Bouscatel : « La confiance se mérite »

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    "La confiance se mérite"
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René Bouscatel - Président de la LNR vient de boucler la saison qui ne devait jamais se terminer. Une satisfaction pour le nouveau président de la LNR, qui porte une partie de l’héritage de Paul Goze et qui entend bien imprimer un nouveau style à la tête du rugby des clubs.

Vous êtes à la tête de la Ligue depuis quatre mois. Avez-vous ressenti une certaine pression en succédant à Paul Goze, au cœur d’une saison particulièrement compliquée qui vous engage sur l’avenir au plan financier avec les prêts à rembourser ?

J’ai vraiment l’impression d’avoir vécu une saison entière. D’abord parce que je ne débarquais pas dans l’inconnu, puisque j’étais déjà au comité directeur et que je présidais la commission sportive. J’étais déjà dans l’action, concerné. Et puis, ce que nous faisons s’inscrit dans la continuité de l’action menée par Paul Goze. Simplement, nous apportons un style nouveau, un état d’esprit différent qui commencent à se diffuser. À ce titre, les premiers mois ont été positifs.

C’est-à-dire ?

Les nouvelles équipes ont effectué un gros travail même si, je le répète, il n’y a pas eu de bouleversement sur le fond. Tout le monde s’est engagé pour finir la saison et il faut ici louer l’engagement du sportif, du médical et du juridique qui ont œuvré avec les clubs pour que l’on parvienne à boucler les championnats. Alors, oui, c’est une réussite. Je le répète, nous avons un bel héritage à porter, avec des droits télé qui nous offrent une visibilité sur les six prochaines années. C’est essentiel. Du coup, même s’il y a une certaine pression, j’aborde l’avenir avec optimisme et confiance.

Vous parlez d’un nouveau style et d’un état d’esprit différent. De quoi s’agit-il concrètement ?

Chacun doit s’engager. C’est déjà perceptible à l’intérieur de la Ligue et j’imagine que ce sera le cas, à l’extérieur, dès le début de saison. Jusqu’ici, on s’est engagé à terminer la saison et on a passé beaucoup de temps à découvrir et à comprendre les fonctionnements de l’institution. Sa gestion ne s’improvise pas et l’apprentissage fut nécessaire ; désormais, chacun sait où on doit aller et la mise en place de nouvelles commissions consacrées à l’innovation, au développement économique et au RSE vont nous permettre d’assumer l’héritage qui nous a été confié. Je note à ce titre que notre sport et sa Ligue ont mieux résisté à la crise sanitaire que d’autres.

Quid du changement, alors ?

Nous voulons œuvrer collectivement, avec une plus grande transparence et la participation du plus grand nombre. S’il y a inflexion, elle est là. Ce doit être visible au niveau du comité directeur mais, également, dans les commissions. Chacun doit participer. La Ligue est au service des clubs, on travaille pour eux. Mais pour que ça marche, tout le monde doit s’investir et dépasser sa casquette "club". Je l’ai connu et je n’ai pas toujours été l’élève le plus docile, mais je défends aujourd’hui l’intérêt général et je n’en démordrai pas, tout au long de mon mandat. Je l’ai dit lors de ma prise de fonction, je l’ai répété jeudi après l’élection : il faut dépasser les crispations, travailler ensemble et mettre de côté les intérêts particuliers.

Cela ne semble pas évident, au regard des tensions qui sont apparues jeudi autour de la commission de discipline…

Il y a du travail à faire, c’est évident. Principalement pour que chacun comprenne bien le fonctionnement de la Ligue et des différentes commissions. Et je fais mon mea culpa puisque la commission de discipline, qui est régalienne, n’a pas été présentée aux membres du comité directeur. J’ai tendance à penser que cela aurait évité certaines tensions, ou incompréhensions. J’en suis même persuadé.

La fin de saison a quand même été agitée avec l’épisode des jokers, le transfert de Fickou et la récente élection qui ne vous a pas été favorable.

Je ne suis pas inquiet. Dès lors que tout le monde va travailler ensemble, les tensions vont se dissiper. Rien n’est figé et je ressens plus des questions de posture qu’autre chose. Il n’y a pas lieu d’être pour ou contre la fédé, le sujet n’est pas là. Tous les clubs pensent d’abord à la Ligue et à leur avenir. Mais si la collaboration est positive, tout le monde sera gagnant. Je note que le dialogue est constructif, plus apaisé. Regardez ce qu’il s’est passé au niveau de la tournée en Australie : les clubs ont accepté de mettre 42 joueurs à disposition du sélectionneur et les internationaux pourront rejouer dès la deuxième journée. Encore une fois, rien n’est figé. La confiance se mérite.

