Clermont, le lièvre et la tortue irlandaise

  • Les Irlandais du Munster ont dominé les Clermontois notamment dans le secteur de la conquête ce qui leur a permis de rester dans le match et même de revenir.
    Les Irlandais du Munster ont dominé les Clermontois notamment dans le secteur de la conquête ce qui leur a permis de rester dans le match et même de revenir. - Vincent Duvivier
Publié le , mis à jour

Auteurs d’un début de match sur les chapeaux de roue au point de mener 28-9 à la 25e, les Auvergnats n’avaient malheureusement pas assez d’essence dans leur moteur pour résister au retour de Munstermen impressionnants d’expérience et de sérénité.

Vingt-cinq secondes pour marquer un premier essai par Raka, au bout d’une charge monumentale de Yato. Vingt-cinq minutes pour inscrire un point de bonus offensif, avec un quatrième essai aplati par Fourcade au bout d’un ballon porté conquérant. Mais après ? Plus rien, ou presque, si ce n’est une défaite aussi dure à encaisser qu’elle sembla inéluctable dès le retour des vestiaires, les 12 points d’avance comptés au repos par les Auvergnats apparaissant vite insuffisants face à la maîtrise des Munstermen et la profondeur de leur banc, en comparaison à celui des locaux… « On savait que sur la durée, ça serait dur, convenait le manager Franck Azéma. Même à quatre essais pour nous, ils ont continué à marquer trois points par trois points. Ils n’ont jamais baissé les bras parce qu’ils savaient où ils voulaient aller… Ils nous ont amenés dans le match qu’ils souhaitaient, et nous nous sommes éteints à petit feu. Bravo à eux. »

« Même quand nous semblions largués au score, nous avons insisté pour prendre tous les points qui se présentaient à nous au pied, car c’était important de garder le contact, avouait l’entraîneur des avants irlandais Graham Rowntree. Nous avions un plan, notamment au niveau de notre coaching, car nous savions que l’ASM était un peu affaiblie au niveau du pack et que nous aurions probablement des opportunités de prendre le dessus en deuxième période. Nous sommes confiants en notre préparation et notre état de forme, c’est ce qui a permis aux joueurs de continuer à croire en notre jeu même lorsque nous étions menés de quatre essais. » Les Munstermen réactualisant en deuxième période la fable du lièvre et de la tortue irlandaise, à grands coups de ballons portés jusqu’à l’essai de la gagne signé Stander…

Un énième trou d’air de trop

Faut-il pour autant en déduire que les absences des Vahaamahina, Timani, Lapandry, Fischer, Van Tonder et autres Ojovan étaient impossibles à dépasser pour les Clermontois face à ce Munster ? On n’ira pas jusque-là, tout d’abord parce que les Munstermen avaient eux aussi leurs problèmes, à en écouter Rowntree. « À deux joueurs du match, notre pilier James Cronin s’est blessé à l’entraînement, ce qui nous a obligés à faire appel à un jeune de notre Académie, Josh Wycherley, qui disputait son premier match de Coupe d’Europe. Et qui s’en est plutôt très bien sorti face à Rabah Slimani… »

Mais surtout parce qu’à 28-9 à la 25e, les Auvergnats avaient tout de même les moyens de faire bien mieux qu’encaisser un cinglant 30-3 sur les cinquante dernières minutes, donnant l’impression qu’ils se sont quelque peu perdus les chèvres tout seuls après l’obtention du point de bonus et ont surtout manqué le coche en fin de première période, gâchant à deux reprises des touches bien placées juste avant la pause, qui auraient pu leur permettre de tuer le match. « Il n’y a pas eu de décompression de notre part, sinon je peux vous jurer que nous aurions pris une tout autre branlée, raffûtait le deuxième ligne Paul Jedrasiak. Il y a juste eu des faits de jeu qui ont fait que nous avons subi, notamment vingt minutes en infériorité numériques en deuxième période. On s’est fait contrer sur certaines choses, ils nous ont embêtés sur les ballons portés… »

Jusqu’à instiller le doute dans les esprits des Jaunards, pris comme un chevreuil dans les phares d’une voiture. « En deuxième période, on n’a pas réussi à garder le territoire, on a perdu la possession, déplorait Azéma. Dans ces cas, tu te mets sous pression et tu perds au sol les quelques ballons que tu as à jouer. Le Munster sait t’amèner dans ce cercle vicieux où tu n’arrives plus à maîtriser ton jeu. On avait les armes, oui, mais pas sur quatre-vingts minutes. » N’y avait-il toutefois pas moyen de faire mieux, en gérant le match différemment sur et hors du terrain ? Sans doute, même s’il appartiendra aux joueurs et au staff auvergnats d’en juger entre eux. On se contentera de notre côté de rappeler le vieil adage « qui veut voyager loin ménage sa monture ». Une leçon de plus pour les Clermontois qui, à force d’accumuler les trous d’air sans trop de casse depuis le début de la saison, n’ont cette fois pas réussi à éviter le crash…

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