La liberté

  • Richie Arnold (Toulouse) contre Béziers en match amical
    Richie Arnold (Toulouse) contre Béziers en match amical Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

L'édito d'Emmanuel Massicard... Dès jeudi soir, on va jouer. Enfin. Il convient évidemment de s’en réjouir même si les conditions, sportives, économiques et sanitaires, sont loin d’être idéales. La disette a creusé les estomacs autant que les comptes en banque, il est donc urgent d’en revenir à nos choses sérieuses. Urgent de répondre aux attentes, et de sonner l’heure des retrouvailles.

Ceci dit, ne rêvons pas. La reprise tant attendue ne nous ramènera pas six mois en arrière, quand le Top 14 et la ProD2 s’apprêtaient à accélérer pour livrer ce qu’ils avaient de meilleur : les phases finales et leur promesse d’un rugby tiré à quatre épingles. à l’inverse, c’est aujourd’hui un monde nouveau qui nous tend les bras et que nous nous apprêtons à épouser. Pour le meilleur et peut-être aussi pour le pire…

Oui, le pire. Par la force de la crise sanitaire, quasiment toutes les équipes professionnelles ont connu des préparations tronquées, pour ne pas dire sabordées. Certaines, à l’image de Carcassonne, n’ont même pas joué la moindre minute en match amical. De la sorte, elles débarqueront sur le terrain le week-end prochain sans rodage ni repère. Priées d’apprendre sur le tas.

Ce qui aurait été inimaginable en temps normal aux yeux de techniciens rongés par le besoin de tout maîtriser et de montrer le meilleur d’eux-mêmes est aujourd’hui accepté sans broncher. Ce n’est pas la moindre des nouveautés, les entraîneurs reconnaissent implicitement être battus par plus forts qu’eux (la Covid).

On jouera donc, qu’importe le niveau. Et qu’importent les conditions. Mais pas à n’importe quel prix puisque certains clubs militent déjà pour geler les relégations. Manquerait plus que l’on coupe la tête aux champions...

Aussi surprenant que cela puisse paraître à l’aube de la saison, nous sentons poindre des discours ambiants une forme de résignation. Une pointe de fatalisme, aussi, face à l’avenir que l’on nous jure toujours plus incertain. Ici et là, on valide l’idée qu’un match puisse être joué avec les moyens du bord, reporté en milieu de semaine et peut-être même perdu sur tapis vert.

En fait, tout se passe désormais comme si le rugby acceptait de jouer à demi-mots plutôt que d’avoir à rester invisible plus longtemps, courant le risque de disparaître totalement des écrans. C’est la loi du genre, imposée par la menace "Covid". Le tribut payé de la sagesse, dans un monde secoué de toutes parts.

Ne pleurons pas, quand même. Le Top 14 et la ProD2 (en attendant le coup d’envoi de la Nationale) seront nos bulles d’air. Ces championnats porteront la promesse de compétitions incertaines et disputées. Parfois chaotiques. Clairement échevelées. Voilà sans doute pourquoi le sondage que nous avons réalisé cette semaine auprès des entraîneurs est plus ouvert que jamais.

Pour de bon cette saison, nous devrions y perdre en spectacle et en qualité du jeu ce que nous gagnerons en improvisation et en liberté. Cette liberté, on y revient, qui fait si peur aux entraîneurs adeptes du contrôle tous azimuts et qui, dès lors, se retrouveront sur le porte-bagages de leurs joueurs. Parfois impuissants...

Clairement, ce pourrait une chance pour qui saura se réinventer. Parce qu’à bien y regarder, avec ce souffle de liberté c’est l’essence de ce jeu que l’on va caresser. Et c’est même un peu du rugby d’hier qui renaît, quand les clubs reprenaient vie au mois d’août dès la reprise de l’entraînement. Qu’ils inventaient leur destin sur le pouce, au gré de la plus basique des préparations mais avec un désir farouche de jouer, une flamme de la plus belle importance... Et si c’était là l’essentiel, le cœur du rugby ?

Emmanuel MASSICARD
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