Rugby à XIII - Toulouse olympique XIII : Justin Sangaré, l'ascension de l'enfant du club

  • Justin Sangaré disputant la rencontre France-Angleterre au Stade Gilbert Brutus, le 23 octobre dernier.
    Justin Sangaré disputant la rencontre France-Angleterre au Stade Gilbert Brutus, le 23 octobre dernier. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

L’enfant du club Justin Sangaré a grandi avec un maillot du Toulouse olympique sur les épaules, depuis l’âge de dix ans. Armé d’une précocité rare, il a gravi un à un les échelons avant de s’imposer en équipe première.

Si vous avez suivi de près la magnifique saison du Toulouse olympique en Championship, son imposante silhouette ne vous aura pas échappé. Fort de son mètre quatre-vingt-treize et de ses cent-quinze kilos, Justin Sangaré épate, ces derniers mois, sous le maillot du TO. Pourtant, à sa naissance, rien ne laissait présager que ce Toulousain pure souche allait martyriser ses adversaires, un ballon ovale dans les mains. Justin Sangaré a grandi dans le quartier de Bagatelle.

Et comme tous ses jeunes amis de l’époque, il passe ses premières années à jouer au football, en bas des tours de son quartier, loin des rectangles verts habillés de poteaux. Son destin va basculer à l’âge de dix ans : « J’étais élève à l’école Saint-Nicolas et des intervenants du Toulouse Olympique sont venus durant toute l’année nous initier au rugby à XIII. C’étaient des ateliers pour nous apprendre les bases, tout simplement. »

Le jeune garçon est doué avec un ballon de rugby dans les mains et plaît vite aux représentants du TO. « Ils m’ont proposé de venir m’entraîner mais au club, cette fois. J’y suis allé par curiosité mais quelques semaines plus tard, je ne voulais plus arrêter. Je voulais faire ça toute ma vie. »

Un environnement loin d’être rugbystique

Le jeune Justin devient donc licencié du Toulouse Olympique. Une trajectoire peu banale, qu’il va devoir défendre au sein de son entourage. « Mes parents sont assez ouverts d’esprit donc même s’ils ne connaissaient pas ce sport, ils m’ont laissé le pratiquer. J’avais vraiment eu un coup de cœur. » De retour sur les bancs de l’école, il était un peu plus compliqué d’expliquer à ses camarades de classe sa nouvelle activité hebdomadaire.

Dans une ville rose où le rugby à XV tient une place prédominante, les jeunes garçons optant pour l’autre rugby sont assez rares. « J’ai souvent dû expliquer les règles à mes camarades de classe, ironise aujourd’hui Justin Sangaré. Il est vrai que ce n’est pas banal mais ça ne me dérangeait pas de voir l’étonnement dans les yeux de mes potes de l’époque. Au contraire. » La passion est plus forte que tout et finit même par se transmettre puisque Paul, l’un des trois frères du pilier toulousain, est aujourd’hui lui aussi licencié au sein du Toulouse Olympique. Il évolue avec les « Broncos », l’équipe réserve du TO.

Des débuts en première à seulement seize ans

C’est bien connu, il ne faut d’habitude pas longtemps aux éducateurs pour repérer les jeunes prodiges de demain. Dès l’école de rugby, Justin Sangaré met tout le monde d’accord et démontre tout le talent qu’il possède. Il est l’un des meilleurs éléments de sa génération mais une blessure va venir stopper net sa progression. « J’ai eu un problème de croissance qui m’a forcé à arrêter le rugby pendant de longs mois. Une longue absence qui m’a quelque peu mis le doute dans la tête au sujet de mon avenir. »

Malgré toutes les interrogations qui le traversent, le surdoué fait son retour sur les terrains en cadets (catégorie moins de 16 ans) avant que tout ne s’accélère. Très rapidement, il intègre l’équipe réserve de son club, les « Toulouse Broncos », dernière marche avant l’équipe des séniors. Avec cette formation, le puissant pilier fait des merveilles, impressionne par sa maturité sur le terrain et sa faculté à faire mal à ses adversaires. Des prestations qui l’amènent plus vite que prévu à goûter au plus haut niveau.

