Kaino : « Je suis tellement chanceux d'avoir cette fin »

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    Kaino : « Je suis tellement chanceux d'avoir cette fin » Midi Olympique / Patrick Derewiany
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Il est l'heure pour le seigneur de raccrocher les crampons. Le mythique all black nous parle de ce dernier match, revient sur sa riche carrière et se projette sur sa nouvelle vie. D'une voix calme mais non sans émotion.

Que retenez-vous de cette folle soirée qui scelle un historique doublé ?

Les gars ont encore été incroyables. Quand je vois les jeunes autour de moi, je me dis que le rugby français a de très belles années devant lui. Avoir pu être au cœur de ça restera quelque chose de spécial. J’en suis très fier.

On sent tout votre amour pour cette équipe dans ces propos...

Si je dois ne retenir qu’une chose de toute cette aventure, c’est la force de ce groupe. Il est tellement uni, soudé. Jamais personne n’est resté sur le bord, on a tous avancé ensemble, quoi qu'il arrive. Nous avons vécu comme une famille.

Comment aviez-vous abordé l’ultime rencontre de votre carrière ?

Lors de la préparation, je n’avais pas vraiment pensé à la fin qui approchait. Ce n’était pas moi l’important. J’étais plus nerveux lors de la semaine des demi-finales, pour être honnête. Là, nous étions arrivés au bout. Une fois en finale, il fallait juste donner tout ce qui nous restait. Si ce n’était pas suffisant, tant pis à la limite. Sincèrement, je ne pensais pas à la retraite avant d’arriver au stade. J’ai six semaines de vacances pour y réfléchir et pour revenir sur toute ma carrière.

Et au moment de fouler la pelouse, que vous êtes-vous dit, donc ?

C’était émouvant. Là, j’ai pris conscience que c’était la dernière fois que je franchissais cette ligne blanche en tant que joueur. Il y avait ma famille dans le stade en plus. C’était vraiment fort.

La fin est très belle. Pouviez-vous l'imaginer plus belle ?

Il y a tant de joueurs qui ne peuvent pas choisir la fin, à cause des blessures ou d’autres circonstances qui les dépassent. Je suis tellement chanceux de finir ma carrière sur ce titre et comme je l’ai voulu.

Et maintenant, comment allez-vous célébrer cet accomplissement ?

Je ne sais pas trop quel va être le programme. Il y a plein d’internationaux qui vont repartir dans l’hémisphère Sud, les internationaux français vont couper pour se reposer en famille… Je vais bien trouver quelque chose à faire avec ma femme et mes enfants. Ça a été une saison tellement longue. Je veux célébrer ce titre comme il se doit pour ensuite retrouver les miens et en profiter.

Avant de basculer sur l’entraînement des espoirs du Stade toulousain, donc. Comment abordez-vous cette seconde carrière ?

Je me lance dans un nouveau défi. Je veux prendre le temps de peser les expériences que j’ai connues avant de les transmettre aux jeunes joueurs dans un premier temps. J’ai vu beaucoup de bons joueurs basculer du jour au lendemain vers l’entraînement sans transition. Ce n’est pas parce que vous avez été bon sur le terrain que vous le serez sur le banc. Avant tout, il faut que je progresse dans mon français. Je le comprends plutôt bien mais je n’arrive pas à répondre comme il faut. Ma fille qui a douze ans est en train d’apprendre deux langues, le français et l’espagnol. Je me dis que je peux en apprendre une.

Quel est votre mot préféré en français ?

J’aime quand les gars disent : “C’est ouf.”

Quels sont les entraîneurs qui vous ont le plus marqué et qui pourraient vous inspirer ?

Je ne veux copier personne. Mais je dirais qu’il y a cinq entraîneurs qui ont eu une grosse influence sur ma carrière : Steve Hansen, Graham Henry (anciens sélectionneurs néo-zélandais), Wayne Smith (ancien adjoint de Graham Henry), Pat Lam (ancien entraîneur des Auckland Blues) et Mike Cron (ancien entraîneur de la mêlée des All Blacks). Ce n'étaient pas seulement des grands entraîneurs, mais aussi de grands hommes, qui m'ont tant appris au cours de ma carrière. Des personnes formidables.

Pouvez-vous nous parler du maillot que vous portait, lors de cet après-match ?

Le Stade toulousain a récemment contacté le club où chacun d’entre nous a débuté pour avoir un maillot de leur part. La veille du match, tout le monde a enfilé sa tunique. Ça a été émouvant de remettre la tenue du Auckland University Rugby Football Club. Ça me rappelle d’où je suis parti. Quelle sacrée aventure, tout de même.

Qu’est-ce qui a été le plus fort pendant ces presque deux décennies au plus haut niveau ?

La Coupe du monde 2011. C'était un sentiment incroyable de pouvoir être sacré sous le maillot des All Blacks devant ma famille, à la maison, dans mon jardin d'Eden Park. Cette finale (contre la France) a été très très accrochée (8-7). C'était un match vraiment à part en termes de soulagement et de bonheur. Avec le maillot des All Blacks sur le dos. C'est le rêve de tous les enfants en Nouvelle-Zélande de pouvoir jouer pour la sélection. Le rugby est le sport numéro un. Enfiler ce maillot, c'est réaliser un rêve. Et tout ça à l'Eden Park. C'est le stade de ma ville. J'ai toujours voulu y jouer devant des tribunes pleines.

Qu’est-ce qui risque de vous manquer, maintenant que les crampons sont rangés pour de bon ?

Je pense que la préparation des matchs, cette nervosité avant d’entrer sur le terrain, va me manquer. Je vais vivre d’autres choses en étant entraîneur. On est encore intégré au vestiaire et il y a une autre forme d’impatience. Mais je n’aurai plus le contrôle sur les choses. Les entraîneurs ont un rôle à jouer du lundi à vendredi mais après, ça ne leur appartient plus. Ça va me manquer de pouvoir entrer sur le terrain et d’avoir un impact. Je vous rassure, pour autant : ce nouveau challenge m’excite beaucoup.

 

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