Julien Laharrague : « Bernard, aujourd’hui, je m’entraîne en claquettes »

  • L'ancien arrière Julien Laharrague revient sur certains de ses meilleurs moments en Bleu.
    L'ancien arrière Julien Laharrague revient sur certains de ses meilleurs moments en Bleu. Gerard Combes / Icon Sport - Gerard Combes / Icon Sport
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Il figure dans le panthéon des joueurs les plus fantasques qu’ait connu le XV de France. Désormais reconverti dans l’assurance, il revient sur quelques anecdotes marquantes de sa carrière, de son coup de sifflet aussi coquin que salvateur à Brisbane, à d’autres secrets pas aussi bien gardés…

On avait quelque peu perdu votre trace depuis votre départ de Montauban en 2010. Qu’êtes-vous devenu, depuis ?

J’avais prévu de rester à Montauban pendant un long moment, mais on sait ce qui s’est passé là-bas (le club a été contraint au dépôt de bilan par la DNACG et à repartir en Fédérale 1, N.D.L.R.). Du coup, je suis allé passer un an et demi en Italie, chez les Aironi. J’ai rencontré de très bons mecs là-bas, il y avait même de très bons joueurs parmi les étrangers. Malheureusement, la mayonnaise n’a pas pris et on a remporté très peu de matchs… Même si le rugby était devenu mon métier, je le vivais avant tout comme un plaisir et lorsque celui-ci a disparu, j’ai préféré stopper net. Je suis alors rentré en France et c’est là que les deux présidents de Lourdes à l’époque m’ont contacté. Pendant deux saisons, j’ai tenu plus ou moins le rôle d’entraîneur-joueur, puis ça s’est encore terminé de manière abrupte. J’ai alors fait une dernière saison à Aureilhan, en Honneur. Sur le terrain où j’ai grandi, dans le club dont mon père était président. J’y ai joué avec mon frère et mes cousins, ça m’a permis de boucler la boucle de la meilleure des façons.

Et au niveau professionnel, qu’en est-il de votre reconversion ?

Je suis assureur chez MMA dans les Hautes-Pyrénées. Avec mes deux associés, nous avons des agences à Tarbes, Lourdes, Bagnères et Lannemezan. Je me suis formé dans ce domaine au sein d’une autre compagnie, ce qui n’était pas facile, je suis vraiment parti de zéro. Il y a un dicton qui dit qu’un arrière doit assurer et rassurer. Comme reconversion, il n’y avait pas mieux pour moi (rires).

Sauf qu’en tant qu’arrière, vous n’étiez pas toujours des plus rassurants pour vos avants…

Disons que je prenais des risques calculés ! (rires)

Quel rapport entretenez-vous au rugby, aujourd’hui ?

À l’origine, comme beaucoup de mes collègues, je me destinais à faire de l’entraînement pur et dur, et au final j’ai été éducateur pendant huit ans, des catégories moins de 8 aux moins de 15 ans, au RC Montauban puis au Stado, à Tarbes. J’ai arrêté l’an dernier, mais cela m’a beaucoup plu. À ces âges-là, les gosses sont des éponges, alors si on ne leur dit pas trop de bêtises on voit vite les résultats. En revanche, pendant cette période, j’ai vu qu’il y avait beaucoup d’incompétents chez les éducateurs et des comportements qui ne m’ont pas plu. J’ai vu des parents exiger de leurs enfants qu’ils sachent faire ce dont eux ont toujours été incapables, et ça ne me plaisait pas toujours. Les gosses ont juste besoin d’un cadre serein et d’apprendre de bonnes bases lorsqu’ils sont à l’école de rugby. Le reste…

Quid du rugby de haut niveau, où vous avez évolué pendant plus de quinze ans ?

Pour tout vous dire, ces dernières années, je ne regardais plus vraiment l’équipe de France, je ne connaissais même plus le nom des joueurs ! Mais je m’y suis remis depuis quelque temps parce qu’on y prend du plaisir… On ressent du talent, de la fraîcheur, un cadre dans lequel les joueurs s’épanouissent. Mes gosses m’ont aussi convaincu de revenir au stade, où j’ai souvent le plaisir de revoir des anciens coéquipiers. Peut-être que je m’impliquerai de nouveau, un peu plus tard.