À l’âge de seize ans et demi seulement, il fait ses grands débuts en première avec la tunique bleue et blanche. « Ça a été un grand moment pour moi. Depuis mes dix ans j’ai gravi les échelons un par un, j’ai travaillé dur. Porter ce maillot en League One a été un des plus beaux moments de ma vie et bien sûr de ma jeune carrière. » L’enfant du club a donc réussi son pari fou: défendre les couleurs toulousaines avec les professionnels. Il compte désormais vingt-quatre apparitions en équipe première.

De la League One à la Super League

Ses premiers pas avec les grands, Justin Sangaré les effectue donc en 2015. À l’époque, le Toulouse Olympique est encore en League One, sorte de troisième division du rugby à 13. Depuis cette époque, il y a six ans, il a vécu au plus près l’évolution du club dans lequel il a grandi. Avec, par exemple, cette place en Championship décrochée en 2016. Aujourd’hui, cinq ans après cette première promotion, les Toulousains écrivent encore l’histoire grâce à une saison exceptionnelle.

Il y a de cela quelques semaines, les joueurs de Sylvain Houlès ont battu les Anglais de Featherstone en finale de cette même compétition et arraché leur billet pour la Super League. Remplaçant au coup d’envoi, Justin Sangaré a marqué cette finale par son entrée fracassante en défense notamment : « Évoluer dans un stade Ernest-Wallon en feu comme c’était le cas lors de cette finale, c’est tout simplement énorme. Je suis fier d’avoir fait partie de cette aventure, on est un vrai groupe qui mérite ce qui lui arrive. »

À l’âge de 23 ans, le jeune pilier devrait donc découvrir la Super League avec sa formation de toujours. « C’est tout simplement de la fierté que je ressens. Pouvoir porter haut les couleurs du TO, sur des terrains mythiques de notre sport comme ceux de Leeds ou Saint-Helens, c’est une chance. On veut rester le plus longtemps possible dans ce championnat. »

Un avenir encore plus radieux ?

C’est un peu la suite logique des choses me direz-vous, mais les prestations de Sangaré ont poussé le sélectionneur du XIII de France, Laurent Frayssinous, à sélectionner le pilier toulousain pour les tests-matchs face à l’Angleterre. Remplaçant ce samedi au coup d’envoi, Justin Sangaré a fêté sa première sélection avec les Tricolores en inscrivant un essai au passage malgré la défaite des Français. Il avait déjà porté le maillot bleu en 2018 face à la Serbie mais s’agissant d’un match amical, cette apparition ne débloquait pas son compteur de sélections.

Cette fois-ci, c’est chose faite, il est international français. Un pas de plus dans sa carrière :« Représenter mon pays, ce sera toujours un honneur. Je côtoie des internationaux tous les jours à l’entraînement à Toulouse, c’est un tout autre niveau. J’ai envie de m’imposer avec cette équipe de France, et pour de longues saisons. » Jusqu’où peut aller Justin Sangaré ? Même lui se pose la question. En 2019, il s’est envolé pour l’Australie après avoir été retenu avec l’équipe de France à neuf. Un voyage qui lui a permis de côtoyer quelques-unes de ses idoles du rugby à 13, qui évoluent dans le championnat australien, la NRL.

Un rêve encore inaccessible pour le Toulousain, qui se verrait bien un jour évoluer dans le plus grand championnat du monde : « La NRL, c’est le Graal pour tous les joueurs de rugby à 13 sur terre. On peut difficilement ambitionner plus haut. Bien sûr que c’est dans un coin de ma tête, mais pour le moment, je suis concentré sur mon club, le Toulouse Olympique. » Dans un premier temps, Justin Sangaré va affronter le gratin européen en Super League avant de, pourquoi pas, se frotter à ce qui se fait de mieux sur la planète.

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Vincent Franco
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