Anthony Jelonch (Stade toulousain) : « Le staff des Bleus va avoir du boulot pour faire son équipe »

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Entre sa signature au Stade toulousain, considérée comme le transfert de l’année, et son retour fracassant en équipe de France jusqu’à être le capitaine des Bleus lors de la tournée en Australie, l’ancien Castrais a clairement changé de dimension ces derniers mois. Mais le Gersois, fils d’agriculteur, n’en oublie pas ses racines pour autant. 

Après votre signature à Toulouse, Antoine Tichit (votre voisin à Castres) nous racontait que les cafés chez lui allaient vous manquer…

(Il rigole) Je me rattrape en buvant le café chez Antoine (Dupont) ou Cyssou (Baille). C’est un moment sacré pour moi.

Ah bon ?
Oui, c’est le genre de moment que j’apprécie beaucoup avec les potes. J’adore ces instants privilégiés, simples, durant lesquels on peut parler, raconter des anecdotes pendant des heures. On refait le match, on se dit ce qu’on a fait le reste du week-end… J’ai besoin de ces échanges avec mes amis.

La décision de rejoindre Toulouse plutôt que l’Union Bordeaux-Bègles, qui vous désirait fortement aussi, a-t-elle été dure à prendre ?
Un peu au départ, dans le sens où j’avais le choix entre rejoindre à Bordeaux le coach qui m’avait lancé à Castres (Christophe Urios, N.D.L.R.), ou à Toulouse Antoine et d’autres potes dont j’étais proche. J’ai préféré les potes… On parle du Stade toulousain et je connais évidemment le palmarès de ce club. Quand j’étais petit, j’étais supporter de Toulouse. À l’arrivée, la décision fut finalement assez facile à prendre.

Christophe Urios a dit dans nos colonnes qu’il avait été si triste sur le coup qu’il avait attendu plusieurs semaines pour vous répondre, après votre énorme match à Twickenham en finale de la Coupe d’Automne des Nations…
C’est vrai. Je lui avais envoyé un message pour lui dire que j’avais choisi de prendre la direction de Toulouse. Après, voilà… (Il coupe) Mais je sais qu’il ne m’en veut pas d’avoir signé ici. Il comprend très bien ma proximité avec mes potes et ma famille. Être à Toulouse, c’est plus logique pour moi.

Deux ans plus tôt, vous aviez déjà l’opportunité de signer à Toulouse. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Je sortais d’un titre de champion de France avec le CO et il fallait que je me décide sur mon avenir trois mois plus tard. C’était dur de quitter le club là-dessus. J’étais jeune, j’avais 22 ans et je n’étais pas prêt. J’ai préféré prolonger deux ans mais j’ai eu la chance que l’opportunité de Toulouse se représente. Ce coup-ci, je ne l’ai pas laissée passer.

Ugo Mola a continué à exprimer son désir de vous recruter malgré votre prolongation à Castres. Cette insistance a-t-elle été décisive ?
C’est certain. C’est plutôt flatteur d’avoir un coach qui continue à compter sur toi deux ans après t’avoir fait une offre. Il aurait pu se dire : « Bon, il n’a pas voulu la première fois, tant pis pour lui. » Mais je crois qu’Ugo et les dirigeants avaient compris les raisons de mon choix, la difficulté de partir derrière un Brennus.

Mes racines, dans le Gers, sont très importantes. Dès que je le peux, je rentre voir ma famille et mes amis. Même si je n’ai plus trop le temps d’aller aider mon père dans les champs (rires)

Êtes-vous un autre homme, aussi, deux ans après ?
J’ai grandi dans ma vie personnelle et sur le terrain. J’ai pris plus d’ampleur dans le groupe à Castres et j’ai eu la chance de retrouver l’équipe de France. Tout cela m’a permis d’atteindre une certaine maturité. J’étais prêt à quitter le Castres olympique et à relever le défi toulousain.

