O'Gara, confidences et secrets d'un ambitieux

  • Ronan O'Gara, entraîneur du Stade rochelais, s'est confié sur ses expériences et sa vision de l'entraînement.
    Ronan O'Gara, entraîneur du Stade rochelais, s'est confié sur ses expériences et sa vision de l'entraînement. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Du Racing 92, où sa nomination fut d'abord une surprise, vers La Rochelle et en passant par les Crusaders, l'ancien ouvreur star de l'Irlande Ronan O'Gara (130 sélections), suit un parcours de prestige qui le place parmi les entraîneurs les plus prometteurs de la planète ovale. Dans un long entretien au Sunday Times, il évoque son apprentissage, sa méthode, son actualité et ses ambitions. Morceaux choisis.

Le Top 14 et la Rochelle 

« Il y a dans ce club des supporters incroyables, qui me rappellent ceux du Munster. Aussi, j'avais depuis quelques temps l'envie d'être entraîneur en chef. C'est quelque chose pour lequel je me sentais prêt. » Et qu'il expérimente, depuis maintenant deux saisons. « Le Top 14 vous met sous pression, en tant qu'entraîneur. Les standards se sont beaucoup améliorés et il y a peut-être huit ou neuf clubs qui peuvent gagner le championnat. »

« Aussi, les Irlandais ne comprennent pas le stress de la relégation. Chaque entraîneur dit qu’il ne se concentre que sur la construction de son équipe et le contenu des matchs, mais ce n'est pas totalement vrai. Si le club est relégué, il faut savoir que vous serez détesté de toute la ville! »

A La Rochelle, il a intégré un club qui regarde vers le haut du tableau avec, à sa disposition, un effectif taillé pour jouer le titre. Il ne le nie pas. « Il y a ce dicton en Nouvelle-Zélande : vous êtes aussi bon que le bétail dont vous disposez. Par exemple, nous sommes premiers en Top 14 : est-ce parce que je suis un bon entraîneur, ou est-ce parce que j'ai Skelton dans mon effectif, prêté par les Saracens ? C'est un excellent joueur de rugby, il vient d'un environnement de gagnants. Sa personnalité a été inspirante, dans le vestiaire. »

 

2016, Finale au Camp Nou : Imhoff

Opposé au RCT en finale du Top 14 2016, dans un stade Camp Nou de Barcelone plein comme oeuf, le Racing 92 comptait dans son staff un certain Ronan O'Gara. Il raconte de l'intérieur ce moment particulier, avec le carton rouge vite reçu par Maxime Machenaud et la réflexion qui en suivit.
« Je suis un homme de papier et de stylo, sur la ligne de touche, beaucoup plus que de tablettes. A l’époque, quand nous avons reçu ce carton rouge, j'ai balancé mon carnet. « Putain, c'est fini ». A quatorze hommes contre Toulon, vous ne pouvez pas gagner. »

« Mais soudain, vous comprenez que c'est à ce moment que votre rôle d'entraîneur prend tout son sens. C'est intéressant et stimulant. La chose évidente, si votre neuf est expulsé, est de faire entrer son remplaçant pour diriger votre attaque. Mais nous avons pris le temps de nous consulter, dans le staff. Nous nous sommes assis quelques minutes et les gars (Laurent Travers et Laurent Labit) ont accepté de suivre mon instinct, qui me disait de replacer Juan Imhoff à la mêlée. Je savais qu'il avait joué à 7 pour l'Argentine, justement au poste de demi de mêlée. Ils m'ont fait confiance. »

Un choix qui est aussi un sacrifice : celui du remplaçant. « En même temps que Juan trouvait son rythme à la mêlée, on a pu voir le remplaçant (Xavier Chauveau) qui se décomposait. Pendant sept ou huit minutes, il s'est effondré. Il était prêt à partir. Le pauvre... A ce moment, il vous déteste au plus haut point. »

« La suite nous a donné raison et nous nous sommes accrochés à cette idée. C'était un de ces jours où tout vous sourit. Après plusieurs années aux côtés des deux Laurent, tout s'assemblait parfaitement. »

 

Les Crusaders 

Un an après ce sacre, Ronan O'Gara quittait le navire Racing 92. Direction la Nouvelle-Zélande pour une nouvelle expérience, cette fois dans le staff des Crusaders, réputés plus grande équipe de club au monde. « Les quatre premiers mois, j'étais complétement dans le brouillard. C’est un environnement « nage ou coule ». Mais j'y ai finalement trouvé de très belles amitiés. Ce staff m'a complètement remodelé. D'abord, ils vous font travailler sur vous. Ils vous font vous comprendre, en tant que personne. Puis en tant que professeur, puis en tant qu'entraîneur. Enfin, vous connectez avec les joueurs. »

L'approche mentale est aux antipodes de ce qui se pratique en Europe. « Toute la culture était si différente de ce que j’avais connu au Munster... J'ai grandi à une époque où vous vous punissiez presque, mentalement, pour jouer. Nous nous nourrissions de la peur, de cette idée que nous étions les outsiders. Les Crusaders réfléchissent différemment : ils se préparent juste pour gagner. La dynamique est incroyablement positive, des joueurs seniors à l'académie. Il y a énormément de détails dans leur jeu, mais la connexion entre les joueurs passe avant le côté stratégique. »

« Là-bas, j'ai changé de logiciel et je me suis inscrit dans un état d’esprit de croissance. Pour réussir, vous devez toujours évoluer, vous devez développer votre expertise, collaborer et discuter de vos idées. Puis, vous devez vous connecter avec vos joueurs. Vous comprenez enfin cette chose : lorsque toutes les personnes dans un vestiaire sont dans la même mentalité, alors vous n'avez plus de limite. »

 

Management 

Joueur au caractère réputé bien trempé, Ronan O'Gara admet avoir, avec le temps, adopté une approche plus bienveillante dans son métier d'entraîneur. « Les dictateurs ne durent pas », jure-t-il. « Avec le temps, vous comprenez que certains joueurs que vous entraînez ne sont peut-être pas aussi motivés que vous l'étiez, qu'ils n'ont pas le même esprit de compétition. Mais ce n'est pas une faiblesse de leur part. C’est leur personnalité. J'étais incroyablement compétitif, mais nous sommes tous construits différemment. Vous devez donc respecter la façon de faire de chacun. »

« C'est une des grandes choses que j'ai apprises chez les Crusaders : comprendre la personnalité des joueurs et la façon dont ils appréhendent les informations, que ce soit visuellement, oralement ou autre. »


Sélectionneur de l'Irlande

Cet apprentissage, et la réussite qu'il rencontre actuellement à la tête du Stade rochelais, font de lui une valeur montante à l'international dans le milieu des entraîneurs. Forcément, en Irlande, l'idée de le voir à moyen terme comme sélectionneur du XV du trèfle fait son chemin. « Il y aura des obstacles sur ma route, mais je veux profiter du voyage. Je suis ambitieux. Mais entraîner à l'international, ça ne se réclame pas. Ce sont des choses qui viennent à vous. Si vous réussissez dans ce que vous faites, les personnes occupant des postes influents vous voudront en tant que coach. »

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?