Exclusif - Gaël Fickou : « L'équipe de France a le devoir de gagner des titres »

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Capitaine du Racing, vice-capitaine de l’équipe de France et irrésistible depuis le début de saison : en signant dans les Hauts-de-Seine, Gaël Fickou est indéniablement passé dans une autre dimension. Il revient, pour nous, sur les grands thèmes du moment : l’affaire Radosavljevic, le spectre glaçant des All Blacks, la mode de la « dépossession », la mêlée du Racing et même, l’histoire du faux permis roumain… C’est à vous !

Vous n’étiez au Racing que depuis quelques semaines lorsque vous avez été nommé capitaine de l’équipe. Comment cela s’est-il passé, au juste ?

Le coach (Laurent Travers, N.D.L.R.) m’a dit en début de saison qu’il comptait beaucoup sur moi. Il voulait du changement dans l’équipe et m’a proposé d’être capitaine du Racing, lorsque Henry (Chavancy) ne serait pas sur la pelouse.

Avez-vous hésité ?

Non. Je pense être respecté et apprécié dans l’équipe. Je me suis toujours donné à 100 % pour ce maillot, j’ai pas mal d’expérience au plus haut niveau et je ne me suis donc pas posé la question de la légitimité. Tout ça s’est fait très simplement, en réalité.

Aviez-vous déjà occupé ce poste ?

Oui, en équipe de France de jeunes.

Quel genre de capitaine êtes-vous, au juste ?

Je ne suis pas là pour « fliquer » les collègues. Dans les vestiaires, j’essaie juste d’appuyer sur deux ou trois points techniques et, en semaine, d’avoir toujours le sourire… Mais je ne suis pas le genre de mec à coller de grands coups de tête dans les murs. Ce n’est pas du tout mon délire.

Êtes-vous sensible aux discours enflammés, dans un vestiaire ?

Cela dépend du contexte. L’important, c’est de ne pas tomber dans la monotonie. Si tu cries tous les week-ends, si tu hurles à chaque fois qu’il faut casser la gueule de l’adversaire, le message perd de sa force. On tombe dans la caricature.

On sait Jacky Lorenzetti, votre président au Racing 92, très attaché au fait que ses joueurs vivent dans les Hauts-de-Seine. Avez-vous déménagé, en quittant le Stade français ?

Je suis resté vivre à Paris, où je vivais depuis déjà trois ans. Jacky aime bien que l’on soit près du centre d’entraînement mais je ne suis qu’à dix minutes, ça ne change pas grand-chose.

En signant au Racing, vous avez retrouvé Virimi Vakatawa, votre partenaire en équipe de France. Cette promiscuité quotidienne a-t-elle fait progresser votre association ?

Nous étions déjà très proches mais cette relation n’a fait que s’amplifier, depuis mon arrivée ici : sur le terrain, je sais comment il va défendre, quel angle de course il va choisir. Je commence à le connaître par cœur…

Depuis votre arrivée au Racing, la ligne de trois-quarts francilienne est devenue « galactique ». Êtes-vous néanmoins, comme Maxime Machenaud, farouchement opposé à ce qualificatif ?

Je ne la déteste pas. Tout ça me fait juste rire.

Pourquoi ?

Des Galactiques, j’en vois partout dans le championnat : au complet, Toulouse, Lyon, Montpellier ou La Rochelle ont tous une ligne de trois-quarts de dingues…

La mêlée du Racing 92 a été la cible de critiques depuis le début de saison. Quel est votre sentiment, à ce sujet ?

Moi, je pense qu’on va relever la tête. Pour l’instant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : on est très pénalisé dans ce secteur de jeu mais on a le potentiel pour faire mieux. La mêlée, on la travaille de plus en plus. Et puis…

Quoi ?

Il faut à tout prix changer l’image que peut avoir la mêlée du Racing auprès des arbitres. Souvent, un arbitre est influencé par ce qui a été fait avant lors des matchs précédents et cette réputation, nous devons la casser. Actuellement, les gens se disent trop : « Si ça s’écroule, c’est le Racing… » On travaille fort pour que ça change.

Dans quelques semaines, vous affronterez les All Blacks avec l’équipe de France. Comment l’appréhendez-vous, au juste ?

Ce genre de match, je rêvais de les jouer quand j’étais gosse. Il y a beaucoup de pression, beaucoup d’enjeux… Mais j’espère en être, oui.

Le trois-quarts centre néo-zélandais David Havili est très impressionnant depuis le début du Rugby Championship. Quel regard portez-vous sur lui ?

Il est bon mais les All Blacks ont de tels joueurs à disposition qu’il serait bête de se concentrer uniquement sur lui. L’ouvreur (Beauden Barrett), le deuxième centre (Rieko Ioane), le pilier droit (Nepo Laulala) sont tous des joueurs incroyables.

La victoire est-elle néanmoins non négociable ?

Il reste deux ans avant la Coupe du monde mais cette équipe de France a le devoir d’avancer, de gagner des titres. De remporter la tournée d’automne et le Tournoi des 6 Nations. Si on y parvient, on arrivera au Mondal avec plus de certitudes. Un titre, c’est important.

