L’Écosse, crâne de A à Z

  • L’Écosse n’avait plus gagné à Paris depuis 1999. Son sélectionneur, Greig Townsend était alors joueur. 22 ans après, il a attendu la dernière seconde pour voir son ailier Duan Van der Merwe (ci-dessus) marquer l’essai décisif. Autour de lui, Grant Gilchrist et Hamish Watson. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    L’Écosse n’avait plus gagné à Paris depuis 1999. Son sélectionneur, Greig Townsend était alors joueur. 22 ans après, il a attendu la dernière seconde pour voir son ailier Duan Van der Merwe (ci-dessus) marquer l’essai décisif. Autour de lui, Grant Gilchrist et Hamish Watson. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Les Écossais n’ont pas voulu jouer les héros à bon compte. Ils ont refusé plusieurs fois de taper des pénalités pour être récompensés par trois essais.

Nous en sommes restés stupéfaits… Cette dernière longue passe de Adam Hastings pour Duhan Van der Meerwe sur l’aile gauche et cet ultime crochet du colossal ailier d’Edimbourg. L’action fut riche de vingt phases sans une faute de main. L’Écosse s’est donc montrée capable de s’imposer au Stade de France sur une dernière possession, en conservant le ballon durant près de trois minutes. Elle a conclu de main de maître, ce match trop vite présenté comme une formalité ou presque pour les Français. On avait senti les Écossais énervés par le discours dominant qui voulait que les Bleus soient obsédés par le fameux écart de 21 points et le bonus offensif. "Beaucoup de choses ont été dites et ça commence à m’agacer d’entendre qu’ils doivent s’imposer de plus de vingt points. En tant qu’Écossais, et fier de l’être, ça m’a beaucoup vexé", avait tonné avant la rencontre Stuart Hogg, l’arrière promis à la sélection des Lions. 22 ans après, il restera comme le capitaine qui a mené le XV du Chardon à une victoire en France, sous les ordres d’un sélectionneur qui en 1999 était sur le terrain, comme en 1995, date de la précédente victoire. Greg Townsend a donc été concerné par les trois derniers succès de l’Écosse en France, ça vous classe un parcours. "Je suis tellement fier de mes hommes, ils sont venus ici dans l’adversité. Des joueurs qu’on n’a pas pu sélectionner (Maitland, Du Preez, N.D.L.R.), un titulaire qui déclare forfait (Matt Fagerson remplacé par Nick Haning) puis un carton jaune, un carton rouge et l’obligation de remonter du retard face à une grosse équipe. Ce Tournoi restera comme l’une des plus belles campagnes de l’Écosse, il est plein de promesse pour l’avenir, même si nous terminons quatrièmes." On aurait pu ajouter la blessure de l’excellent Jonny Gray en deuxième ligne, de son frère Richie et de Scott Cummings et des talonneurs McInally et Fraser Brown. Excusez du peu.

Refus de la facilité

À se remémorer ce match, nous avons été frappés par une sensation, celle de la bravoure. Les Écossais ont été récompensés de leur ambition. Ils ont joué de but en bout pour gagner, un argument apparaît comme une banalité a priori mais il recouvre une réalité intangible. On a noté que dans les dernières minutes, à 20-23 ils ont par deux fois refusé d’assurer le match nul. Deux fois, ils sont allés en touche pour marquer l’essai alors qu’à ce moment-là, l’Écosse ne pouvait même plus prétendre à la deuxième place du Tournoi et qu’elle jouait à quatorze.

Les hommes du Chardon ont été fidèles toute la rencontre à cette théorie. Car les trois essais écossais sont provenus de pénalités non tentées par Finn Russell pour mieux se rapprocher de la ligne adverse. Sur le premier essai de Van der Meerwe, par deux fois Russell et son capitaine Hogg avaient refusé la facilité. De quoi estomaquer bien des esprits conservateurs.

On ne peut être qu’admiratif, dans la mesure où les hommes de Greg Townsend n’étaient pas favoris. Certains (suivez notre regard…) leur prédisaient une piquette au nom du poids de l’Histoire de ces vingt dernières années. L’Écosse est valeureuse, mais on l’a souvent sentie limitée par un plafond de verre.

Samedi, encore on a perçu les Celtes un peu moins forts que les Français, moins puissants, moins rapides, moins talentueux ballons en main. Pendant 79 minutes, leurs trois quarts n’ont pas fait de différences nettes sur des combinaisons ou des courses tranchantes (sauf sur le lancement entre Price et Johnson, et la percée 56e). Ils auraient donc pu s’estimer heureux de grappiller des pénalités par-ci par-là et même d’arracher ce 23-23. Ils ont refusé de jouer les héros à bon compte, ils ont maintenu leur confiance jusqu’au bout à leur efficacité collective, notamment sur des pick and go, où leur patience et la qualité de leurs déblayages ont compensé leur déficit de puissance pure. Eux qui sont considérés comme la moins forte des nations britanniques, celle qui envoie le moins de joueurs chez les Lions a joué comme une grande équipe, sûre de ses forces. Pas comme un petit Poucet.

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Jérôme PRÉVÔT
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