Michalak : « Ce qui doit te guider, toujours, c’est le plaisir »

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    Michalak : « Ce qui doit te guider, toujours, c’est le plaisir » Icon Sport
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Ancien ouvreur du XV de France depuis l’Australie où il est actuellement confiné, Frédéric Michalak devait initialement s’ouvrir au sujet de sa vie de businessman. Mais le sportif a rapidement repris le dessus pour parler de rugby à XIII, à 7 ou à XV, de ces futures nouvelles règles qui vont changer la face du jeu et de ses envies de retour en France. Pourquoi pas pour entraîner…

Il y a vingt ans, vous disputiez votre première finale de Top 14. Mesurez-vous le chemin parcouru par le gamin de la cité Ancely, depuis lors ?

Franchement ? Non, jamais je n’ai pris le temps de me poser, comme vous dites, ni de réfléchir à ça. Quand je serai un petit vieux et que je me déplacerai avec une canne, peut-être que j’aurai le temps de mesurer le chemin que j’ai pu parcourir, mais ce n’est pas trop ma manière de procéder. Je n’aimais déjà pas regarder en arrière quand j’étais joueur, et j’en ai conservé cette philosophie : il faut toujours aller de l’avant. Quand tu termines une carrière de rugbyman et que tu dois basculer sur ton après-carrière, tu n’as pas le temps de regarder en arrière car c’est tout un nouveau monde qu’il faut découvrir : il faut se former, se concentrer, s’ouvrir en dehors du cadre rugbystique.

Vous demeurez, quoi qu’il en soit, un exemple de promotion sociale, tel que le rugby s’en enorgueillit…

Peut-être, mais si c’est le cas, je ne suis pas le premier et ne serai pas le dernier. La seule chose que je sais, c’est qu’il ne faut pas débuter le rugby dans cette seule optique. Ce qui doit te guider, toujours, c’est le plaisir. Peu importe le milieu social d’où tu viens et peu importe ton niveau, au final, ce qui compte, c’est de s’éclater avec ses copains, se battre pour un même maillot. Il y a des tas de mecs, au niveau amateur, qui sont devenus des chefs d’entreprise brillants grâce au petit réseau qu’ils ont pu établir au travers de ce jeu. C’est ça qui compte ! Tant qu’on garde ce plaisir infantile, on peut se réaliser à travers ce sport. Le piège du haut niveau, d’ailleurs, c’est qu’il peut parfois s’installer une forme de routine, contre laquelle il faut toujours se battre. On le voit en ce moment au travers des JO : durer au plus haut niveau, c’est dur ! Et c’est même impossible si on n’arrive pas à conserver une certaine fraîcheur mentale.

Laquelle est aussi essentielle au moment de penser à l’après…

Tous les gamins qui commencent le rugby rêvent de jouer au plus haut niveau. Quand on y parvient, c’est exceptionnel, mais ça en doit pas être une finalité. Il y a une vie après, qu’il s’agit de bien négocier. C’est pour cela que le sportif ne doit surtout pas rester isolé dans son microcosme. À ce sujet, j’ai toujours eu au fond de moi une âme d’entrepreneur. Quand je jouais, j’ai investi dans différentes affaires, essentiellement par affinités. J’ai acheté des restaurants, une salle de cross fit, j’ai pris des parts dans une boîte de nuit, entre autres… Mais avec le temps, on élague. Parce qu’entre le temps qu’on y passe et le retour sur investissement réel, il s’agit de faire la part des choses.

En quoi consiste l’univers du businessman Michalak ?

Il y a déjà le club de Blagnac dont je suis devenu un des actionnaires principaux, à un moment où le club se trouvait dans une situation difficile et devait réfléchir à comment, sur l’aspect business, il pouvait créer un modèle d’économie réelle autour du lui. Et il y a cette entreprise d’événementiel, Sport UnlimiTECH, que j’ai imaginée pour créer des passerelles entre le monde du sport et celui de l’innovation technologique. C’est une filière que j’ai vraiment à cœur d’explorer, car je suis persuadé qu’il y a en France beaucoup d’intelligence à mettre au service du sport.

Après la coupure du covid, quelle sera la prochaine échéance de Sport UnlimiTECH ?