Vous êtes devenu un joueur plus complet aussi. Vos partenaires castrais évoquaient notamment vos progrès en touche…
J’ai évolué avec le temps, aussi parce qu’on est obligé de s’adapter tout au long d’une carrière. Par rapport au jeu, mais aussi au corps. Parfois, tu as une épaule qui va moins bien, ou un pépin physique ailleurs. Je savais que la touche était très importante pour un joueur de mon poste. Elle a pris une place tellement essentielle aujourd’hui que, si tu n’es pas bon dans ce secteur, tu peux rapidement te retrouver à ne pas être sur la feuille. C’est vrai, je l’ai beaucoup bossé et ça me plaît désormais.

En même temps que vous avez souvent glissé vers le poste de numéro 8 ?
J’étais souvent 8 chez les jeunes. En arrivant en pro, j’ai surtout joué en 7. De toute façon, flanker ou troisième ligne centre, il n’y a plus une si grande différence maintenant. Mais il est vrai que j’espère évoluer un peu plus en 8 sur le reste de ma carrière.

Une chose marquante, c’est votre sourire qui ne vous lâche pas, même pendant l’entraînement…
(Il rit) ça veut juste dire que je suis heureux sur un terrain. Je ne vais pas faire la gueule si je vais à l’entraînement ! Si c’est le cas, ça devient vite difficile… Après, il y a des moments où il faut être davantage concentré mais sourire n’empêche pas d’être sérieux.

Vous avez clairement changé de dimension depuis un an. Comment l’avez-vous vécu ?
Je sais que c’est dû au fait d’avoir signé à Toulouse et d’avoir retrouvé l’équipe de France, puis d’avoir effectué cette tournée en Australie en tant que capitaine. J’en suis fier, j’ai vécu une saison pleine l’an dernier, sauf la qualification ratée avec le CO. Mais il s’en est fallu de peu ! Pour le reste, je me suis surtout dit que c’était une bonne nouvelle pour la suite.

Anthony Jelonch sous le maillot du XV de France
Anthony Jelonch sous le maillot du XV de France Icon Sport - Icon Sport

La finale de la Coupe d’Automne des Nations en Angleterre a marqué un tournant dans votre carrière, au moins internationale…
Quand on te dit « allez, c’est ton heure », il faut savoir saisir ta chance car le train peut ne jamais repasser. C’est ce qu’il s’est passé ce jour-là. J’ai eu l’opportunité d’enchaîner avec le Tournoi, de ne plus être ennuyé par des problèmes physiques. Forcément, ça aide…

Vous étiez en face de Curry, Vunipola et Underhill, ce qui se fait de mieux au monde. N’aviez-vous pas peur d’aller à l’abattoir ?
Pas du tout. J’étais avec « Sele » (Tolofua) et Cameron (Woki) et on n’a eu aucune appréhension. On n’avait rien à perdre, on en était conscients. On était les petits jeunes lâchés dans l’arène… Mais, surtout, je vous assure qu’on était persuadés de pouvoir rivaliser. Sur l’envie, les Anglais ne pouvaient être mieux que nous. On a grandi à Twickenham.

Il y avait eu votre énorme tampon sur Billy Vunipola, qui est pourtant un monstre…
Il restait un quart d’heure à jouer. Sur le coup, je me suis dit : « Bon, on tient un résultat à Twickenham, il vient te défier, alors faut le prendre. Baisse-toi et vas-y, donne tout ce que t’as. » Cela s’était bien passé. Mais le plaquage, c’est un geste que j’aime plutôt bien dans l’ensemble (sourire).

Vous avez beaucoup renvoyé l’image du combattant. Vous a-t-on parfois enfermé dans ce rôle ?
C’est peut-être moi qui me suis un peu enfermé dans cette case. J’étais à Castres, où on parlait beaucoup de jeu direct. J’étais dedans, je m’y plaisais, même si j’essayais aussi de faire jouer derrière moi, de faire des passes après contact. Le rugby reste un sport de combat, il faut commencer par ça. Ce rôle de guerrier ne me dérange pas du tout mais, je vous rassure, j’aime également jouer les ballons.

