La preuve par les filles

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L'édito d'Emmanuel Massicard...

Surtout : n’insultons pas l’avenir, comme disent souvent les politiques en quête de punchline et désireux de marquer leurs discours d’une once de solennité. Pour autant, face au vide, il faut bel et bien espérer que le rugby français tout entier va tirer les leçons de l’expérience masculine ratée avec les jeux Olympiques où, cette semaine, la France a brillé par son absence.

Dans trois ans, l’affaire se jouera chez nous, à Paris et les Bleus auraient alors belle mine -et nous avec- s’ils devaient encore regarder à la télé les magiciens fidjiens l’emporter pour la troisième fois d’affilée… Tout ça parce qu’ils auraient été éliminés prématurément, dans la droite ligne des footballeurs tricolores victimes de la désunion entre clubs et fédé.

Le constat est désolant : notre rugby qui se pique de vouloir aller chercher toujours plus de licenciés pour accéder à une forme de reconnaissance universelle, guigne une discipline (le sept) et sa compétition phare (les JO) qui pourraient justement lui faire changer de dimension.

Et les faits sont là : malgré les discours de campagne et la promesse farouche de voir toutes les équipes de France compétitives sur tous les fronts, les garçons du rugby à 7 sont à la traîne et seules les filles font honneur à la discipline.

Pas invités, les mecs. L’échec a pris une forme d’humiliation cette semaine, quand le tournoi masculin s’est donc dénoué sans la France, l’une des nations majeures du rugby ! Sans la France, mais dans le plus grand silence. Comme si cela n’avait pas d’importance. Ou si peu.

La vérité ? Le sept reste à ce jour le parent pauvre du rugby masculin français, face au XV qui concentre toutes les attentions et qui fait surtout bouillir la marmite populaire et économique.

Alors même si l’on va très vite nous jurer que demain tout changera avec Paris 2024 "où les garçons joueront enfin la médaille d’or", n’oubliez jamais qu’en 2023 les Bleus de Fabien Galthié ont rendez-vous avec la Coupe du monde, en France. Cela vous aidera à comprendre l’ordre des priorités à venir…

On ironise ? À peine. Il faudrait rien de moins qu’un plan Marshall pour sortir le sept du néant. Lui conférer surtout des ressources financières, afin d’attirer des joueurs en devenir et leur offrir un véritable "plan de carrière", loin du quinze qui attire tous les meilleurs joueurs comme des mouches… C’est à ce prix que les féminines, via les contrats fédéraux (petits mais toujours supérieurs à ce qui se fait en club), sont parvenues à être véritablement connectées avec la discipline. Et, au bout du compte, elles sont aujourd’hui capables de rivaliser avec les meilleures.

L’argent ne faisant -hélas- pas tout le bonheur, il est également urgent de se pencher sur les formes de compétition. En amateur d’abord, et principalement au cœur de la filière de formation (on revient à l’exemplarité des filles). Chez les pros ensuite, parce qu’il faut faire bouillir la marmite… Sur son petit bout de table, le Supersevens n’en est qu’à ses balbutiements et, malgré les efforts consentis, il sera encore, cet été à La Rochelle, Aix et Toulouse, plus un support à la fête qu’un sommet en termes de jeu. Mais la rampe de lancement est installée et le rugby français aurait tort de ne pas l’utiliser : les clubs pour rajeunir leur public, et attirer des joueurs avec des talents complémentaires ; la fédé pour dénicher de nouvelles pépites et faire monter le niveau des Bleus.

Vaste gageure ? Peut-être. Mais les jeux Olympiques nous semblent valoir tout l’or du monde…

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Emmanuel MASSICARD
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