Vous parliez de fraîcheur au sujet de la nouvelle génération. Est-ce en cela que vous vous sentez le plus proche d’elle ?

C’est difficile à dire, ça, je ne veux manquer de respect à personne. Disons que dans le rugby, il y a toujours eu des périodes de transition. J’ai connu les débuts du "vrai" professionnalisme. À l’époque, c’étaient des profs de gym qui nous faisaient faire de la musculation, et c’était catastrophique même si c’était mieux que rien. Là-dessus, des nouveaux systèmes de jeu sont arrivés qu’il a fallu le temps d’intégrer, de mettre en place. On s’est trompé, on a fait des erreurs mais aujourd’hui, on a appris. Et je trouve que le rugby tel qu’il se joue aujourd’hui est bien meilleur que celui de mon époque, même si on croyait déjà qu’on était bons. On a aujourd’hui des athlètes qui vont vite et qui jouent plutôt juste, on l’a encore vu au mois de juin en Australie…

À ce titre, les Bleus ont disputé deux de leurs tests à Brisbane. On imagine que cela vous a rappelé quelques souvenirs…

Ah, je vois où vous voulez en venir ! (rires)

Bien évidemment à cette défense "au sifflet" face aux Wallabies en 2005…

Cette anecdote, on m’en fait reparler tout le temps (rires). Le pire, c’est que sur le coup, c’est passé inaperçu. Pour tout vous dire, quand j’ai trouvé le sifflet de l’arbitre sur la pelouse, j’avais voulu le lui rendre ! Avec mon anglais à deux balles, je lui disais "hep, sifflet, ref, sifflet !" Mais il ne m’a pas entendu et comme il en avait un deuxième sur lui, il a continué son match. Alors, j’ai mis son sifflet dans ma chaussette, en pensant lui rendre à la fin du match…

Racontez-nous la suite…

Les Australiens contre-attaquaient avec notamment Wendell Sailor et Lote Tuqiri. J’étais seul contre trois et en bien mauvaise posture. C’est là que je me suis souvenu du sifflet. Je me suis retourné pour naviguer, et j’ai profité d’avoir le dos tourné pour donner un tout petit coup de sifflet. Ça n’a pas arrêté l’action, mais les Australiens ont eu un temps d’arrêt en se demandant ce qui se passait, et ça a donné le temps à Yannick Jauzion et Benoît Baby de revenir en défense. Ce sont les seuls à avoir compris ce que j’avais fait, je crois. Parfois, il faut bien improviser avec les moyens du bord…

Au final, ce sifflet, l’avez-vous gardé ?

Même pas ! Je l’ai rendu à l’arbitre à la fin du match. Il ne s’était rendu compte de rien…

Vous étiez particulièrement en forme lors de cette tournée puisque, selon la légende, vous aviez aussi "endormi" Julien Candelon à coups de somnifères…

Oui, c’est ça, vos dossiers sont à jour ! (rires) J’avais emporté des somnifères mais je n’avais pas vraiment de problèmes pour m’endormir, malgré le décalage horaire. Du coup, je ne savais pas quoi en faire et la connerie m’a pris ! Au déjeuner, j’étais à table à côté de Julien Candelon, et j’ai mélangé les somnifères dans son assiette de pâtes. Et en passant chez le kiné pour se faire masser, il s’est affalé et ne s’est réveillé que vers 4 heures du matin. En revenant en chambre, il m’avait fait passer un mauvais quart d’heure… (rires)

Est-ce en raison d’une vengeance aux somnifères que vous êtes arrivé en retard lors d’un entraînement des Bleus, deux ans plus tard en Nouvelle-Zélande ?

Non… C’est tout simplement qu’avec mon frère, nous étions dans la même chambre et un peu malades. On était dans le pâté, on avait mal lu le planning et on avait raté l’heure du briefing de Bernard Laporte, ce qui nous avait fait arriver en retard à l’entraînement. Du coup, j’étais sorti du XV de départ pour le premier test. C’est la règle du jeu : arriver en retard, dans un sport collectif, ça ne se fait pas.

Ce retard vous a-t-il coûté la Coupe du monde 2007, selon vous ?

