Un match, trois questions

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    Un match, trois questions
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Au terme d’un formidable chassé-croisé, les Wallabies ont su aller chercher la victoire malgré 75 minutes d’infériorité numérique. Une donnée qui a certainement pesé dans quelques mauvais choix français mais qui ne s’est pas ressentie en conquête, où les Australiens ont dominé les Bleus.

1 - L’expulsion de Koroibete a-t-elle faussé le match ?

Le choix fort de Dave Rennie 

C’était écrit : une des principales données stratégiques d’avant-match consistait à savoir si les extérieurs tricolores (où Barassi et Thomas remplaçaient respectivement les sécateurs Danty et Villière) allaient se montrer aussi rassurants en défense face aux menaces Daugunu et Koroibete, d’autant que Penaud n’avait lors des premiers tests pas vraiment donné de gages de sécurité en défense. Sauf qu’en rugby, les choses se passent rarement comme prévu… Hasard ou coïncidence, le fait est que Daugunu dut sortir pour une fracture de l’avant-bras dès la première minute, tandis que Koroibete se voyait expulsé dès la 5e pour un plaquage dangereux sur Anthony Jelonch. Privés des deux facteurs X que devait servir leur stratégie, les Wallabies s’avérèrent très vite dépourvus de plan B… De quoi lancer un match des plus équilibrés où les deux formations se sont rendues coup pour coup, la capacité des trois-quarts français à transformer la moindre miette en festin se heurtant à la domination des Wallabies dans les secteurs de la conquête directe, lesquels avaient fait le choix de continuer à « matcher » huit contre huit devant malgré l’absence d’un défenseur dans le champ profond. Une décision forte de Dave Rennie, qui a certes coûté l’essai de Barassi aux locaux, mais a probablement permis de forcer la victoire (lire ci-dessous)… D’autant qu’en plus de récompenser la domination des Australiens dans l’épreuve de force, l’arbitre Ben O’Keefe s’est comme souvent montré particulièrement intransigeant vis-à-vis de l’équipe en supériorité numérique. On en veut pour preuve le zèle avec lequel le référé néo-zélandais s’appliqua à sanctionner les Français dans le jeu au sol, que les Australiens avaient d’ailleurs dénoncés par voie de presse avant le match…

2 - La conquête française a-t-elle coûté la victoire ?

5 pénalités concédées en mêlée, 3 ballons perdus en touche

Si la qualité de la conquête (notamment via les entrées de Bamba et Taofifenua) avait incontestablement apporté un plus et certainement permis d’emporter la mise lors du deuxième test, le staff tricolore nourrissait un peu plus de crainte pour ce dernier match, les nombreuses blessures récoltées à Melbourne ayant forcément déplumé le banc (Gros, Geraci, Macalou puis Cazeaux à la veille du match), au point d’inciter les coachs à aligner « seulement » 5 avants sur le banc alors qu’il en avait réservé 6 sur les deux premiers matchs. Et même s’ils avaient procédé à un petit pari en cantonnant Bamba au rôle d’impact player, force est de constater que la conquête tricolore a souffert face aux Wallabies. En effet, après avoir su pousser pour la victoire à Melbourne, la mêlée tricolore peut être considérée comme une des principales raisons de la défaite de Brisbane, sanctionnée à cinq reprises (Forletta 1 fois, Falatea puis Walcker 2 fois), dont trois fois dans les vingt dernières minutes après l’entrée de Taniela Tupou, dont la balle de match… La faute à un banc insuffisamment armé ? « Je ne pense pas que les finisseurs soient la cause de notre défaite, estimait après coup Fabien Galthié. Tous les joueurs qui sont entrés ont apporté ce qu’ils pouvaient jusqu’au bout, il faut davantage chercher la faille dans plusieurs petites erreurs que nous avons commises dans notre camp. »
À ce titre, la conquête en touche a elle aussi considérablement souffert face à Swain, qui sut lire à la perfection les intentions des Bleus au point de les contrer à 3 reprises en moins de dix-huit minutes. Difficile de ne pas penser, dès lors, que l’issue de la rencontre aurait certainement pu sourire aux Bleus sans ce déchet initial (quand bien même les Tricolores ont su avec efficacité rectifier le tir par la suite), sans parler de ce dernier ballon porté encore « tué » par Swain.

Un match, trois questions
Un match, trois questions Scott Powick - Scott Powick

3 - À un de plus, les Bleus se sont-ils laissé griser ?

Deux "sorties de cadre" payées cash

On ne l’apprendra plus à personne : face à des Australiens désireux de tenir le ballon, la stratégie des Français sur l’ensemble de cette tournée consistait à se déposséder intelligemment du ballon pour bien défendre, et punir les Wallabies en contre. Le truc ? Il est que lors de ce 3e test, les Bleus n’ont pas toujours su aller au bout de leurs idées… D’abord parce qu’un minuscule en-avant d’Arthur Vincent obligea M. O’Keefe à annuler à la vidéo un superbe contre mené par Jaminet et conclu par Thomas (38e), empêchant les Bleus de tuer le match. Mais surtout parce qu’en plusieurs occasions, à 15 contre 14, les Bleus se sont emballés à jouer des ballons depuis leur propre camp plutôt « qu’à sortir au pied comme ils savent si bien le faire », selon la phrase de Fabien Galthié. Alors certes, cette volonté d’attaquer de loin déboucha sur une merveille d’essai de 90 mètres inscrit par Pierre-Louis Barassi (47e). Le problème ? Il est que leur capacité à réaliser des actions aussi « faciles » et magnifiques a quelque peu grisé les Bleus, qui ont commis dans la foulée des erreurs stupides. On en veut pour preuve ce renvoi suivant l’essai de Barassi, où le pourtant exemplaire Arthur Vincent se fit pénaliser au sol dans ses propres 22 mètres (49e), ce qui empêcha les Bleus de « valider leur marque » et provoqua le temps faible préalable à l’essai de Tupou (51e). Ou encore cette interception de Lolesio entre Couilloud et Vincent qui permit aux Wallabies de prendre le score à la 14e (14-13), alors que Woki venait tout juste de voler un ballon brûlant en touche dans ses propres 22 mètres, qui ne demandait qu’à être renvoyé au pied dans le camp adverse…

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Nicolas Zanardi
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