L’amical des combattants

  • Après sept mois d’abstinence, l’équipe de France de Romain Ntamack goûte enfin aux joies du vivre ensemble et, samedi, du jouer ensemble. Un premier retour aux plaisirs avant les choses sérieuses, samedi prochain face à l’Irlande en clôture d’un Tournoi éparpillé.
    Après sept mois d’abstinence, l’équipe de France de Romain Ntamack goûte enfin aux joies du vivre ensemble et, samedi, du jouer ensemble. Un premier retour aux plaisirs avant les choses sérieuses, samedi prochain face à l’Irlande en clôture d’un Tournoi éparpillé. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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Les bleus vont rejouer et c’est déjà un événement en soi. Ce sera un match sans enjeu et dans un stade vide, certes. Mais les Bleus vont rejouer, samedi face au pays de Galles, pour la revanche de ce qui reste jusqu'ici le sommet du mandat naissant de Galthié.

À croire que ce France-Galles, certes plaisant sur le papier bien qu’amicalement neutre, était devenu la raison de vivre de tout le rugby français : tout un monde s’est éventré à son sujet, jusque devant les tribunaux. Un enjeu de gloriole et de gros sous, rien d’autre et rien de sportif. Ce match se jouera finalement, et c’est tant mieux. Pour autant, la France serait-elle championne du monde au terme de ces quatre-vingts minutes de vide populaire, derrière les portes closes du Stade de France ? Évidemment que non. Les Bleus auraient-ils une première main posée sur l’argent du trophée ultime au cœur des Européens, le glorieux 6 nations, en cas de victoire samedi ? Toujours pas. Et loin de là. En admettant que ce match face au pays de Galles aurait une quelconque vertu préparatoire sur celui qui suivra et qui compte vraiment, il faudra encore terrasser l’Irlande (31 octobre). "On veut arriver contre les Irlandais dans les meilleures dispositions, donc cela passe par un gros match contre les Gallois. En espérant une victoire, un match abouti, pour se donner une semaine plus tranquille dans la tête", résumait Baptiste Serin cette semaine. Il le faudra, car le trèfle viendra lui aussi arracher à Paris le gain du Tournoi. Il faudra surtout brûler un cierge pour que l’Angleterre coule à Rome, le même jour, face à une Italie qui ne l’a jamais battue en 26 matchs et 30 ans de confrontations. Vaste programme. Sérieusement hypothétique.

Bleu coq, chapeau-poule, bière aqueuse et tournées à Saint-Germain

Encore loin des enjeux d’un sport goulûment arithmétique, c’est donc un symbole qui se délectera, samedi au Stade de France entre la France et le pays de Galles. Pas le moindre des plaisirs : les Bleus vont rejouer. Sept mois que ça n’était plus arrivé, une éternité dans ce sport qui hystérise son calendrier à coups de doublons.

Le poids de ce maillot bleu-coq sera plus lourd encore qu’à l’habitude, samedi. Son seul brillant, comme une flamme au cœur de ses plus fervents soutiens, devra camoufler l’absence d’à peu près tout le reste. De tout ce qui fait l’effluve d’une rencontre internationale et ses charmes parfois inutiles, loin du seul match, il ne restera rien ou presque. Samedi au Stade de France, il n’y aura pas de bières aqueuses à 10 € sur le parvis et qui goûtent soudain l’amitié. Pas de voyageurs du sud venus en capitale pour y exposer leur plus beau chapeau-poule sur le crâne. Pas de banda qui invoque les chœurs de la peña baiona aux confins du 9-3, pas de ola à la 7e minute du match et de stade qui se vide au sprint, au dernier coup de sifflet, pour se hâter aux premières tournées des comptoirs de Saint-Germain. C’est le flacon sans l’ivresse. Il restera le Stade de France, comme une caravelle blanche et vide, immense et livide. Il restera un rectangle de pâtis vert, trente types au milieu et cette tunique bleu roi pour contenter toutes les passions d’un sport qui se vit désormais par le seul prisme de l’écran.

