Le luxe d’une guerre

  • Fabien GALTHIE
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Publié le , mis à jour

Comme les autres sélectionneurs avant lui, comme Philippe Saint-André, Guy Novès et Jacques Brunel, Fabien Galthié n’avait pas attendu sa prise de fonctions pour comprendre l’importance suprême d’une bonne entente avec les clubs. La construction bicéphale du rugby français l’impose. Comme les autres, Galthié et son staff ont donc très tôt pris la route des paddocks du Top 14 pour présenter leur projet, ouvrir la discussion. Écouter les doléances, surtout...

Ils en retenaient deux principales : le "désentraînement" des joueurs, constaté en club au retour d’une période internationale où, pour le dire franchement, on ne travaillait pas assez à Marcoussis ; la démotivation de ces mêmes joueurs, entre résultats décevants et ambiance morose en Bleu, et qui plombait le moral des hommes.

Pour soigner l’axe club-sélection, le staff du XV de France a très tôt appuyé son projet sur ces deux axes. Dans l’autre sens, Gatlhié émettait une requête : disposer d’un groupe de 42 joueurs pour préparer les rencontres, contre les 31 initialement prévus par la convention. Les clubs acceptaient. Certains osaient le terme d’union sacrée. Les planètes, en tout cas, semblaient s’aligner.

Problème : ces béatitudes durent rarement, dans le monde merveilleux du rugby français. Pour Galthié, cela n’aura duré que quatre matchs. C’est un tour de force.

Les fameuses exigences du haut niveau en toile de fond, on comprend le propos du sélectionneur, cette semaine, qui n’entend pas brader ses compositions d’équipe sur l’air des chaises musicales. Galthié sait aussi qu’il n’a finalement que peu de matchs, une quarantaine, pour préparer la fiesta de 2023. En perdre un en route serait certainement préjudiciable. Cela serait-il beaucoup plus préjudiciable qu’une guerre ouverte avec les clubs ? On en doute beaucoup plus.

C’est pourtant la voie qu’a choisie le sélectionneur. Galthié est au soutien de sa Fédération, dans le bras de fer sur le nombre de matchs. Il ferme, au passage, la porte à l’idée d’une gestion minutieuse et contrainte des temps de jeu des joueurs. C’est une déclaration de guerre aux entraîneurs de club. Ces derniers, en tout cas, l’ont perçu comme tel.

Dans l’affaire, le XV de France pourrait sauver son sixième match d’automne mais, en contrepartie, se frotter de nouveau à l’inertie des clubs. Ce n’est pas rien, quand lesdits clubs détiennent le lien contractuel avec les joueurs. Ce luxe, les Bleus ne devraient pas se l’autoriser sur leur chemin de reconquête : le gain paraît bien maigre, au regard du sacrifice qu’il impose.

Le rugby français paye cette dichotomie depuis plus d’une décennie. Mais il n’apprend toujours pas. Masochiste, il s’y est réfugié sitôt la porte de sortie entrevue. Cette guerre LNR-FFR découlera par effet domino sur une guerre clubs-XV de France. Ce sera néfaste pour tous. À commencer par les joueurs, qui retournent illico entre le marteau et l’enclume. Désespérant.

Midi-Olympique
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