Entretien exclusif avec François Cros : « Le Haka des All Blacks, je veux le vivre à fond »

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François Cros (Troisième ligne aile du XV de France) n’a ni la notoriété d’Antoine Dupont, ni la facilité de Matthieu Jalibert. Le Toulousain est pourtant le plus complet des flankers du territoire et sera, une nouvelle fois, incontournable au fil de cette tournée d’automne.

Il y a semble-t-il très longtemps que vous n’étiez pas revenu à Marcoussis…

Ça va faire un an. Je me suis blessé au pied en octobre 2020, lors d’un match face à l’Irlande. Derrière ça, j’ai peut-être repris un peu trop tôt, j’ai fait une petite rechute et tout ça a quelque peu retardé mon retour à la compétition.

Vous qui êtes podologue de formation, aviez-vous réalisé le diagnostic immédiatement ?

Oui, plus ou moins ! C’était une fracture du deuxième métatarsien. […] La radio l’a confirmé, plus tard.

Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Après tout ce temps, je suis vraiment heureux de retrouver le groupe France. Si je peux prendre part aux matchs, ce sera tout bonus. Mais avant ça, je dois d’abord tout remettre en ordre dans ma tête : il y a un an que j’ai quitté le système…

Avec qui partagez-vous votre chambre, au CNR ?

Avec mon coéquipier de club, Thibaud Flament. C’est sa première avec nous. Si ça peut le rassurer, tant mieux.

De l’extérieur, comment avez-vous jugé l’évolution de l’équipe de France, au fil de l’année passée ?

Même si nous ne sommes toujours pas parvenus à gagner une compétition, les résultats ont été bons. Il y a une certaine constance dans le travail et le jeu. On progresse à chaque sortie et malgré les changements lors de la tournée d’été (en Australie), nous n‘avons pas vu de différence. C’est cool. Car ça signifie que le staff peut s’appuyer sur un groupe large, apte à répondre à toute éventualité, les blessures des uns ou les méformes des autres…

La concurrence d’Anthony Jelonch, en club et en équipe nationale, vous a-t-elle bousculé d’une manière ou d’une autre ?

Être en concurrence avec de gros joueurs est un plus, à mes yeux. Je vois comme une chance de pouvoir compter dans l’effectif de Toulouse ou du XV de France un joueur de la trempe d’Anthony Jelonch.

Quel est l’objectif de la tournée ?

Il faut continuer sur notre lancée, ne pas stopper la progression et gagner le plus de matchs possible.

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À vos yeux, que représentent les All Blacks, derniers adversaires des Bleus cet automne ?

C’est une équipe magnifique, une équipe qui fait rêver. Avant de jouer les Blacks, on a néanmoins deux matchs costauds à disputer. L’Argentine en ouverture, c’est un sacré défi. Les Blacks, ce sera la cerise sur le gâteau…

Avez-vous peur de prendre une rouste ? Les Eagles américains viennent par exemple d’encaisser plus de cent points face aux Néo-Zélandais…

Personne n’a peur dans cette équipe. On est juste tous très impatients de pouvoir les jouer. Ça n’arrive pas tous les ans. Prenons ça comme une chance.

Vous retrouverez aussi la Nouvelle-Zélande au sein de votre poule, en Coupe du monde…

Oui. L’important, c’est aujourd’hui de se tester par rapport à la meilleure équipe du monde.

Avez-vous déjà vécu un Haka ?

Celui des All Blacks, non… J’ai joué contre les Fidji avec les moins de 20 ans. Ils avaient aussi une danse guerrière mais le contexte était totalement différent : le stade n’était pas plein, on était des gosses… Le Haka des All Blacks, je veux le vivre à fond.

Quid du capitanat d’Antoine Dupont ? Est-ce une distinction somme toute naturelle ?

Oui. On a perdu Charles (Ollivon) pour un petit moment et il nous fallait donc trouver un capitaine de substitution. Antoine Dupont est la bonne personne pour le remplacer. Il est d’ailleurs souvent capitaine à Toulouse, quand Julien Marchand est remplaçant. C’est un rôle qu’il affectionne et qui ne l’a jamais mis en danger.

Cette responsabilité ne va-t-elle pas rejaillir négativement sur son jeu ?

Non. Il connaît le job et en club, ça ne l’a jamais empêché de faire des grands matchs. De toute façon, Antoine ne sera pas seul à endosser les décisions. Il y a autour de lui, en équipe de France, tout un groupe de leaders.