Non, c’est un tout. J’avais aussi subi une grosse blessure dont j’étais revenu tant bien que mal, avec tous les aléas que ça comporte. Il y avait aussi une très grosse concurrence, il fallait faire des choix. Je ne pense pas que cette histoire de retard ait joué plus que ça.

Certains joueurs disent volontiers qu’ils échangeraient dix sélections contre un titre. Le fait d’avoir joué cette tournée aux côtés de votre frère en vaut-il un Bouclier de Brennus ?

Non, chaque chose vaut ce qu’elle vaut. Il faudrait le demander à Nico, qui a été champion de France avec Perpignan… Tout ce que je retiens de ma carrière, c’est qu’elle a été guidée par le plaisir et que j’en ai pris beaucoup.

Cette quête du plaisir a-t-elle pu vous jouer des tours ?

Attention : partout où je suis passé, j’ai joué pour prendre du plaisir, mais sérieusement. Les entraînements, la préparation physique, je me les cognais. C’est juste que sur le terrain, de temps en temps, je m’autorisais une petite prise de risque. Calculé ou inconsidéré, on ne le savait qu’après… Ma petite fierté est qu’aujourd’hui, dans tous les clubs où je suis passé, je prends du plaisir à recroiser du monde, dont j’étais d’ailleurs plus ou moins proche pendant ma carrière de joueur.

En dehors du terrain aussi, on peut dire que vous preniez des risques…

C’est ma personnalité. J’ai toujours été un enfant dynamique, facétieux, et je le suis d’ailleurs resté à quarante ans passés (rires). Mais comme je vous le disais, je crois que j’ai toujours su faire la part des choses entre le travail et le plaisir. Même si je ne nie pas que des conneries, j’en ai fait et dites quelques-unes, dont certaines ne se racontent pas…

Un de vos anciens coéquipiers nous a raconté que, sur un pari, vous aviez disputé un match de Top 14 en string…

En string ? Oui, peut-être, je ne m’en souviens même plus…

Existe-t-il une anecdote au cours de votre carrière qui, avec le recul, vous fait toujours autant marrer ?

Le Yach’ (Dimitri Yachvili, N.D.L.R.) en a parlé récemment dans une interview, je crois… Pour ma deuxième sélection, j’étais arrivé en avance sur le terrain d’entraînement. J’étais en claquettes, les crampons à la main, et j’ai commencé à discuter avec les uns, les autres… Sauf qu’au bout d’un moment, je me suis perdu dans mes discussions lorsque j’ai entendu Bernard Laporte gronder, avec son ton caractéristique : "mais qu’est-ce que tu fous en claquettes, toi ?" J’ai regardé autour de moi : tout le monde était changé, crampons aux pieds…

Avis de tempête…

Ça peut arriver, lorsqu’on a un petit bobo, de faire le début d’entraînement en baskets. Mais lorsque j’ai croisé le regard de notre kiné, il m’a fait comprendre que là, avec mes claquettes, il ne voyait pas comment me couvrir… J’étais là, comme un con. Bernard devenait fou, alors j’ai essayé de répondre avec le plus d’aplomb possible : "bah aujourd’hui, je m’entraîne en claquettes, Bernard !

– Et pourquoi tu t’entraînes en claquettes ?

– Parce que quand je cours, j’ai l’impression qu’on m’applaudit…" Quand j’ai dit ça, il y a eu un éclat de rire général, je crois que même Bernard s’est marré. Ça m’a laissé juste le temps d’enfiler mes crampons, du coup je ne me suis même pas fait engueuler. Il valait mieux parce qu’avec Bernard, on pouvait rapidement avoir les oreilles qui sifflent…

Tous vos anciens coéquipiers vous désignent à l’unanimité comme un des plus déjantés qu’ils aient rencontré, mais en existe-t-il un qui rivalisait avec vous ?

Il y avait quand même Grégory Arganese à Montauban qui était un sacré client. D’abord parce que c’était un énorme casse-c… au quotidien. Mais surtout parce qu’il avait toujours une blague à faire, laquelle se retournait parfois contre lui. À un moment, il avait passé des petites annonces de vente de voitures pour des véhicules que le club louait. Ça le faisait marrer jusqu’à ce qu’un jour, les flics qui avaient lancé une enquête viennent l’interroger en plein entraînement…

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