Le jeu de « dépossession » dont on parle beaucoup ces derniers mois est-il plaisant à jouer ?

Le tout, c’est de trouver un juste équilibre, de mettre la pression sur l’adversaire et marquer rapidement. Aujourd’hui, on se rend compte qu’en tenant le ballon, on a beaucoup plus de chances de prendre une pénalité ou de se faire gratter un ballon. Dans ce cas…

On vous suit.

Dans le rugby actuel, certains buteurs ont une frappe de cinquante ou soixante mètres. L’idée, c’est de les laisser enfermés chez eux et, dans un second temps, de jouer dans les quarante mètres adverses. C’est ce que font toutes les équipes du circuit mondial. Les Springboks, eux, tapent même des coups de pied dans les 22 mètres adverses…

Y prenez-vous du plaisir, néanmoins ?

Bien sûr. On est très bon sur les contre-attaques, on produit du jeu malgré tout.

Et en tant que téléspectateur, qu’avez-vous pensé de la dernière tournée des Lions britanniques, en Afrique du Sud ?

Ces deux équipes avaient le même style jeu et ce fut très ennuyant. Sans manquer de respect aux Lions et aux Boks, j’ai même arrêté de regarder leurs matchs en cours de série…

Est-ce une dérive inquiétante ?

Non. Les Gallois pratiquent un beau rugby, les All Blacks, les Wallabies, les Écossais et les Français aussi. Il n’y a pas qu’une seule vérité, sur le circuit.

Changeons de sujet, Gaël : l’affaire Radosavjlevic vous fait-elle revivre de mauvais moments ?

Je n’ai jamais souffert de racisme dans le rugby. Concernant « Rado », les actes sont là mais il ne pensait pas vraiment ces mots (« je vais te brûler, mangeur de bananes ! », N.D.L.R.) : il a joué avec beaucoup de joueurs de couleur, a des amis de couleur… Et puis, tout le monde a le droit au pardon, non ?

Que cherchait-il, alors ?

Pour l’avoir souvent croisé, je sais qu’il a un gros caractère et aime faire dégoupiller l’adversaire, taquiner, pousser à bout… La finalité était là, pour lui. Ce n’était pas de dire « sale noir ».

Et vous ? Avez-vous déjà tenté de faire dégoupiller quelqu’un ?

Oui, mais sans utiliser ces mots-là. En match, tu t’en prends à la femme, la mère de ton adversaire… Mais je ne vais jamais sur le terrain de la couleur de peau ou de la religion.

Comment avez-vous réagi, le jour où les supporters du Stade français vous ont copieusement sifflé à Jean-Bouin en début de championnat ?

Cela m’a amusé. Je pense qu’ils sont peinés de voir un bon joueur, un joueur ayant beaucoup compté pour eux, défendre les couleurs du club ennemi. Ce n’est rien de grave, à mes yeux : on ne peut pas plaire à tout le monde et moi, je sais ce que je vaux.

Au moment où vous avez signé au Racing, vous êtes-vous dit : « Que va-t-on penser de moi ? »

Non. Je n’ai pas eu le choix, dans cette histoire. Les dirigeants parisiens m’ont libéré de mon contrat et j’ai alors considéré la meilleure option pour progresser et me régaler. J’avais failli signer au Racing il y a trois ans et lorsque cette opportunité s’est à nouveau présentée, elle m’a semblé être une évidence. Je ne serais pas parti ailleurs.

Pensez-vous pratiquer actuellement le meilleur rugby de votre vie ?

Je suis à un niveau constant, je prends du plaisir et suis globalement compétitif. Je suis stable en club et en équipe de France. Est-ce mon meilleur rugby ? Je n’en sais rien.

À 27 ans, vous n’avez toujours pas de titre majeur à votre crédit. Vous êtes-vous parfois trompé dans vos choix de carrière ?

Personnellement, je n’ai aucun regret. Je me suis régalé à Toulouse. J’y ai fait des demi-finales mais on n’a pas gagné de titre, c’est vrai. Dans la foulée, j’ai découvert au Stade français un club en reconstruction.

Et au Racing, alors ?

On a de fortes chances de gagner un titre dans les années à venir… Et vous savez, il y a des joueurs qui ont attendu d’avoir 30 ans pour gagner leur premier titre : il me reste encore quelques années.

Est-il réellement possible de mettre un terme à la dynastie toulousaine, ces prochains mois ?

Le Stade toulousain est actuellement impressionnant. Cette équipe est magnifique. Mais tout s’arrête, au bout d’un moment…

Nos confrères du Parisien rapportaient dernièrement que vous aviez été condamné par le tribunal de police de Versailles après avoir tenté de dénoncer un conducteur roumain à la suite d’un excès de vitesse. Vous êtes-vous fait chambrer, à ce sujet ?

Beaucoup, oui. Mais pour être tout à fait clair avec vous : j’étais en Coupe du monde au moment des faits (août 2019) ; ce jour-là, c’est un pote qui avait pris ma voiture et payé l’amende sans me le dire. Pour ne pas se faire péter les points, il avait fait ça et me l’a dit à mon retour du Japon… À ce moment-là, je ne pouvais plus rien faire…

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