Altrad : « J’apprends tous les jours »

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C’est au fil d’une saison ahurissante que le MHR a sauvé sa peau en Top 14 et remporté le Challenge européen. Pour Midi Olympique, Mohed Altrad remonte le cours de l’histoire, salue le Goret, parle du départ de Goosen, du possible retour de Lozowski, du maillot des All Blacks et de Franck Azéma. C’est à vous...

Au moment de tourner la page, quel bilan faites-vous de cette saison ?

Sénèque, un grand philosophe grec, a dit un jour : « tirons notre courage de notre désespoir ». C’est à l’image de cette saison : beaucoup de courage, tout le temps ; un peu de désespoir avant d’atteindre vraiment le creux de la vague ; et à nouveau du courage et du succès, à la fin. […] Philippe Saint-André est descendu dans l’arène avec Olivier Azam, Jean-Baptiste Elissade, les préparateurs physiques, mon fils Djena et tout le monde ! Ils ont réussi à redresser la barre. Cette saison, c’est une leçon de vie.

Êtes-vous fier de la réaction de vos joueurs ?

Oui bien sûr ! Et ma fierté est à la mesure de mon mécontentement quand on alignait les défaites. Les joueurs et l’encadrement ont montré que nous étions plus qu’une addition d’individus talentueux : un vrai collectif s’est formé dans l’adversité.

Qu’a apporté Philippe Saint-André ? On était beaucoup à le croire un peu largué, sur le plan technique…

Philippe Saint-André avait pris un peu de recul par rapport au jeu mais c’est aussi comme cela que l’on voit mieux les enjeux, les perspectives, les évolutions. Il a vraiment fait un très bon travail de coaching dans des conditions difficiles. […] Sa force, c’est sa capacité à se remettre en cause, à sortir des certitudes, à tester des solutions. C’est un innovateur.

Qu’appréciez-vous chez l’homme Saint-André ?

C’est un homme formidable. Il est affable, sympathique, il a une relation directe avec les gens et notamment avec les joueurs. Il dit ce qu’il fait, il fait ce qu’il dit. Entre nous, c’est simple.

Avez-vous oui ou non failli quitter le MHR, aux pires moments de la saison ?

C’est mal me connaître de croire que je peux quitter un navire dans la tempête. Pour autant, je n’étais pas du tout satisfait de la situation et j’ai rappelé aux uns et aux autres qu’ils devaient prendre leur responsabilité.

Après dix ans de présidence, le rugby vous procure-t-il encore des émotions ? Lesquelles ?

Chaque jour, chaque match, chaque situation de jeu me procure des émotions. Parce que le rugby, c’est une surprise permanente. Dans mon métier, dans mon entreprise, je planifie, j’anticipe, je rationalise : comment va évoluer le marché, que vont faire les concurrents, comment pouvons-nous être plus performants. Dans le rugby, la raison est utile mais l’émotion est nécessaire : pour comprendre les joueurs, leur donner une direction et accepter d’être surpris. J’apprends tous les jours. C’est peut-être cela ma plus grande émotion.

Qui vous succéderait, si vous partiez ? Votre fils aîné ? Y avez-vous déjà songé ?

Je ne suis pas parti et je ne compte pas le faire. Mon fils est passionné, il joue, il aime ce sport. J’en suis très heureux.

Montpellier jouait-il trop à la "baballe" sous Garbajosa ?

Il est clair que nous n’avions pas trouvé le bon système de jeu. Xavier a pris des risques, il a tenté, ça n’a pas marché, nous manquions d’un système de jeu. On aurait probablement dû rectifier la barre plus tôt, lui d’abord, moi ensuite.

Avez-vous des nouvelles de Xavier Garbajosa ? On le dit toujours très touché moralement…

Je n’ai pas eu de contact récent avec lui mais j’apprécie l’homme et j’espère qu’il va aller pour le mieux. Je n’ai jamais eu de problème avec l’homme. La question, c’était le jeu. Il fallait mieux le structurer.

La procédure prud’homale est-elle toujours en cours ?

Il n’y a pas de procédure prud'homale. J’ai payé ce que je lui devais.

L’Anglais Alex Lozowski a réalisé une très bonne fin de saison après avoir connu de lourdes difficultés à s’intégrer : ne pouviez-vous pas le garder au club ?

C’est un excellent joueur et il a des qualités humaines exceptionnelles. Il a eu des difficultés à s’intégrer liées notamment au Covid et à la rupture avec ses proches en Angleterre. Il a très bien joué mais il avait été prêté par son club et doit y revenir. Mais l’histoire entre nous n’est peut-être pas finie… On verra à l’avenir comment elle évolue…

L’investissement porté sur Louis Picamoles, libéré cette saison, fut-il in fine décevant ?

