Cheika est passé dans le camp d’en face

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    Cheika est passé dans le camp d’en face
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Les Wallabies se méfient des Pumas, tombeurs des All Blacks, d’autant plus que leur ancien sélectionneur est dans leur staff.

Voilà donc le Tri-Nations relancé. C’est peu de dire que la victoire des Pumas face aux All Blacks a fait sensation. Voilà maintenant les Wallabies face aux nouveaux épouvantails sudistes sur la pelouse de Newcastle, ville minière de Nouvellle-Galles-du-Sud. De plus, les Argentins ont déjà gagné dans l’île-Continent, en 2018, à Gold Coast. Ce rendez-vous sera vraiment particulier car il marquera les retrouvailles des Australiens avec leur ancien patron, Michael Cheika, sélectionneur pendant cinq ans. L’homme qui les a quand même amenés à une finale de Coupe du monde en 2015 face à des All Blacks intouchables, après une victoire dans le Rugby Championship la même année. On se souvient encore de la phase de poule survolée et de la victoire magnifique face à l’Angleterre à Twickenham autour de la justesse de Foley et de Kurtley Beale. Il appartient au club des entraîneurs reconnus qui n’ont jamais été internationaux. Il ne fut qu’un bon joueur de club, à Castres durant deux saisons, au CASG entre autres. Il est devenu entraîneur un peu par hasard à Padoue en Italie et s’est découvert un tempérament de meneur d’hommes et de bon tacticien.

Michael Cheika, ancien troisième ligne, s’est vite taillé une réputation d’entraîneur "grande gueule", qui ne cache pas ses émotions pendant, avant et après les matchs. Il est un homme avec qui il est souvent agréable de converser, pas le genre à débiter des banalités. Et son parcours parle pour lui : victoire en Champions Cup avec le Leinster en 2009 et victoire en Super Rugby avec les Waratahs en 2014.

Aucun esprit de revanche

En mai dernier, Cheika, avait juré qu’il ne pourrait jamais entraîner contre l’Australie. Six mois plus tard, le voilà aux côtés de son ami, Mario Ledesma, l’entraîneur des Pumas. Et les Australiens sont maintenant sur leurs gardes car la victoire surprise des Pumas a été en partie attribuée à l’apport mental et technique de Cheika. Lors du point de presse, l’avant des Wallabies, Ned Hanigan, a souligné : "Cheika a une personnalité motivante et il a une parfaite connaissance du rugby australien, donc c’est vraiment un avantage pour les Argentins. C’est un expert en motivation et il sait parler aux joueurs. Sans compter qu’il connaît la plupart des joueurs qui seront sur le terrain."

On pourrait penser que c’est un esprit de revanche qui anime Cheika, lâché par sa Fédération après un Mondial catastrophique au Japon en 2019. Il n’avait pas caché qu’il entretenait des relations plus que tendues avec la direction de Rugby Australia et notamment sa directrice Raelene Castle, aujourd’hui partie.

Mais Cheika n’est pas comme ça. Homme d’affaires à succès dans le secteur de l’habillement, il a toujours été intéressé par les à-côtés du jeu : organisation et logistique, mental, leadership, au point de s’offrir un séjour à l’université américaine d’Harvard pour suivre des cours de management. Après la fin de son contrat avec Rugby Australia, il a rejoint le club treiziste de Sydney, champion en 2018 et 2019, pour apprendre et aussi aider son ami Trent Robinson, l’entraîneur des Roosters. Et quand son grand ami Ledesma lui demanda de l’aide, il n’hésita pas longtemps. La crise de la covid posa quelques challenges que la technologie numérique aida à surmonter avant que Cheika soit enfin autorisé à participer aux entraînements des Pumas en chair et en os.

Sa patte s’est sans doute vue dans la défense agressive des Pumas qui n’ont laissé aucun espace aux Néo-Zélandais. La question est maintenant de savoir s’il va réussir à donner les clefs de la victoire sur les Wallabies. S’il a fréquenté la plupart des joueurs, en revanche, il ne connaît pas Dave Rennie ni ses adjoints. Ces derniers ont pu voir à l’œuvre les Pumas et la passion qui anime cette équipe. Ils sont prévenus : la victoire, il faudra aller la chercher et surmonter le défi physique que présentent le pack argentin et leur premier rideau qui a stupéfié les All Blacks. Reste à savoir si les Sud-Américains vont pouvoir produire le même type de performance une semaine plus tard alors qu’ils seront attendus cette fois. Et Cheika, pour l’instant, s’est gardé de toute déclaration car sa position reste inconfortable psychologiquement.

Jérôme PRÉVÔT et Jacques BROQUET
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