C’est pour ce bleu que la jeune génération est missionnée, depuis janvier. Avec des débuts encourageants, avant la panne de courant "Covid-19" qui a plongé dans le noir l’ensemble du rugby mondial. "Le groupe est assez jeune, mais sûr de ses forces" promettait encore Serin, pas perturbé à l’excès par la césure. "On avait engrangé une certaine confiance lors du Tournoi, même si le dernier match contre l’Écosse n’a pas été parfait car on le perd (17-28). Le Tournoi a laissé un socle. Là, ça fait deux jours qu’on est ensemble, et même si l’on a été peu sur le terrain, on parle de tout cela en marchant, à la vidéo. Il y a du travail mental, de réflexion, ce sont des détails importants car on se remémore le projet. On doit incorporer les nouveaux aussi, pour qu’ils sortent de leur système de club et qu’ils intègrent le nôtre." L’ambition, elle, est intacte. "Redevenir une grande nation mondiale." Ce qui donne un sens aussitôt majeur à ce match face aux Gallois, à défaut de lui donner de l’enjeu.

Galthié au bout de sa démarche

Pour remplir et valoriser cette première mission, qui en appellera demain de plus grandes, Fabien Galthié a donc choisi de faire avec ce qu’il avait de mieux ou, en tout cas, de plus abouti collectivement en ce début de mandat. "Nous n’avons que huit semaines de travail en commun", rappelle Raphaël Ibanez. Dont quatre matchs.

C’est sur ce petit pécule de vécu et de confiance que le staff du XV de France a choisi de capitaliser immédiatement, sans attendre les rencontres à plus fort enjeu. Un exemple ? Au talonnage entre Marchand et Chat, les profils diffèrent et les formes du moment encouragent au débat. À leur sujet, les anciens internationaux du poste se divisent cordialement. "Nous avons la chance, en France, d’avoir avec Camille Chat le meilleur talonneur du monde, en ce moment" tranchait Marc Dal Maso, cette semaine pour midi-olympique. fr. Pour Dubroca, "Camille Chat est surtout axé sur la pénétration et la puissance physique. Julien Marchand possède un jeu plus intelligent, il sait faire jouer ses partenaires après contact et c’est une grande qualité dans le rugby d’aujourd’hui. […] Personnellement, à la vue du jeu que veut déployer le sélectionneur français, j’ai une petite préférence pour Julien Marchand." Philippe Dintrans a la sémantique plus aiguisée sur la ligne d’avantage : "un joue la tête haute, l’autre joue la tête basse… Camille Chat est une force de la nature, un monstre physique mais Julien Marchand voit mieux le jeu. Marchand a gagné sa place lors du Tournoi, je le vois donc comme un titulaire en puissance."

Benjamin Kayser laissait, lui, le débat vivace. D’un côté, "Julien Marchand est un leader de combat, parfait en défense et surtout très discipliné. Mais il ne prend pas assez de risques offensivement, à mon avis" ; de l’autre, "Chat a un potentiel athlétique nucléaire, mais il a encore un peu trop de déchet dans son rugby à mon goût. Ce sont des erreurs qu’on lui pardonne grâce à son activité offensive qui est hallucinante." Au final, Kayser livre cette analyse : "Soit Fabien Galthié fait le choix de la continuité en titularisant Marchand, soit il fera par rapport à la forme du moment et dans ce cas-là, Camille Chat est numéro un." Galthié a choisi la première option, celle du Toulousain Julien Marchand et donc de la continuité. Une préférence qui en dit long sur le projet de l’ancienne gloire columérine et l’esprit de persévérance qu’il compte y mettre : c’est un projet sur quatre ans qu’il construit, avec la nécessité de donner du temps à la construction. "L’important, c’est de sélectionner les joueurs qui vont grandir avec notre projet. Nous voulons des maîtres, pas des élèves mais cela peut prendre un certain temps. Il y a des étapes à franchir. L’idée c’est de ne pas changer de cap à la moindre défaite." Un message de confiance qui doit trouver son écho dans les performances des joueurs. C’est ici aussi que le match de samedi, amical ou pas, devient capital.

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