Il y a aussi l’image du terrien, du fils d’agriculteur derrière ça…
Oui, je revendique mon rapport à la terre. Mes racines, dans le Gers, sont très importantes. Dès que je le peux, je rentre voir ma famille et mes amis. Même si je n’ai plus trop le temps d’aller aider mon père dans les champs (rires). Cette éducation a forgé le joueur et l’homme que je suis. Tout petit, j’avais toujours envie d’être avec mon père, de bosser dehors avec lui. Pour travailler sur le terrain, ça aide d’avoir travaillé dans la vie. J’essaye quelque part de montrer ces valeurs-là.

Cela aide-t-il aussi à garder les pieds sur terre ?
C’est sûr. Pour moi, c’est facile… Je ne vois pas pourquoi je prendrais la grosse tête. Parce que j’ai fait deux matchs avec le Stade toulousain et trois en équipe de France ? Si jamais je m’égare, mes potes et mes proches me remettront vite dans le droit chemin. Je veux rester tel que je suis.

En 2017, après la victoire lors du barrage à Toulouse, que vous n’aviez pas joué puisque vous étiez absent depuis trois mois, Christophe Urios vous avait annoncé que vous seriez titulaire en demi-finale à la place de Yannick Caballero et vous aviez répondu qu’il ne pouvait pas lui faire ça. Vous en rappelez-vous ?
Oui, j’étais malheureux pour « Caba ». Avec le match qu’il avait fait, je ne voyais pas comment on pouvait le sortir. Je l’ai dit à Christophe. Le mercredi, il m’a appelé : « T’es prêt à jouer ? » J’ai répondu : « Ouais, je pense. » Il a relancé : « Non, est-ce que t’es prêt ou pas ? » J’ai dit oui et il m’a annoncé que j’attaquais le match. « Caba » a été génial et il a dit à Christophe : « Si tu penses que, pour le bien du groupe, il faut faire jouer Anthony, pas de soucis. » J’avais quand même une pression sur les épaules en revenant comme titulaire en demi-finale du championnat après trois mois sans jouer. ça reste des excellents souvenirs, gravés à vie.

Cela reflète une personnalité tournée vers les autres…
Oui, je pense toujours aux autres avant de penser à moi. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce soit la meilleure manière de gérer une carrière. Mais je suis ainsi.

Comment expliquez-vous ces trois ans d’absence en équipe de France, entre novembre 2017 et novembre 2020 ?
J’avais fait la tournée d’automne 2017 et j’avais été rappelé pour le Tournoi suivant. Mais je me suis blessé juste avant, et je suis revenu pour les phases finales du Top 14 avec Castres… Mes trois mois d’absence m’ont sûrement empêché de partir en tournée estivale. Ensuite, opération d’une épaule en septembre, puis opération de l’autre… Je disputais peut-être vingt matchs par saison avec le CO mais je me blessais à chaque fois avant les rendez-vous de la sélection. Puis mes performances n’étaient sûrement pas au niveau attendu.

Craigniez-vous d’avoir raté le wagon ?
Je ne me disais pas ça. Il fallait que je me montre en club. J’ai eu la chance d’être rappelé pour faire quelques semaines à Marcoussis pendant le Tournoi 2020. Je rentrais le vendredi en club mais c’était vraiment positif à mes yeux. J’avais retrouvé le groupe et j’aidais les mecs à préparer les échéances. Ma vraie chance, cela a été la règle des trois matchs maximum lors du dernier automne. Certains ont pris le bon wagon durant cette période, dont moi.

Il y a eu cette tournée en juillet en Australie…
C’est marrant, je parlais de la règle des trois matchs mais, ce dont j’ai profité là aussi, c’est de ne pas être qualifié pour les phases finales avec Castres. On nous envoyait à l’abattoir, soi-disant, mais on a rivalisé sur les trois tests. Je crois que le staff des Bleus va avoir du boulot pour faire son groupe et son équipe maintenant (rires). Mais ce sont de bons problèmes.