Non il nous a aidé, il aime le club, il a apporté beaucoup. Je tiens à le remercier. Peut-être n’a-t-il pas réalisé tout ce qu’il souhaitait chez nous et c’est pour cela qu’il est parti.

Franck Azéma ne viendra pas à Montpellier : pourquoi ?

Vous aimez parler transfert ! Franck Azéma, c’est un grand entraîneur et comme nous sommes en train de bâtir un grand club, on a la chance de pouvoir intéresser les grands entraîneurs. Mais, les entraîneurs comme les joueurs doivent être libres contractuellement pour changer de club. Clermont était d’accord pour le libérer mais à des conditions qui ne nous semblaient pas raisonnables. Nous ne nous sommes donc pas mis d’accord.

Combien l’ASMCA vous réclamait-elle pour racheter le contrat de Franck Azéma ?

Clermont réclamait plus de trois fois ce que j’estimais possible comme indemnité (il proposait 150 000 euros, N.D.L.R.). C’était trop.

Il se dit en revanche que Christophe Urios sera le manager du MHR à la fin de son contrat à Bordeaux, en juin 2022… Qu’en dites-vous ?

Christophe est un très bon coach. Pour le reste, c’est trop tôt pour en parler.

Où en êtes-vous de votre désir de racheter le maillot des All Blacks ?

Je n’achète pas un maillot, je le sponsorise. Pourquoi suis-je intéressé par les Blacks ? Parce que Altrad est un groupe mondial et que les Néo-Zélandais ont un impact mondial. J’ai donc regardé le sujet. Mais, c’est un investissement très important et je ne serai pas déraisonnable.

Quel est le prix de réserve ?

Comme dans chaque négociation, le vendeur cherche à obtenir un maximum alors il fait circuler des chiffres. Moi, j’ai toujours la même attitude : j’ai en tête le prix qui me semble juste. Et je m’y tiens.

Pourriez-vous à la fois sponsoriser la FFR et la NZRU ?

Je suis Français et j’aime la France. Et je trouverai extraordinaire qu’un groupe français sponsorise le maillot des Blacks : avouez que l’on pourrait en être fier, non ? Les deux calendriers ne sont par ailleurs pas les mêmes. Les All Blacks cherchent un partenaire maintenant pour plusieurs années, le contrat avec la FFR se termine lui en 2023. S’il n’est pas renouvelé d’un côté et que je trouve un accord avec la fédération néo-zélandaise de l’autre, le nom Altrad ne sera pas longtemps présent sur les deux maillots en même temps.

Comment avez-vous accueilli l’élection de René Bouscatel ?

Avec soulagement. Paul Goze incarnait un rugby d’un autre temps avec une organisation nationale très coûteuse et inefficace. Le monde du rugby retient les innombrables, coûteuses procédures diligentées contre la FFR. Je ne le regretterai donc pas. René Bouscatel, c’est autre chose : il a été vingt ans président du Stade toulousain, maintes fois champion de France, quatre fois champion d’Europe… Quel palmarès !

Mais encore ?

Il a néanmoins beaucoup de travail à la Ligue dont le rôle est de faciliter la vie des clubs professionnels. Pas de la leur compliquer en pondant des règlements, en dressant des interdictions, en bridant l’innovation et l’ambition. La Ligue aussi coûte très cher : entre le moment où je suis arrivé dans le rugby et aujourd’hui, son budget a plus que triplé !

A-t-elle fluidifié vos rapports avec la LNR ?

Mes relations sont plus simples qu’avant. Mais, je vous le répète, le sujet, ce n’est pas moi, c’est la bonne gestion du rugby moderne, qui doit innover, s’appuyer sur les amateurs qu’il faut renforcer et mieux financer tout en aidant les clubs à mieux s’organiser. Avec le président Bouscatel, les relations sont fluides : il y a de la place pour le débat, c’est bien. On semble avancer vers une gestion intelligente et qui doit permettre à l’équipe de France d’avoir les meilleurs résultats possible lors de la prochaine Coupe du monde.

L’arbitre Alexandre Ruiz intégrera votre staff technique la saison prochaine. Dans quel but ?

Alexandre Ruiz est un excellent arbitre, de niveau international. Il va rejoindre notre staff technique pour améliorer la capacité des joueurs à rester dans les règles du jeu. Nous commettons trop de fautes, il faut absolument que l’on s’améliore de ce côté…

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Marc DUZAN
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