe et le menu automnal des Bleus qui viendront en surimpression, avec leur lot de doublons. Oui, les doublons. Vous savez ces fameuses verrues du calendrier formant des week-ends d’embouteillages quand les championnats s’entremêlent avec les rencontres internationales sans faire le bonheur du monde.

À part le téléspectateur ravi d’être confortablement installé le cul dans son canapé à consommer du rugby sans relâche, personne n’est jamais satisfait de la situation. Vous nous direz, c’est très rugby et par-dessus tout très français d’avoir à râler en permanence…

Sur ce point, les traits sont sacrément exacerbés en cette saison post-Covid où il convient de rattraper le temps perdu et de regagner l’argent qui n’est pas rentré dans les caisses. Tendez l’oreille pour capter les complaintes : le sélectionneur manquera toujours de temps et de ressources ; les présidents et entraîneurs de clubs dénonceront des contraintes déloyales ; les supporters, enfin, feront grise mine en l’absence de leurs stars. C’est pourtant bien le public (et les sponsors) qui fait bouillir la marmite des salaires, sans jamais en profiter à temps complet…

Chacun peut pester de bon droit. C’est d’ailleurs toute l’incongruité de notre système qui s’exprime ici : le rugby français -et même mondial- reste ultra dépendant des sélections internationales. D’abord en termes d’image, auprès d’un très grand public principalement attaché équipes nationales. Ensuite économiquement, avec un équilibre devenu très précaire dans l’hémisphère Sud. Dans le même temps, les championnats français et anglais ont gonflé comme des ballons de baudruche et occupent une place incontournable dans le paysage ; ils ont besoin de dates, d’espaces, de visibilité pour écrire l’histoire des compétitions, remplir les stades et, finalement, les caisses. On l’a assez vu avec la pandémie qui a fait vaciller l’édifice, révélant les fragilités d’un système ultra-dépendant des matchs et des recettes afférentes. Un système sauvé par l’arrêt prolongé des compétitions et par la mise au chômage des joueurs.

Que faire ? Au vrai, cela fait des années que l’on aborde la situation sans percevoir de solution idéale, ni même pérenne. À moins d’assumer sa part de décroissance en limitant les masses salariales et le nombre de contrats par club, le Top 14 ne peut supporter de moins jouer à l’année. Même chose au niveau des sélections, pour lesquelles World Rugby doit imaginer des nouveaux formats de compétitions, qui ne viendront pas dégrader l’horizon des clubs, et la santé des joueurs.

Dans l’attente du trait de fumée blanche qui jaillira peut-être un jour du siège de l’instance internationale pour valider la mise en place d’un calendrier nord-sud cohérent et si possible harmonisé (cela ne veut pas forcément dire calqué sur le même rythme des saisons), nos deux pôles doivent cohabiter. Clubs avec sélection, pas contre. Parce qu’ils sont indissociables dans l’histoire, que leur réussite à venir est aussi étroitement liée d’ici à 2023.

Alors si pour une fois nous cessions de râler un moment. Si nous arrêtions de nous plaindre, accrochés aux défauts des autres, jaloux de leur réussite et parfois peureux. Si nous faisions une force de ce monde ovale imparfait, de ces doublons comme des boutons et de nos différences. Si demain, l’offre rugby densifiée comme jamais au point de concurrencer l’hypertrophie télévisuelle du foot, devenait une richesse.

Si le Top 14 et le XV de France parvenaient enfin à nous raconter une histoire commune, pleine de sens, autour d’une jeunesse déjà légitime qui ne demande qu’à briller. Avec ces Bleus, qui brillent ici et parfois ailleurs, mais qui sont notre vitrine. Et notre fierté.

Parce qu’avec tout ça, messieurs, dames, nous avons tout à gagner. Un songe en été ?

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