Nous avons créé un premier événement à Lyon en 2019, un autre sera réalisé en septembre prochain à Lille sur le thème de la performance. Il y aura des conférences, des expos, des rencontres professionnelles, des relations publiques. L’idée, c’est de créer un événement même de faciliter les relations B2B (directement entre homme d’affaires, N.D.L.R.) parce qu’on s’est notamment aperçu au travers de la pandémie que malgré toutes les bonnes volontés, au bout d’un moment, chacun avait tendance à travailler tout seul dans son coin. Cela se veut un événement de relance pour le monde du sport qui en a bien besoin, mais aussi pour les innovations technologiques en créant un pont entre ces deux domaines. Le sport, c’est tout de même 2 % du PIB de la France, ça représente un vrai marché. C’est pourquoi d’autres événements vont rapidement suivre : Sport UnlinimiTECH va en effet partir en torunée dans plusieurs viles de France entre 2021 et 2022. Nous allons créer un événement à Nice autour de l’entertainment, un autre à Toulouse sur le thème de l’innovation, un à Grenoble autour du développement durable, un autre à Lyon...

Vous dites avoir évolué. Comment réfléchissez-vous vos investissements, désormais ?

J’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences, qui n’ont pas duré longtemps. Mais ces échecs font que tu te relèves et sont riches d’enseignements. Cela m’a permis de nourrir d’autres projets, comme la reprise de mes études au travers d’un MBA. Tout ça a logiquement fait que je n’investis plus de la même manière… Par exemple, j’ai mis des billes dans la boîte de Taïg Khris (champion de roller détenteur de plusieurs records du monde), Onoff, une start-up qui cartonne. J’aime soutenir ce genre de projet, parce que j’ai senti dès le départ que j’avais affaire à quelqu’un de vraiment passionné et déterminé. C’est ça qui fait la différence, à mes yeux.

Votre vie d’homme d’affaires suffit-elle aujourd’hui à assurer votre sécurité financière ?

J’ai la chance d’avoir plusieurs contrats à côté de ma vie d’entrepreneur notamment des contrats d’image, qui me permettent de bien vivre. Il ne faut pas le cacher. J’ai parfaitement conscience qu’on ne gagne pas d’argent avec un club de rugby. On en perd, surtout… Mais ça n’empêche pas de vouloir trouver le modèle qui lui permette de bien vivre. C’est un investissement passion. Quant à Sport UnlimiTECH, c’est une marque qui est susceptible d’évoluer. Sa vocation, ce n’est pas de réaliser d’énormes profits qui permettent de verser d’énormes dividendes, mais d’aller vers la rentabilité. Si cela peut permettre de nourrir quelques bouches, tant mieux, mais l’idée est surtout de contribuer à la promotion du savoir-faire français dans la haute technologie au service du sport, un domaine où nous sommes clairement en retard sur d’autres pays.

La fuite en avant technologique est-elle inéluctable, selon vous ?

Je suis bien placé pour constater son évolution. Quand j’ai débuté voilà vingt ans, on était loin d’avoir des GPS… Il y a une part de phénomène de mode, mais le sport ne va pas échapper au tsunami technologique, et il est actuellement obligé de se repenser. Je ne vais pas aller jusqu’à dire qu’on est déjà dans l’ubérisation du sport, mais on en prend le chemin. Les datas, les objets connectés sont déjà une réalité qui permettent de mieux connaître le corps, voire d’améliorer la santé, à l’image des travaux qui sont actuellement réalisés au niveau du cerveau. Après, pourra-t-on parler un jour de dopage technologique ? Il s’agira peut-être bientôt de se poser la question mais en attendant, c’est à nous d’aborder cette inéluctable évolution avec enthousiasme.

Vous parliez de retard... En tant qu’entraîneur dans la franchise treiziste australienne des Roosters, trouvez-vous le Top 14 est-il en retard sur la NRL ?

Non, pour le coup, je n’y vois pas vraiment de différences sur l’utilisation des données. La différence, c’est la culture autour des sports. En Australie, si le XIII est plus riche et génère plus de droits TV, c’est parce que c’est un sport populaire, celui qu’on pratique à l’école publique. Alors que le XV est plutôt l’apanage des classes aisées et des écoles privées.

