Un air, deux familles

  • Bernard Laporte
    Bernard Laporte Icon Sport - Icon Sport
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C’est l’inconvénient du double rôle, de la double vie, où il faut contenter tout et son contraire. Deux écussons brodés au maillot et qui confinent, parfois, à la schizophrénie.

Grand patron du rugby français depuis bientôt quatre ans, Bernard Laporte est aussi, depuis trois mois, le numéro 2 de World Rugby. Un deuxième emploi qui justifie sans mal son statut de dirigeant "le plus puissant du rugby mondial", comme l’a couronné récemment le magazine anglais Rugby World. Une main sur la FFR, deuxième fédération la plus fortunée du monde du rugby. Une autre sur l’instance suprême, où il compte parmi les grands artisans de la réélection de Bill Beaumont, débordant de son ombre.

Cette position "égocentrale" supporte son lot de difficultés. Des ennemis, à la pelle, qui ne manquent pas de naître dès qu’on pénètre de telles sphères. Le récent brûlot anti-Laporte, publié dans les colonnes du très sérieux Times anglais, était-il une peau de banane glissée là par quelques opposants à la méthode Laporte ? Bien sûr. Mais "Bernie" en a vu d’autres, se formalise rarement de ces attaques et avance, coûte que coûte, même sous la mitraille.

Cette position centrale est aussi schizophrène, parfois. Quand World Rugby écarte nos clubs de son processus de décision et impose six matchs internationaux à l’automne, contre l’avis de la puissante Ligue française, où se situe Laporte ?

Casquette World Rugby en chef, il ne peut pas déjuger l’institution dont il est le vice-président en ignorant, sur son territoire, une décision prise à l’échelle planétaire. Ce sera donc six matchs, cet automne. Non négociable. La réglementation, modifiée à l’occasion de cet élargissement ponctuel de la fenêtre d’automne, lui donne ce pouvoir.

Casquette FFR sur la pointe de son crâne dégarni, il sait toute la sensibilité du sujet, dans le contexte franco-français. Ses escarmouches avec Paul Goze, sur fond d’inimitié personnelle forte, sont du divertissement de jeu politique. Mais une guerre sérieuse, massive et profondément enracinée entre les clubs et le XV de France serait désastreuse pour le rugby hexagonal. Durablement. Un risque que personne ne veut prendre, à trois ans du Mondial en France.

Pour s’en sortir, Laporte compose et tente de satisfaire tout le monde, sur tous ses fronts personnels. Pas simple, quand les intérêts divergent à ce point entre LNR et World Rugby, entre clubs et sélection.

À ce jeu de négociations, sa position centrale est aussi une aubaine : le président de la FFR a la clé du problème et, si le point d’équilibre est ténu, entre le contentement de tous ces intérêts et les sacrifices à concéder par chacun, il semble que lui seul puisse le trouver.

Laporte est au milieu du jeu, là où il a toujours aimé être. Il évolue sans filet, ce qui ne lui a jamais fait peur. Mais sur ce dossier, l’échec est interdit et le succès exigeant en tact diplomatique et financier. Ce qui n’est pas toujours son fort, lui qui préfère la fronde. Il faudra pourtant réussir. Sinon, le XV de France s’en trouvera profondément affaibli.

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