Calendrier, l'impasse

  • Bernard Laporte
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Depuis dix jours, les téléphones portables des entraîneurs du Top 14 chauffent. La situation à World Rugby les tenait déjà en alerte, depuis plusieurs semaines qu’une probable fenêtre internationale d’automne de sept semaines (et six matchs) était dans les tuyaux.

Milieu de semaine dernière, double lame : World Rugby confirmait, par un communiqué daté du 30 juillet, « une période provisoire de mise à disposition des joueurs internationaux pour 2020 : 24 octobre - 1er week-end de décembre », avec modification de l’article 9, pour s’assurer de l’obligation faite aux clubs de libérer leurs joueurs sous contrat. La veille, Fabien Galthié avait aussi tendu les esprits : contrairement à ce qu’avait longtemps avancé la FFR sur ce dossier, pour trouver un terrain d’entente avec la LNR qui ne voulait pas entendre parler d’un passage de trois à six matchs, le sélectionneur ne se limiterait pas à cinq matchs par joueur. La goutte d’eau…

Les entraîneurs du Top 14 enragent

Pour la voix officielle, c’est la LNR qui a dégainé la première, via ses réseaux sociaux. Le 1er août, tout d’abord : « Plus de cent jours sans internationaux c’est l’équivalent d’une saison avec Coupe du monde alors que le début de saison sera décisif pour les clubs, après six mois sans championnat. Les clubs et la LNR ont proposé une approche solidaire à la FFR avec cinq matchs internationaux à l’automne, contre trois initialement prévus. Un passage en force sur les matchs internationaux à l’automne va à l’encontre du partenariat fort entre le XV de France et les clubs de Top 14 dont le rugby français a besoin, particulièrement à trois ans de la Coupe du monde en France. » Puis le 3 août, en pied d’un communiqué relatif à de nouvelles dispositions réglementaires : « La LNR et les clubs considèrent que cette décision est déséquilibrée et unilatérale. » Pour la LNR, cinq matchs au lieu de trois, c’est oui. Six matchs, c’est non.
Officiellement, le temps est encore à la négociation. Loin des communiqués, les clubs enragent. Et, chose plus rare dans ces dossiers institutionnels, ce sont les entraîneurs du Top 14 qui doublent désormais leurs présidents et montent au front. Un front solidaire qui fait bouger les lignes, à la FFR.
Pour le XV de France, l’enjeu de la bonne collaboration avec les clubs est primordial. Au-delà du lien contractuel, ce sont eux qui préparent les joueurs internationaux et gèrent leur temps de jeu, toute l’année. Sportivement, composer sans les clubs est une gageure. Composer contre les clubs est un suicide.
Face à cette situation, la FFR joue la carte de l’impuissance, dans sa version officielle. « World Rugby décide de la fenêtre internationale. De fait, la FFR doit se conformer à l’édiction de cette règle internationale et cela n’est pas un levier de négociation possible au niveau national avec la Ligue professionnelle. » En coulisses, les discours sont bien moins naïfs. Et face à la levée de boucliers qui se profile, c’est le président Bernard Laporte qui reprend le dossier en mains.

Une limitation à quatre matchs évoquée

La semaine dernière, il était notamment à Toulouse, pour évoquer ce sujet sensible avec le président Didier Lacroix, dont le club serait parmi les plus impactés. Dans les jours suivants, il a également échangé par téléphone avec d’autres décideurs du Top 14. Histoire de préparer un terrain d’entente en amont des discussions avec la LNR, pour lesquelles il devrait d’ailleurs revenir personnellement autour de la table. Avec cette idée qui émerge : maintenir les six dates, qui déplaisent à la Ligue, mais offrir en contrepartie aux clubs une limite de cinq, voire quatre matchs pour chaque joueur.
Avec leurs joueurs « protégés », les présidents pourraient suivre et, par effet domino, la LNR pourrait s’y plier. C’est en tout cas l’issue souhaitée par Laporte, qui sait que le XV de France ne peut pas se payer le luxe d’une nouvelle guerre avec les clubs. Le président de la FFR met également de l’ordre dans ses rangs. À commencer par son sélectionneur qui, après avoir fait passer un message de fermeté, a mis de l’eau dans son vin et dans sa communication, cette semaine (voir ci-dessous). Une manière, au niveau fédéral, de consentir ces efforts dont les clubs estiment être, pour l’instant, les seuls porteurs. Un consensus sera à ce prix. Sinon, si la FFR impose six matchs sans aménagement, comme elle en a les moyens réglementaires, elle actera un divorce avec les clubs professionnels. Un jeu dangereux. 

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