Comment vous êtes-vous retrouvé à XIII, au juste ?

Nous avions décidé de venir en Australie pendant la pandémie parce que mon épouse a ses parents qui vivent toujours ici et que, par rapport au contexte, ça semblait la meilleure solution. Pour mes enfants, c’était aussi l’occasion de se confronter à une autre langue, un autre système scolaire, de voyager… Mais entraîner, c’est une opportunité qui m’est tombée dessus comme ça. Lors de mes passages en Australie, j’allais toujours visiter des franchies treizistes et j’ai forcément noué des contacts. Lorsqu’il a su que j’étais en Australie, Trent Robinson m’a contacté, et ça s’est fait aussi simplement que ça.

Vous êtes en pleine saison actuellement, alors ?

Pas vraiment ! (rires) Le problème est que comme la plupart des provinces australiennes sont confinées, la NRL a créé une bulle sanitaire à Brisbane, dans le Queensland, pour que la saison puisse se jouer. Mais comme j’étais en quarantaine avec les Bleus au moment de la création de la bulle et que les conditions d’entrée sont drastiques, je n’ai pas pu y entrer… Du coup, je suis confiné en famille, à Sydney. Et je me prépare à rentrer en France au mois d’août pour le SuperSevens, où j’accompagnerai en tant que manager l’équipe de Monaco pendant trois semaines. Ça, c’est purement de l’associatif, mais c’est aussi un projet qui me tient à cœur.

Jusqu’à quand entraînerez-vous à XIII ?

Mon contrat se termine à la fin de l’année. On verra s’ils me proposent de prolonger un an de plus mais je ne vous cache pas que mon projet aujourd’hui serait plutôt de revenir en France. Travailler à distance, passer par quinze jours de quarantaine à l’hôtel à chaque voyage, ça commence à être pesant. Alors, si une opportunité d’entraîner se présente en France, j’y réfléchirai sérieusement. Mais c’est toujours pareil : cela dépendra du projet et des personnes qui le présentent.

Vous qui aviez du mal à vous projeter dans ce rôle de coach, il semblerait que vous vous y épanouissez…

Oui, complètement, surtout dans le cadre où je l’exerce chez les Roosters. J’aime l’idée de spécialisation au sein d’un staff, et mes misions ici sont très précises, qui concernent le jeu au pied et l’accompagnement individuel de certains joueurs, sur les plans technique et mental. Je m’y régale. En ce moment à XIII, par exemple, on travaille beaucoup le coup de pied en torpédo, qui ne se faisait presque plus. Des choses qu’on n’a pas totalement oublié à XV puisque lors du premier test, Melvyn Jaminet a provoqué un en-avant d’un Wallaby après un beau coup de pied vrillé.

Vous étiez avec les Bleus pendant leur quarantaine, lorsqu’ils ont débarqué à Sydney. Le staff en a-t-il profité pour échanger avec vous au sujet des futures nouvelles règles, largement inspirées du rugby à XIII ?

Oui, on en a beaucoup parlé, d’autant que Bernard Laporte était avec nous et est le président de cette commission à World Rugby. On a pas mal évoqué tout ce qui concerne les attitudes au contact, mais surtout de ce qu’allait changer ce qu’on appelle à XIII le "drop-out", ainsi que la règle du 50 : 22.

Certains craignent que ces nouvelles règles ne fassent pas vraiment le jeu des Bleus…

Je ne pense pas, car la stratégie du jeu au pied est très bien ancrée au sein de ce XV de France. C’est une certitude puisque je l’ai vu de très près, alors je suis certain qu’ils vont très bien intégrer ces nouvelles règles. Mais il est certain que tout le monde a intérêt à bien y réfléchir, car elles vont changer le jeu.

À ce point ?

