Toulon se saborde, autopsie d'un échec qui larvait

  • Le capitaine Charles Ollivon sort sur blessure lors de la dernière journée de Top 14 face à Castres.
    Le capitaine Charles Ollivon sort sur blessure lors de la dernière journée de Top 14 face à Castres. Photo Aurélien Delandhuy. - Photo Aurélien Delandhuy.
Publié le , mis à jour

Troisième au classement et candidat crédible aux demies jusqu’à la fin janvier, le RCT a finalement perdu les pédales. Éliminé au terme d’une nuit en enfer du côté de Pierre-Fabre, le club varois doit désormais tirer le bilan d’une saison sur courant alternatif, et rendre des comptes à un public qui n’a plus goûté aux phases finales depuis 2018.

Comment les Toulonnais, membres du top 6 pendant vingt journées, ont-ils pu échouer à cette insuffisante huitième place ? Comment cette équipe, troisième fin janvier et capable de s’offrir le scalpe du Racing à deux reprises, a-t-elle pu foudroyer une demi-année d’efforts en l’espace de quatre mois ? Comment ce groupe composé d’Ollivon, Serin, Etzebeth, Parisse ou Isa, a-t-il pu prendre deux fois 30 points contre La Rochelle, 40 contre Toulouse, plus de 50 à Lyon, perdre à domicile contre Bayonne pour finalement terminer par un fiasco sans équivoque du côté de Castres ?
 

Accrochage Collazo-Lemâitre

Une chose est certaine : alors qu’il avait son destin entre les mains au moment de croiser le CO, le RCT s’est délité, pour vivre une humiliation à Pierre-Fabre. Et dès le dimanche matin, à l’heure de tirer le voile sur cette troisième saison sans phases finales, c’est une bonne vieille gueule de bois qui prédominait chez les supporters. « Quand tu gagnes 17-0 au bout de 20 minutes, tu as le droit de perdre, mais tu n’as pas le droit d’en prendre 50 » soufflait, désabusé, Manu Bielecki, président des Z’Acrau en fin de matinée. Sincèrement, je ne suis même pas en colère. Je suis surtout abattu. J’ai le sentiment que le mal est plus profond. Est-ce la faute du président ? Non car sans lui, nous serions en train d’affronter Solliès-Pont en amateur. Est-ce la faute du staff ? Peut-être, mais les joueurs pourraient aussi prendre les clés du camion. Alors, le groupe ? Je ne sais pas, j’ai l’impression qu’il n’y a qu’un patron dans cette équipe : Ollivon. Et sa blessure a montré qu’il était seul dans le navire… On en veut à tout le monde et personne à la fois. »

Pour la deuxième saison de l’ambitieux projet #RCT19_23, qui devait permettre à Toulon de se réinstaller parmi les cadors du Top 14, c’est finalement un ultime uppercut qui est venu rappeler que le club frappé du muguet était encore bien loin du gratin hexagonal. Alors, au moment de regarder dans le rétro, qu’est-ce qui expliquera ce fiasco final ? Le recrutement intimiste (Jolmès, Boyadjis et Toeava) ? Le non-remplacement de Belleau, victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche dès la première journée ? La signature d’un Nonu attendu en patron, et finalement trop souvent blessé ou suspendu ?

Les Toulonnais vont attendre des réponses, à l’heure où l’engouement apparaît en chute libre. « Le club va vite devoir réagir, car on ne peut pas espérer remplir les tribunes avec une huitième place et une nouvelle saison sans Champions Cup, tapait du poing Manu Bielecki. Il va falloir sortir de sacrés arguments car à ce rythme, des supporters qui ont 30 années d’abonnement vont refuser de se réabonner la saison prochaine. Ce qui se passe m’inquiète beaucoup. »

À Julien Perpère, président des Fils de Besagne, de reprendre : « Je veux bien qu’on m’explique qu’en 2018-2019, ce n’était pas le recrutement du nouveau staff ; qu’en 2019-2020, nous étions bien placés avant l’arrêt de la saison. Cette fois, on nous avance quel argument ? Les doublons ? Parce que Toulouse et le Racing n’ont pas d’internationaux ? La Covid et l’infirmerie ? Mais c’est le lot de tous les clubs… »

Vous l’aurez compris, les dirigeants du club toulonnais sont désormais dos au mur, avec l’obligation de rendre des comptes à un public passionné mais pas dupe… Pourtant, ce revers en terres castraises a cristallisé les tensions naissantes avec, notamment, une prise de bec houleuse entre le président Bernard Lemaître et son manager Patrice Collazo, à la pause. Le premier souhaitait apporter son éclairage sur quelques faits de jeu; le second lui a rappelé, à juste titre, qu’il était bien le responsable du sportif.
De l’électricité dans l’air et des Varois qui ont fait le choix de ne pas s’exprimer, à chaud. Pour réfléchir à la prochaine sortie médiatique ? Attention surtout à ne pas ouvrir le contre-feu trop tard, car la défiance des supporters n’est pas nouvelle. Elle est déjà montée de plusieurs crans depuis samedi soir.
 

Et maintenant, on fait quoi ?

Et les joueurs, dans tout ça ? Écœurés par cette nouvelle saison sans phases finales, et même s’ils se savent les premiers responsables, quelques cadres ne cachent désormais plus leur frustration. Certains peinent à comprendre comment ce groupe peut à ce point manquer de caractère et d’idées lors des grosses échéances. D’autres commencent même à se demander si les bureaux souhaitent réellement se donner les moyens de remettre Toulon au cœur de l’échiquier du rugby français. Un discours qui fait sens chez les supporters : « J’imagine que le staff aimerait avoir quinze Ollivon, mais il n’y en a qu’un. On veut du caractère, alors pourquoi avoir laissé partir Guirado, Bastareaud et désormais Romain Tao ? reprenait Manu Bielecki. Il faut vite annoncer des joueurs de très haut niveau, sinon on va droit dans le mur… On ne fait plus peur à dégun, on ne se qualifie plus. Aujourd’hui, les équipes viennent à Mayol pour gagner. Vous croyez que c’est normal ? Nous vivons une mauvaise passe et je crois qu’il faut du changement… Sommes-nous impatients ? Toulon n’est pas un club qui doit être dans le rang. Il faut une énorme remise en question, des coups de sang… Pas forcément comme le faisaient Mourad Boudjellal ou ses prédécesseurs, mais je crois qu’il faut arrêter les politesses. Toulon est devenu plat dans notre communication, ça ne ressemble pas à notre club… »

Sous le feu des critiques après cet échec majuscule, et même s’ils affirmaient récemment que rien ne serait remis en question quel que soit le résultat de la saison, il semble désormais que seule une prise de position importante de la part des dirigeants ou un recrutement étoilé pourraient redonner espoir aux sympathisants toulonnais. Ils vont connaître leur troisième mois de juin assis dans leur canapé, à regarder les grosses écuries du championnat se disputer un bout de bois qui semble désormais à des années lumières de la rade…

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Pierrick ILIC-RUFFINATTI.
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