En fait-on trop sur Antoine Dupont ? Ces sollicitations sont-elles parfois difficiles à supporter, pour lui ?

Je n’en ai pas l’impression. C’est un garçon très intelligent, qui sait faire le tri et de mon côté, je considère que c’est une chance de pouvoir jouer aux côtés d’un mec comme ça.

Et vous, François ? Aimeriez-vous arriver un jour à ce degré de "starisation" ?

Au poste auquel je joue, c’est plus compliqué de sortir les prestations que réalise Antoine… Et moi, je suis très heureux là où je suis.

Il se pourrait que le XV de France joue très vite avec ce que les Anglo-Saxons appellent un "cinq-huitième", soit un deuxième ouvreur. Est-ce une bonne idée ?

Oui. Ce serait surtout l’occasion de pouvoir compter sur Romain (Ntamack) et Matthieu (Jalibert), deux joueurs extraordinaires, au même moment. Ces deux-là s’entendent plutôt bien depuis le début de la préparation. S’ils parviennent à avoir des connexions, ça ouvrira d’autres perspectives, ça soulagera l’ouvreur… Le cinq-huitième peut être une arme et c’est la raison pour laquelle le staff teste aujourd’hui cette piste-là.

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On a toujours tendance à vouloir opposer Matthieu Jalibert et Romain Ntamack. Se tolèrent-ils au quotidien ?

Je ne suis pas dans leur tête mais il n’y a aucune animosité entre eux. Ils collaborent bien. Vous savez, ce groupe France est plutôt sain. Il n’y a pas de problématique d’egos. Le but, c’est de gagner quelque chose ensemble.

Les places sont chères, néanmoins…

C’est une sélection, on a tous envie de jouer mais si on le fait, ce n’est pas parce qu’on a écrasé l’autre.

Votre club de Toulouse semble invincible ces derniers temps. Est-ce le début d’une dynastie ?

Il ne faut pas parler comme ça, ce serait trop présomptueux. Nous sommes très fiers de nos résultats mais chaque année, nous repartons de zéro. Les adversaires nous scrutent et dissèquent notre jeu. Il faut donc être toujours en mouvement, en recherche de nouveauté…

Vous avez néanmoins remis le club à la place où il était dans les années 90. C’est fort…

Je suis né à Toulouse et j’ai connu les grandes années du Stade toulousain. Il était pour moi et mes coéquipiers fondamental de gagner à nouveau avec ce club. Quand nous avons été champions en 2019, seuls trois joueurs du groupe avaient déjà connu la joie d’un titre… Derrière ce Brennus, le club fut totalement redynamisé.

Vous êtes jeune mais on a pourtant du mal à vous imaginer bringueur, fêtard… Se trompe-t-on ?

Déjà, j’ai 27 ans, je ne suis plus si jeune… Il y a un temps pour tout. Je bois quelques verres après les grandes victoires, c’est tout. À Toulouse, les gens me connaissent comme ça et ne me jugent pas.

Vous êtes considéré comme le Monsieur Propre du XV de France : bon sauteur, bon plaqueur, bon porteur, bon gratteur. Cela fait-il de vous un incontournable ?

Personne n’est incontournable. J’essaie d’être le plus complet possible mais ce n’est pas toujours un avantage, au final.

Comment ça ?

Ce n’est pas un avantage d’être bon dans tous les secteurs parce que c’est compliqué, du coup, d’être très bon dans un secteur en particulier. En clair, je n’ai pas de super pouvoir. Mais j’ai réussi comme ça, alors… Je ne vais pas changer. Je ne suis ni très grand, ni très costaud, ni très rapide.

Vous vous êtes pourtant épaissi depuis le début de votre carrière…

J’ai pris une dizaine de kilos, oui. Le rugby actuel est coûteux, d’un point de vue physique. J’ai donc travaillé pour être capable d’encaisser les chocs et, surtout, de pouvoir répéter ça tous les week-ends.

Votre travail de podologue vous prend-il beaucoup de temps ? Comment vos semaines s’organisent-elles ?

J’ai été diplômé en 2019 et depuis, je suis vacataire au sein d’un institut de podologie de Toulouse. J’y vais sur mes jours off, pour chaperonner les étudiants, les aider sur tel ou tel diagnostic…

Ne vous reposez-vous donc jamais ?

Oui et non. Les jours passés à l’institut sont des jours de repos physique, pas intellectuel. Mais j’ai ce rythme depuis près de dix ans.

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Marc DUZAN
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