Sèche tes larmes, Aymeric

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L'édito du lundi par Léo Faure... Depuis une trentaine d’heures, les images tournent en boucle. Dans la fournaise d’Aguilera, où la jauge des 5 000 personnes avait pris un tour bien aléatoire, il n’aura fallu que deux heures de folie douce pour faire oublier une année entière de huis clos anémiant.

Voilà, le rugby, c’est ça. Cette passion excessive, ces temps de fête où le match est un prétexte, plus une finalité. Ce Biarritz-Bayonne sublime ce paradoxe : d’un faible niveau technique sur le terrain, il marque pourtant l’histoire d’un sport dans son entièreté. Entré tout droit dans la légende par l’enjeu, le scénario, le contexte et l’engagement féroce, presque cannibale, repoussant les résistances du corps humain à leurs limites. Et ces explosions de joie, lorsque Steffon Armitage passa un ultime tir au but, 22 m en face, au bout de deux heures d’un suspense suffocant.

Au milieu de cette démence rouge qui a alors envahi la pelouse d’Aguilera et cette pluie de louanges qui s’abattent, depuis, légitimes, sur le camp biarrot, on s’efforcera pourtant d’avoir une pensée pour les Bleus. S’il y a un gagnant, il y a toujours un perdant. Si la victoire est exceptionnellement belle, c’est que la défaite est excessivement cruelle. Et l’histoire, malfaisante, retiendra ce nom plus que les autres : Aymeric Luc.

C’est infâme, ce qui est tombé samedi soir sur la tête du jeune ailier bayonnais. Odieux. Aymeric Luc, c’est un môme d’ici, maturé au rugby depuis ses 6 ans et à 20 bornes de Jean-Dauger, sous le maillot noir et blanc de Boucau-Tarnos. Un gamin du cru, doué et vite passé au bleu azur de l’Aviron.

Luc est certainement le meilleur joueur de la saison chaotique des Bayonnais. Un jeune homme de 23 ans, titulaire d’une licence et déjà lancé dans un Master en commerce. Un gamin bien, qu’on montrerait en exemple dans tous les centres de formation. Une tête bien faite et des jambes bien cadencées, qui n’auraient mérité rien d’autre que les honneurs, samedi soir. Mais le sport supporte cette belle cruauté d’ignorer l’absolu de la justice. Ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne, pas toujours le plus sympa qui est porté en triomphe.

Avant de voir fondre sur nous la colonie biarrote sur fond de rivalité belliqueuse, qu’on soit bien au clair : point de favoritisme ici. Le BO est un superbe vainqueur, a livré un match à l’engagement dingue et son retour en Top14 est une fierté pour le rugby français. Mais puisque ces colonnes sont ouvertes à tous, vainqueurs et vaincus, on aura cette pensée pour le jeune Aymeric Luc : tête haute, regard posé sur l’horizon et larmes séchées, l’avenir lui appartiendra à nouveau. Il sera radieux.

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