Les Boks pris à leur propre jeu

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Trop confiants en leur système, les Springboks se sont heurtés à leurs limites physiques face à des Lions bien décidés à les prendre à leur propre piège, dans le jeu d’avants aussi bien que dans le jeu au pied.

C’est à cela, donc, que devait ressembler le match de l’année. Celui dont les médias britanniques nous ont rebattu les oreilles pendant des mois, quitte à faire passer le dernier Tournoi des 6 Nations pour un événement de seconde zone. Celui dont on se servit bien commodément, au sein des clubs de l’Hexagone, pour expliquer les saisons «moyennasses» de Cheslin Kolbe, Handre Pollard, Eben Etzebeth et compagnie. Autant le dire, alors, quitte à heurter certaines sensibilités : survendu à grand renfort de promotions tapageuses, ce premier test de la tournée des Lions chez les champions du monde étaient très loin des standards attendus d’un match international et fut très moyennement arbitrée par l’Australien Nick Berry, d’abord, aussi extrêmement tatillon que terriblement laxiste sur les hors-jeu de ligne, et imprécis au point de se tromper de cinq mètres au moment de signaler à Elliot Daly l’emplacement d’une pénalité pourtant revue à la vidéo. Les intentions de jeu des deux équipes se sont avérées proches du néant et en rugby, on peut dire comme de la bagarre : pour si peu de jeu, il faut être deux…

Ce non-jeu ? On ne saurait décemment le reprocher aux Lions. D’abord parce que ces derniers sont ressortis vainqueurs de l’affrontement, mais surtout parce qu’ils furent les seuls à tenter de donner un brin d’ampleur à la partie, après s’être copieusement fait secouer à la pause par Warren Gatland et ses sbires. Et puis, au vrai, c’est là que doit résider en premier lieu la force d’une grande équipe, selon le mantra éternel de Guy Novès : «Un champion, c’est une équipe qui est capable de prendre n’importe quel adversaire sur ses points forts.»

Le triomphe de Gatland

Et en la matière, force est de reconnaître que la sélection européenne a réussi son pari, la charnière expérimentale Price-Biggar dont le premier choix de jeu (grande chandelle montée sur la tête de Kolbe, après une touche à moins de 25 mètres de l’en-but sud-africain) annonçait clairement les intentions, réussissant au final la gageure de rivaliser avec la paire championne du monde De Klerk-Pollard dans le jeu au pied tactique. Cela tandis, évidemment, que le paquet d’avants des Lions a dominé à la régulière celui des Springboks… On en veut pour preuve les entrées en jeu précoces de Marx et Kitshoff dès la pause pour remplacer des titulaires étouffés par la puissance en mêlée de Tadhg Furlong, ou tout bonnement cet essai inscrit en force par Cowan-Dickie à la conclusion d’un ballon porté conquérant, qui fit un mal terrible au moral des Sud-Africains (44e). Lesquels, comme l’avaient suggéré les matchs de province, ont commencé à clairement flancher à partir de la 50e, la faute probablement à une saison entière privée de rugby international par cette foutue pandémie…

Des reproches, quand même ? On peut en adresser aux champions du monde, oui… Car si le coup de pression imposé par Warren Gatland sur l’arbitre sud-africain a probablement porté ses fruits (essais refusés à De Allende et Le Roux, plaquage dangereux de Hamish Watson sur ce même Le Roux seulement sanctionné d’une pénalité), ce n’est pas ce même Warren Gatland qui a conforté les Boks dans leur stratégie minimaliste, qui s’est finalement retournée contre eux après la pause. «Nous acceptons-nous de jouer comme ça parce que c’est la façon dont nous avons été élevés, livrait dans la semaine l’ouvreur Handré Pollard. Pour moi, ce rugby, c’est la plus belle chose… à part ma femme. Faire voler le ballon est agréable pour les gens qui regardent la télévision, mais pour moi, la façon dont les Springboks jouent est aussi une beauté.»

Quand elle gagne, peut-être… Mais lorsqu’elle perd, au vrai, on ne fait pas pire et à ce titre, le "faux test" disputé par une équipe dite «A» la semaine précédente ne fut rien d’autre qu’un leurre grandeur nature, puisqu’il n’incita pas Jacques Nienaber ou Rassie Erasmus (au vrai, on s’y perdrait, tant le premier nommé ne semble avec un brin de recul jamais que l’homme de paille du second) à changer leur fusil d’épaule… Sauf que le premier «vrai test a démontré que les Springboks n’ont aujourd’hui pas les ressources physiques pour rentabiliser leur plan A et qu’à ce titre, ces derniers seraient bien avisés d’utiliser différemment les flèches Kolbe, Le Roux, Am ou Mapimpi. Sous peine de tomber de très haut dans une semaine…

Nicolas ZANARDI
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