N’êtes-vous pas allé trop loin, en ouvrant une nouvelle fenêtre de jokers médicaux juste avant les phases finales ?

On apprend toujours de ses erreurs. Mais il s’agit d’aménagements ponctuels, liés au contexte Covid. Je comprends que le cas Fickou a cristallisé pas mal d’incompréhension au niveau du grand public, mais c’est terminé. L’an prochain, les règles sont fixées. Tout va rentrer dans l’ordre et tout n’est pas permis dans le rugby. Le sportif doit l’emporter sur l’économique.

D’un point de vue personnel, comment avez-vous vécu le double sacre de Toulouse, votre ancien club ?

C’est de l’ordre de l’intime. Mais tout le monde, je crois, peut comprendre mon émotion. C’est humain, je suis heureux pour mon successeur (Didier Lacroix, N.D.L.R.) mais cela ne veut pas dire que je lui ferai des cadeaux… L’intérêt général prédominera toujours. Pour revenir à la fin de saison, j’ai longtemps cru que La Rochelle était favorite. Je suis convaincu qu’elle aurait pu l’emporter et je sais qu’il faudra encore compter avec elle dans les années à venir, même si la concurrence sera de plus en plus dure. Je veux ici avoir un mot pour Vincent Merling, avec qui j’ai une jolie relation, amicale depuis toujours. J’ai un profond respect pour l’homme et pour ce qu’il a construit.

N’avez-vous pas été déçu par le niveau de jeu des phases finales ?

Non, pas du tout. Les phases éliminatoires sont faites pour être gagnées et on y parvient en dominant l’adversaire sur ses propres points forts ; il n’y a pas de surprise. Le reste, c’est de la littérature.

Un mot sur le match de barrage entre Biarritz et Bayonne. C’est le point noir de la saison…

Non, c’est un point noir pour l’image du rugby en période Covid. Cela a failli mettre en péril l’organisation de la finale devant 14 000 personnes… Je l’ai très mal pris… On verra ce que décidera la commission de discipline, même s’il ne faut pas tout confondre.

C’est-à-dire ?

Je n’en veux pas au club pour l’envahissement du terrain.

Passons à l’avenir : Canal + reprend la case du dimanche soir pour retransmettre l’affiche de chaque journée de Top 14. Qu’en dites-vous ?

La case "Premium" est une bonne chose pour le rugby. Et si la question des horaires peut faire débat, nous avons mis en place des compensations financières qui permettront de limiter les surcoûts. Enfin, il y aura une limitation pour que tous les clubs soient concernés. Pour ce qui est de la concurrence avec le football, on n’a pas à l’accepter ; c’est un fait. N’empêche, je me félicite des excellentes relations que nous entretenons avec Canal +. Notre partenariat est solide.

Revenons au vote de jeudi, qui a vu votre opposition reprendre du terrain. Comment l’appréhendez-vous ?

C’est un rééquilibrage, certainement. J’en prends acte, point. Mais je ne me fais pas de souci. Je sais que quelqu’un comme Simon Gilham n’est pas là pour être contre. C’est un homme d’ouverture qui travaillera dans l’intérêt général. Après, si certains pensent venir comme des éminences grises, qu’ils sachent qu’elles n’auront jamais la taille du patron.

Est-ce un message à l’adresse de Pierre-Yves Revol ou Thomas Castaignède ?

Je ne vise personne en particulier. Je dis juste qu’il ne faut pas penser au singulier et se concentrer sur le collectif.

La Ligue est rarement apparue aussi divisée, quand même.

Faux. Elle l’a toujours été, dès sa création. Mon engagement sera pourtant de rassembler et d’œuvrer pour plus de participatif. J’y crois. Il ne faut pas se replier sur soi-même. Même si l’on ne peut pas faire plaisir à tout le monde, chacun doit prendre sa place. Et chacun trouvera à la Ligue ce qu’il y aura apporté… Il n’y a pas de miracle.

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Emmanuel MASSICARD
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