Comment avez-vous réagi quand Fabien Galthié vous a confié le capitanat de cette tournée ?
Honnêtement, j’ai été surpris. Je lui ai même dit : « Tu sais, Fabien, je ne suis pas un grand bavard. » Il m’a répondu : « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas le genre de capitaine qu’on cherche, on veut quelqu’un qui va montrer l’exemple sur le terrain. » J’ai tout fait pour que ce soit le cas. Les coachs étaient très présents et il y avait plusieurs leaders pour m’épauler. J’avais été capitaine en jeunes mais jamais chez les pros, ou peut-être une fin de match avec Castres.

Vous vous êtes donc senti à l’aise ?
Oui, je sentais que le groupe m’écoutait. J’ai vécu cette responsabilité naturellement alors que cela n’avait rien de normal pour moi. La tournée a été belle pour tout le monde. C’est là qu’on voit combien les choses peuvent aller vite. Un an auparavant, je n’avais toujours pas rejoué en sélection. Quand on te fait confiance, il faut savoir le prendre. Mais tout a été assez simple finalement en Australie.

Tout semble très simple avec vous justement…
Oui, j’aime les choses simples, authentiques.

En l’absence de Charles Ollivon, pensez-vous au capitanat pour novembre ?
Non, je ne me pose pas la question. Je pense que c’était passager et que beaucoup de leaders indiscutables vont revenir. J’ai aimé ces moments mais je comprendrais que d’autres méritent davantage le capitanat en l’absence de Charles.

En club, ce sont Julien Marchand et Antoine Dupont vos capitaines…
Oui. En l’occurrence, Juju et Toto peuvent très bien être capitaines en équipe de France.

En parlant de Dupont, dont votre proximité est connue, cela avait-il été un déchirement quand il avait quitté Castres pour Toulouse en 2017 ?
Non. J’étais à Castres depuis trois ans, bien intégré. Je comprenais son choix de carrière. Antoine avait toujours rêvé de jouer au Stade toulousain. C’était logique qu’il y parte. Je n’étais qu’à une heure et je venais de temps en temps à Toulouse faire une bouffe avec lui. Nous ne nous sommes jamais vraiment séparés et je savais qu’on rejouerait ensemble, un jour.

Antoine Dupont et Anthony Jelonch à l'entraînement avec le XV de France
Antoine Dupont et Anthony Jelonch à l'entraînement avec le XV de France Icon Sport - Icon Sport

Vraiment ?
C’était le sens de l’histoire. On repense, il y a sept ans, quand nous sommes partis ensemble d’Auch pour vivre en coloc à Castres… Là, j’avoue, on ne s’attendait pas vraiment à être tous les deux au Stade toulousain et en équipe de France. Antoine a joué avec les pros au CO dès la première année, à dix-sept ans et demi. J’avais envie de le rejoindre, il m’a indirectement poussé à arriver au haut niveau. Je me souviens du barrage à Toulon en 2017, qu’on a joué tous les deux juste avant qu’il parte à Toulouse. C’était un grand moment pour nous.

Était-il déjà un phénomène chez les jeunes ?
Ah oui ! Je le voyais déjà traverser tout le temps le terrain. Il fallait le suivre !

À Toulouse, vous succédez à Jerome Kaino, qui a intégré le staff. Que représente-t-il pour vous, d’autant que vos profils se rapprochent ?
Quand j’étais jeune, je l’ai toujours badé (sic). En 2011 et 2015, il a été champion du monde et il était au sommet sur ses performances. En tant que troisième ligne, il m’a marqué. Je regardais les All Blacks plein d’admiration. En arrivant à Toulouse, j’ai vu la personne qu’il est, tellement simple et humble humainement. J’ai encore plus d’admiration pour lui aujourd’hui.

Vous identifiez-vous à lui ?
On a toujours envie de ressembler à ce genre de joueur. Mais il est Jerome Kaino, et je suis Anthony Jelonch. C’est un modèle. La première chose que j’ai sentie avec lui, c’est cette sorte de magie qu’il dégage sur les autres. On veut être comme lui.

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Propos recueillis par Jérémy Fadat
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