Anthony Bouthier, phénomène inattendu

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Sans surprise, Anthony Bouthier a été rappelé par Fabien Galthié pour le test contre le pays de Galles au Stade de France. Le sélectionneur ne peut plus se passer de « l’homme au coup de pied de 80 m contre l’Angleterre ». Ce jour-là, le monde du rugby avait pris une claque. Les témoins de son ascension décortiquent ses qualités multiples sur le terrain, évoquent des constantes physiques « hors-cadre », et louent une personnalité « magique ».

Il faut être un joueur pas comme les autres pour devenir un indispensable à 27 ans après seulement quatre sélections. Anthony Bouthier sera pourtant bien un des premiers noms couchés sur le papier par Fabien Galthié au moment de faire l’équipe pour affronter le pays de Galles. Le sélectionneur doit en être le premier surpris car juste après sa prise de fonction, il avait fait une liste de 75 noms des joueurs qu’il suivait et l’arrière n’y était pas. Un coup de fil avisé de Xavier Garbajosa, tout juste arrivé à Montpellier, et Anthony Bouthier a grimpé dans la hiérarchie nationale à toute vitesse. 

Pourtant, personne ne croit tout de suite en Anthony Bouthier, même Jean-Noel Sptitzer. « Quand Pierre Tarance, un ancien joueur du club me l’a conseillé, j’ai douté car je n’ai rien vu d’exceptionnel quand je l’ai visionné sur le terrain, mais j’ai fait confiance à Pierre », avoue le manager de Vannes, qui l’a finalement eu cinq ans dans son effectif. Semaine après semaine, Anthony Bouthier se fait une place. En Fédérale 1, il est titulaire sans être un joueur clé. « Le cap, il l’a franchi l’année de la montée en Pro D2 », se souvient Spitzer. Alors, le petit volcan de la Rabine se lève souvent pour applaudir son joyau dont les remontées fantastiques finissent souvent dans les compilations des plus beaux essais.  

L’ancien sélectionneur Philippe Saint-André : « Il pue le rugby » 

Philippe Saint-André a découvert le phénomène d’un peu plus près après sa prise de fonction comme directeur sportif du MHR. « Je me suis dit, celui-là, il pue le rugby ». L’ancien sélectionneur a fait de la prolongation de Bouthier une priorité, et désormais les deux parties sont liées jusqu’en 2023. Mais c’est quoi puer le rugby ? Jean Noël Spitzer tente de compiler ses qualités. « Il a un bagage technique énorme, des facilités de partout, il a les deux pieds pour les dégagements, il peut taper pointu ou brossé. C’est un joueur rassurant, il est bon sur les ballons hauts, couvre bien le terrain. » Julien Tomas, qui l’a entrainé durant un an au sein du club héraultais, ajoute : « Les huit premiers matchs avec nous, je suis resté scotché. Tout ce qu’il faisait, c’était réussi. Pied gauche, droit, talon, fesses… c’était stratosphérique. Il avait du culot ! »

Même défensivement, le Landais s’est mis au niveau. « Le moment où j’ai compris qu’il allait nous quitter, c’est un match contre Nevers, et c’est une action défensive, raconte Jean-Noël Spitzer. Il a arrêté Raisuqe, l’ancien du Stade français, un colosse. Ce n’était pas encore un gros défenseur, et là, il se sacrifie et il sauve le match… là je me suis dit que je devais me préparer à lui dire au revoir. »

Une possibilité de le voir avec le 10 dans le dos en Bleus 

Le plus souvent, Anthony Bouthier porte un 15 dans le dos, mais sa polyvalence va permettre à Vannes de l’utiliser comme 13 aussi. Sur les fins de rencontres, le staff aime le faire glisser à l’ouverture. « J’aimais ça car en 10, quand les défenseurs fatiguent, il porte bien le ballon, il créé des espaces et alors c’est un danger permanent », explique Jean-Noël Spitzer. 

Du fait de la blessure longue durée de Handre Pollard, Bouthier a assuré l’intérim contre Toulon et Agen, avec deux victoires à la clé et d’excellentes prestations. « Je suis sûr que Fabien Galthié a vu ces matchs », glisse PSA, malicieusement. Matthieu Jalibert étant forfait, l’entraineur des trois-quarts Laurent Labit et le sélectionneur pourraient faire appel à lui au besoin, si Romain Ntamack venait à s’absenter.  

Anthony Bouthier fait – très bien – le job quand Montpellier lui demande de passer 10. « On ne m’a pas encore demandé ça en équipe de France pour le moment, après je jouerai au poste qu'on me donnera, on verra », glisse-t-il en conférence de presse, tout en reconnaissant avoir une préférence. « Ce sont deux postes différents. J'ai commencé en jeunes à l’ouverture donc ça fait plaisir d'y retourner de temps en temps, mais je me sens plus à l'aise en 15 aujourd'hui quand même. »

Une condition physique hors du commun 

Si ses entraîneurs successifs, et Fabien Galthié désormais, font de lui une pierre angulaire, c’est aussi tout simplement car il est toujours… présent. « Il a passé cinq ans avec moi à Vannes, il n’a jamais manqué un lundi d’après match », assure Spitzer qui loue sa résistance. Physiquement, Bouthier est une force de la nature et n’est jamais blessé. « Ce n’est pas celui qui aime porter des barres de 200 kilos, explique Julien Tomas. Lui, ce qu’il aime, c’est le ballon, courir, le terrain. »

Courir, il sait faire. Vite, longtemps, souvent. Le profil d’un « coureur de 800 mètres », analyse Spitzer. « Ses stats GPS, c’était de la folie, ajoute-t-il. Dans le domaine des accélérations, de la haute intensité, c’est incroyable. Il était en sprint, au-dessus de 21km/h, beaucoup plus souvent que les autres. C’était déjà le niveau international dans ce domaine. Il a une motricité d’athlète, c’est épatant. » Fiable, endurant, performant, sur le plan athlétique, Anthony Bouthier côtoie la perfection.   

Tout le monde aime Anthony Bouthier 

« Franchement, je ne sais pas si j’aurais la chance d’avoir à nouveau un joueur comme lui », lâche Jean-Noël Spitzer qui, a 46 ans, est loin d’en avoir terminé avec sa carrière. Car au-delà de ces qualités exceptionnelles sur le terrain, ce sont les qualités humaines de Bouthier qui le rendent encore plus appréciable au quotidien. Timide face caméra, chaleureux en coulisses. Anthony Bouthier ne manque d’ailleurs pas les troisièmes mi-temps avec le groupe. Julien Tomas parle d’un « mec grande simplicité, discret, abordable », qui « ne se prend pas pour un autre ». « Il faut féliciter les parents », plaisante Spitzer.  

« Il a connu la vraie vie, il a bossé, avance Philippe Saint-André à propos notamment du métier de maçon qu’il a exercé. Il représente le rugby qu’on aime, ses valeurs, il est plein d’humilité. » Quand il a fait le grand saut de Vannes à Montpellier, Jean-Noël Spitzer lui a demandé de ne pas viser « d’être titulaire, mais d’avoir de plus grands objectifs encore ». Anthony Bouthier semble avoir, aussi, l’oreille attentive. Sans aucun doute, les Gallois l’auront à l’œil sur la pelouse du Stade de France ce samedi car le gamin de Pouillon frappe désormais à la porte du club des meilleurs arrières du monde.  

Joseph Ruiz
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