C’est certain. Si tu as une touche performante et que ton ouvreur arrive à trouver des touches dans les 22 mètres adverses, statistiquement, tu auras beaucoup de chances de gagner puisque tu récupéreras à chaque fois le lancer. Le jeu au pied stratégique dans les zones de marque va également beaucoup évoluer, à l’image de ce qu’on voit déjà à XIII. Les Australiens auront à ce titre probablement un temps d’avance, car ils en ont un peu plus l’habitude. Un autre exemple : aujourd’hui, dans son propre camp, tout le monde défend en 14-1. Avec la règle du 50 : 22, peut-être que les équipes auront l’idée de faire reculer deux joueurs pour couvrir les bords de touche, mais à ce moment-là il y aura des espaces à exploiter au milieu du terrain. Et si on fait reculer trois joueurs, alors il n’y aura plus que 12 joueurs sur le premier rideau, donc potentiellement plus d’espaces à exploiter à la main. Pour la recherche des entraîneurs, tout cela va être passionnant.

C’est un serpent de mer mais à force de voir le XV emprunter ses règles au XIII, ne pensez-vous pas que les deux codes devront un jour ou l’autre fusionner, dans quinze, vingt, trente ans ?

Un match des Roosters, c’est entre 55 et 60 minutes de temps de jeu effectif. Le State of Origin, c’est 64 minutes… On ne parle pas du même sport. Mais si tu enlèves les rucks, les mêlées et les touches, il n’y aura plus vraiment de différence, c’est vrai… Toutefois, de là à voir les deux codes fusionner, je ne crois pas, car le XV est arrivé à un niveau de notoriété mondial bien plus important que le XIII. S’il doit y avoir des évolutions à trouver, je suis convaincu que ce sera davantage au niveau du rugby à VII, beaucoup plus attrayant et accessible au plus grand nombre. Avec Monaco par exemple, nus n’aurons que des joueurs de Nationale pour disputer le SuperSevens, mais je suis convaincu qu’ils seront capables de performer face à des joueurs de Top 14.

Un mot, pour conclure ?

J’aime beaucoup l’idée d’aller chercher des passerelles entre le rugby à 7, le XIII et le XV. Tout n’est pas transposable, bien sûr. Par exemple, les treizistes ont beaucoup plus l’habitude de travailler avec les mêmes joueurs sur des demi-terrains, que ce soit en attaque ou en défense, alors que le XV demande plus de polyvalence sur toute la largeur, notamment pour les avants. C’est pour cela que les treizistes ont peut-être plus d’habiletés techniques dans l’exécution des gestes, car ils répètent finalement souvent les mêmes actions. Sans parler de fusion, je crois malgré tout qu’il y a une réflexion profonde à mener sur le transfert de compétences entre les deux code. D’ailleurs, si j’étais sélectionneur australien, d’ailleurs, je chercherais à me rapprocher de la Fédération treiziste au moment de composer les squads, car il y a dans toutes les franchises des joueurs formés à XV qui pourraient faire un malheur s’ils y revenaient. Mais bon, on s’est un peu éloigné du sujet de départ, non ?

Tellement qu’on s’en voudrait de ne pas vous entendre au sujet des filles du 7, médailles d’argent aux Jeux Olympiques. Les avez-vous suivies ?

Oui, et avec passion. Honnêtement, je sentais qu’elles allaient faire quelque chose d’extraordinaire, car je les avais déjà trouvé vraiment très fortes lors du TQO de Monaco, très solides mentalement. Mais ce qui me vient tout de suite à l’esprit à leur sujet, alors que le SuperSevens masculin se déroulera en août, c’est qu’il est très dommage que la LNT n’ait pas créé en parallèle de championnat professionnel à 7. J’espère que leur beau parcours à Tokyo offrira aux filles l’opportunité de jouer rapidement une compétition professionnelle à 7, ou du moins qu’il convaincra nos instances d’aider encore davantage les clubs de XV qui essaient de se battre pour les filles... Je prêche là pour ma paroisse de Blagnac, puisque nos Féminines ont disputé cette saison une finale de championnat alors que la plupart d’entre elles travaillent à côté et ne sont pas professionnelles. Ce serait génial si on pouvait les aider encore plus pour accéder au plus haut niveau, quand on voit ce qu’elles sont déjà capables de faire sans grands moyens. Avec les JO de Paris qui vont arriver très vite, il y a peut-être matière à réfléchir pour aller chercher encore un peu mieux qu’une médaille d’argent...

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