Ruiz : « J’avais la prétention d’être fait pour ce derby »

  • Alexandre Ruiz.
    Alexandre Ruiz. Icon Sport - Icon Sport
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Tout a commencé samedi dernier, du côté de Bordeaux. Nous avions regardé les cinq dernières minutes du multiplex et, dès que l’affiche du match d’accession est tombée, je m’étais dit en mon for intérieur que ce Biarritz - Bayonne était un match qui me correspondait. J’avais la prétention de penser que j’étais fait pour ce derby, par rapport à mon style d’arbitrage, à l’enjeu et à la pression qu’il avait falloir supporter. Et le dimanche soir, lorsque Franck Maciello nous a annoncé par visioconférence les désignations pour le week-end, j’ai très vite basculé sur ce derby en rentrant dans une bulle, parce que j’étais conscient des enjeux et de ma responsabilité. Dès le lundi matin, j’avais téléchargé les derniers matchs du BO et de l’Aviron pour commencer à travailler dessus, sachant que je devais avoir des réunions en visio dès le lendemain avec les staffs des deux équipes, celui de Biarritz à 14 h 30 puis celui de Bayonne à 16 h 30. J’étais très excité, parce que ce derby est bien le genre de match qu’on fantasme, d’autant qu’il était le seul que je n’avais jamais arbitré en dix ans de carrière professionnelle. Je sais très bien ce que représente un derby, pour être originaire de Béziers et avoir connu des Béziers - Narbonne. Sauf qu’entre ces deux villes, il y a un peu plus de quatre kilomètres, et il n’y avait jamais eu d’enjeu aussi énorme…

La longue marche vers aguiléra

C’est pourquoi, à partir du jeudi, j’ai choisi de me mettre au vert à Anglet, pour bien entrer dans ma bulle et surtout ne pas faire de jaloux… Tous les jours de la semaine, j’ai également passé une heure en visio avec Jérôme Garcès, et nous avons également eu une longue réunion le jeudi soir avec mon équipe d’arbitres. Il fallait absolument ne pas être immergé par le contexte, c’est pourquoi j’avais décidé de partir assez tôt au Pays basque pour m’en imprégner. Cela a aussi été vrai pour rejoindre le stade : il y avait quatorze minutes de marche depuis notre hôtel jusqu’à Aguilera et c’est pour ça qu’avec mon équipe, nous avons décidé d’aller au match à pied, ce qui nous permettait accessoirement de ne pas être surpris par les bouchons… Nous avons bien sûr prévenu la LNR de notre démarche car nous n’avions pas d’escorte, mais tout s’est vraiment très bien passé lorsque les supporters nous ont vu passer avec nos sacs, qui nous ont démontré beaucoup de respect. Tous les six, nous sommes vraiment parfaitement entrés dans notre bulle et je crois que tout le monde a bien fait son travail. Jérôme Garcès m’avait bien dit avant le match que 90 % du travail avait été fait, et je suis content que nous ayons plutôt bien géré les derniers 10 % sur le terrain. Je tiens à inclure là-dedans les 4e et 5e arbitre, qui ont eu beaucoup de travail avec les remplacements en prolongations mais n’ont jamais lâché leur concentration, car ils auraient pu être facilement pollués par les "seulement" 5 000 supporters…

Le soulagement du dernier en-avant

Et franchement, je garderai de ce match un souvenir exceptionnel, magique. On m’a dit après ce match qu’il fallait avoir de l’aplomb pour sanctionner Bayonne sur la dernière action à 10 secondes de la sirène, mais depuis que j’ai embrassé cette fonction d’arbitre, je m’attache à un principe fondamental : l’intégrité. Être honnête et intègre, pour moi, c’est ça : siffler la faute que je perçois, sans tenir compte du moment ou de l’endroit où elle se produit. Tout ce que je ne voulais pas dans ce match, en revanche, c’était de prendre la décision qui allait faire basculer la rencontre pour de mauvaises raisons, car j’avais pleinement conscience de l’enjeu historique de cette partie. Plus le temps passait, plus mes coups de sifflets allaient prendre de l’importance et forcément, j’y pensais. En toute honnêteté, pendant les prolongations, plus le jeu se passait entre les deux lignes des quarante mètres et mieux je me portais. Et puis, au bout de 100 minutes, il y a eu ce dernier en-avant et j’avoue égoïstement que j’ai ressenti un certain soulagement à ce que la rencontre se termine comme ça, sur ce score de 6-6. Et pourtant, je savais pertinemment que pour les deux équipes, cette séance de tirs au but allait être quelque chose d’horrible, d’affreux…

Les premiers tirs au but de ma carrière...

Ce qui est amusant, c’est qu’on s‘était quelque peu préparé à cette éventualité avant la rencontre puisque l’arbitre vidéo Philippe Bonhoure avait déjà connu ça en tant que joueur, lors de la finale Béziers - Agen de 1984. À titre personnel, c’était la première fois de ma carrière que j’étais confronté à une séance de tirs au but et si pour moi le match était terminé à ce moment-là, ce n’était pas la même choses pour les deux arbitres de touche, qui avaient d’autant plus de responsabilités sous les poteaux que la réalisation n’avait pas de caméra dans l’axe des poteaux. Honnêtement, même pour moi qui étais neutre, c’était horrible à vivre. Avec toute l’équipe d’arbitres, sommes restés au stade quelques instants après le coup de sifflet final pour profiter du moment, mais nous sommes finalement vite retournés à notre hôtel. Après une journée pareille, on n’avait qu’un seul besoin, celui de relâcher la pression.

