On pleure Éric de Cromières

  • Oscars Midi Olympique 2019 - Aurélien Rougerie, Thierry Lhermitte et Éric de Cromières.
    Oscars Midi Olympique 2019 - Aurélien Rougerie, Thierry Lhermitte et Éric de Cromières. / CHRISTOPHE SAIDI
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C’est dans la nuit de mercredi à jeudi que le président clermontois Éric de Cromières, qui souffrait d’un cancer depuis plusieurs mois, s’est donc éteint. Le monde du rugby pleure un homme délicieux et un grand dirigeant...

Mi-avril, en prenant connaissance du mal dont il souffrait, on s’était fendu d’un court message d’encouragement à destination d’Éric de Cromières. Lui nous avait répondu, quelques heures plus tard, alors que les séances de chimiothérapie et les réunions post-covid lui accordaient un maigre répit : « C’est gentil. Mais le moral est bon et les circonstances présentes m’occupent tellement que je n’ai pas le temps de me morfondre ! » Dans la nuit de mercredi à jeudi, le président clermontois (66 ans) a pourtant rendu les armes, laissant le cancer du poumon qui le rongeait depuis des mois mettre un terme à sa vie. Ancien membre du « big five » de Michelin (il fut directeur général de Michelin Afrique puis de Michelin Europe), Cromières avait succédé à René Fontès en 2013 et reste donc, aux yeux du peuple auvergnat, le président du deuxième titre de champion de France clermontois (2017), le dirigeant ayant fait de Franck Azéma la clé de voûte du projet sportif de l’ASMCA.

« C’est terrible, souffle aujourd’hui René Bouscatel, l’ancien président du Stade toulousain. Je suis abasourdi. L’an passé, nous avons perdu René Fontès (mars 2019, N.D.L.R.), Robert Lefrançois (président de Clermont de 1993 à 1996) il y a quelques mois et maintenant Éric. J’ai tellement de beaux souvenirs à ses côtés. » L’ancien avocat marque une pause, soupire, reprend : « J’aimais sa sympathie, sa bonhomie, cette personnalité pateline qui cachait aussi une immense autorité. En fait, tout ce qui se passait avec lui avait quelque chose d’authentique. Je me souviens par exemple d’une demi-finale, face à Clermont. Je m’apprêtais à quitter l’hôtel de l’équipe. Éric s’est arrêté devant moi : « Monte avec nous, René ! Tu ne vas pas prendre un taxi, quand même ! » J’avais donc grimpé dans son grand Scénic, au milieu de ses enfants et de ses petits-enfants. Nous avions beaucoup ri. Tout était très simple, avec Éric. Et j’adorais ça. »

Omniprésent dans les instances du rugby français, très influent en coulisses, Éric de Cromières se plaisait à faire bouger les lignes et déplacer le débat quand bien même les tractations semblaient closes, aux yeux de tous. Lors de la dernière réunion des présidents de clubs, à Toulouse, le patron clermontois avait, par exemple, avancé plusieurs arguments pertinents sur la réforme du calendrier souhaitée par World Rugby et prévoyant, pour le Top 14, un bloc de matchs de six mois et une intersaison tout aussi longue, une réforme qui déplaît fortement aux dirigeants de la LNR : « Arrêtons de tout refuser en bloc, avait-il lancé à ses pairs. Nous ne pourrons rester seuls, coupés du monde, très longtemps. Si les nations du Sud ne survivent pas à la crise sanitaire, le Top 14 et le Premiership auront bientôt le même résonnement que le football gaélique. Profitons donc de ce bouillonnement extérieur pour changer ! »

Jacky Lorenzetti : « Je ne l’oublierai jamais »

Si Cromières avait combattu comme un lion ces derniers mois, son état de santé s’était énormément dégradé en peu de temps. Ces derniers jours, le président clermontois avait même été transféré de l’hôpital de Brest au CHU de Clermont, où il termina sa vie. « J’ai beaucoup de mal à réaliser, dit Jacky Lorenzetti, un autre de ses amis. Avec Éric, on a souvent ferraillé en réunion mais nous nous aimions beaucoup. Aujourd’hui, j’ai une pensée pour son épouse, ses enfants et toute la famille de l’ASM. Il va terriblement me manquer. » Un souvenir, une dernière image, peut-être ? Le président du Racing poursuit : « C’était à Rennes, lors de la superbe demi-finale du printemps 2016. Le score changeait tout le temps. De son côté comme du mien, on passait de l’extase à l’accablement en une fraction de seconde. Ce match, nous l’avions alors terminé au bord du terrain, bras dessus bras dessous. Je ne l’oublierai jamais. » Sous le règne d’Éric de Cromières, l’ASMCA disputa deux finales de Champions Cup (2015, 2017), trois de Top 14 (2015, 2017, 2019), remporta le Challenge européen l’an passé et le Bouclier de Brennus il y a trois saisons. à la famille de cet homme délicieux, des plus courtois, bien souvent drôle et toujours disponible, l’ensemble de la rédaction de Midi Olympique adresse aujourd’hui ses plus sincères condoléances. 

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