Tout a commencé samedi dernier, du côté de Bordeaux. Nous avions regardé les cinq dernières minutes du multiplex et, dès que l’affiche du match d’accession est tombée, je m’étais dit en mon for intérieur que ce Biarritz - Bayonne était un match qui me correspondait. J’avais la prétention de penser que j’étais fait pour ce derby, par rapport à mon style d’arbitrage, à l’enjeu et à la pression qu’il avait falloir supporter. Et le dimanche soir, lorsque Franck Maciello nous a annoncé par visioconférence les désignations pour le week-end, j’ai très vite basculé sur ce derby en rentrant dans une bulle, parce que j’étais conscient des enjeux et de ma responsabilité. Dès le lundi matin, j’avais téléchargé les derniers matchs du BO et de l’Aviron pour commencer à travailler dessus, sachant que je devais avoir des réunions en visio dès le lendemain avec les staffs des deux équipes, celui de Biarritz à 14 h 30 puis celui de Bayonne à 16 h 30. J’étais très excité, parce que ce derby est bien le genre de match qu’on fantasme, d’autant qu’il était le seul que je n’avais jamais arbitré en dix ans de carrière professionnelle. Je sais très bien ce que représente un derby, pour être originaire de Béziers et avoir connu des Béziers - Narbonne. Sauf qu’entre ces deux villes, il y a un peu plus de quatre kilomètres, et il n’y avait jamais eu d’enjeu aussi énorme…

La longue marche vers aguiléra

C’est pourquoi, à partir du jeudi, j’ai choisi de me mettre au vert à Anglet, pour bien entrer dans ma bulle et surtout ne pas faire de jaloux… Tous les jours de la semaine, j’ai également passé une heure en visio avec Jérôme Garcès, et nous avons également eu une longue réunion le jeudi soir avec mon équipe d’arbitres. Il fallait absolument ne pas être immergé par le contexte, c’est pourquoi j’avais décidé de partir assez tôt au Pays basque pour m’en imprégner. Cela a aussi été vrai pour rejoindre le stade : il y avait quatorze minutes de marche depuis notre hôtel jusqu’à Aguilera et c’est pour ça qu’avec mon équipe, nous avons décidé d’aller au match à pied, ce qui nous permettait accessoirement de ne pas être surpris par les bouchons… Nous avons bien sûr prévenu la LNR de notre démarche car nous n’avions pas d’escorte, mais tout s’est vraiment très bien passé lorsque les supporters nous ont vu passer avec nos sacs, qui nous ont démontré beaucoup de respect. Tous les six, nous sommes vraiment parfaitement entrés dans notre bulle et je crois que tout le monde a bien fait son travail. Jérôme Garcès m’avait bien dit avant le match que 90 % du travail avait été fait, et je suis content que nous ayons plutôt bien géré les derniers 10 % sur le terrain. Je tiens à inclure là-dedans les 4e et 5e arbitre, qui ont eu beaucoup de travail avec les remplacements en prolongations mais n’ont jamais lâché leur concentration, car ils auraient pu être facilement pollués par les "seulement" 5 000 supporters…

Le soulagement du dernier en-avant

Et franchement, je garderai de ce match un souvenir exceptionnel, magique. On m’a dit après ce match qu’il fallait avoir de l’aplomb pour sanctionner Bayonne sur la dernière action à 10 secondes de la sirène, mais depuis que j’ai embrassé cette fonction d’arbitre, je m’attache à un principe fondamental : l’intégrité. Être honnête et intègre, pour moi, c’est ça : siffler la faute que je perçois, sans tenir compte du moment ou de l’endroit où elle se produit. Tout ce que je ne voulais pas dans ce match, en revanche, c’était de prendre la décision qui allait faire basculer la rencontre pour de mauvaises raisons, car j’avais pleinement conscience de l’enjeu historique de cette partie. Plus le temps passait, plus mes coups de sifflets allaient prendre de l’importance et forcément, j’y pensais. En toute honnêteté, pendant les prolongations, plus le jeu se passait entre les deux lignes des quarante mètres et mieux je me portais. Et puis, au bout de 100 minutes, il y a eu ce dernier en-avant et j’avoue égoïstement que j’ai ressenti un certain soulagement à ce que la rencontre se termine comme ça, sur ce score de 6-6. Et pourtant, je savais pertinemment que pour les deux équipes, cette séance de tirs au but allait être quelque chose d’horrible, d’affreux…

Les premiers tirs au but de ma carrière...

Ce qui est amusant, c’est qu’on s‘était quelque peu préparé à cette éventualité avant la rencontre puisque l’arbitre vidéo Philippe Bonhoure avait déjà connu ça en tant que joueur, lors de la finale Béziers - Agen de 1984. À titre personnel, c’était la première fois de ma carrière que j’étais confronté à une séance de tirs au but et si pour moi le match était terminé à ce moment-là, ce n’était pas la même choses pour les deux arbitres de touche, qui avaient d’autant plus de responsabilités sous les poteaux que la réalisation n’avait pas de caméra dans l’axe des poteaux. Honnêtement, même pour moi qui étais neutre, c’était horrible à vivre. Avec toute l’équipe d’arbitres, sommes restés au stade quelques instants après le coup de sifflet final pour profiter du moment, mais nous sommes finalement vite retournés à notre hôtel. Après une journée pareille, on n’avait qu’un seul besoin, celui de relâcher la pression.

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