Bamba, le père Noël du 93

  • Bamba, le père Noël du 93
    Bamba, le père Noël du 93 DR
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Dimanche après-midi, près de 200 enfants se sont rassemblés à Saint-Denis, à un jet de pierre de la basilique où sont enterrés les rois de France. Et pour les minots du 93, le Père Noël s’appelait ce jour-là Demba Bamba...

Omicron avance, la Coupe d’Europe succombe et à Saint-Denis, le rugby résiste encore. Dimanche après-midi, plus de 200 mômes s’étaient donc regroupés à l’hôtel de ville pour saluer l’enfant béni de la cité, un père Noël de 120 barres aux pognes larges comme des serres. "J’ai commencé le rugby ici, a dit Demba Bamba en préambule. Saint-Denis, c’est la ville qui m’a fait grandir. Noël approchant, j’ai donc juste voulu vous faire plaisir." Aux pieds du pilier des Bleus, gisaient des centaines de paires de crampons, des dizaines de ballons de rugby, des maillots à la pelle. Aux côtés de Demba, on retrouvait aussi les parrains de Diamond Academy, l’association d’Olivier Missoup, l’ancien flanker du Rct et d’Oyonnax : il y avait là Anne-Cécile Ciofani, récemment élue meilleure septiste de la planète ; Hamza Kaabeche, le pilar du Lou ; les bénévoles du rugby dyonisien ainsi que l’adjoint aux sports de la ville, Shems El Khalfaoui. "Nous sommes tous des enfants issus de la banlieue, confiait Olivier Missoup. Notre volonté, c’est de faire découvrir le rugby aux minots de nos quartiers et surtout, leur donner un peu de bonheur.". À Saint-Denis, la ville la plus peuplée du 93 (120 000 habitants), les visiteurs, regroupés en petits groupes autour des quatre intervenants, avaient évidemment des questions plein la bouche : "tu as commencé comment ?" "On gagne bien sa vie, au rugby ?" "Tu n’as jamais eu peur, sur un terrain ?" à proximité de la petite assemblée qui s’était formée autour d’Anne-Cécile Ciofani, on tendait l’oreille. La "septiste", qui serait devenue éducatrice en ces mêmes lieux si son talent n’avait pas explosé au rugby, expliquait : "On vient souvent au rugby par hasard. Moi, j’ai par exemple débuté par l’athlétisme. Un jour, un prof de sport m’a fait comprendre que le rugby pouvait me convenir et je l’ai prise pour un fou. À mes yeux, le rugby ne ressemblait à rien et c’était beaucoup trop violent." Une pause, un sourire : "Le problème, c’est qu’une fois qu’on y a goûté…" Comme fascinés par l’histoire de Ciofani, filles et garçons de Saint-Denis, âgés entre 7 et 12 ans pour la plupart, oubliaient un instant le brouhaha qui régnait dans l’immense salon, ouvraient de grands yeux ronds et ne savaient pas si "Annecé" plaisantait ou pas, lorsqu’elle leur assurait avoir parfois eu le vertige, sur un lifting en touche…

Aux pieds de chaque immeuble pour "découvrir le nouveau Bamba"

Un peu plus loin, Hamza Kaabeche, qui commence à faire parler de lui sur les terrains du Top 14, assurait aux trente mômes lui faisant alors face qu’il ne connaissait lui non plus "rien au rugby", au jour où il prit sa première licence dans un quartier de Bourg-en-Bresse. Sans piétiner les rêves des enfants de Saint-Denis, il les mettait néanmoins en garde : "Tout le monde ne peut pas être pro ; une grave blessure peut aussi arriver à tout moment. Dès lors, ne laissez jamais tomber l’école ! Même si quelqu’un vous dit un jour "Tu as du talent, je vais faire de toi un champion", continuez à bûcher, décrochez des diplômes. Ce sont les seules certitudes qui vous accompagneront toute votre vie."

En fond sonore retentissait le premier album d’un artiste de la ville, ami d’enfance de Demba Bamba. Ici, une maman prenait rendez-vous avec un éducateur du SDUS, le club local, pour le prochain entraînement de l’école de rugby. Là, Marlone et Ibrahim, déjà licenciés en moins de 12, tentaient d’expliquer la mêlée à un quadra curieux… Mais paumé. Shems El Khalfaoui, ancien rugbyman et chargé des sports à la mairie de la ville, confiait : "En 2023, nous allons accueillir dix des plus grands matchs de la Coupe du monde, à commencer par le France/Nouvelle-Zélande du 8 septembre. L’objectif est donc de s’appuyer sur cet événement pour faire connaître le rugby sur l’intégralité de notre immense territoire. Très vite, on va aller aux pieds de chaque immeuble de Saint-Denis, de la Basilique à la Plaine, pour dénicher le nouveau Demba Bamba." Anecdote au poing, Olivier Missoup appuyait : "Croyez en vos rêves, petits frères. Quand j’avais votre âge, j’étais tout maigre. Un jour, alors que j’étais en vacances dans le Var, j’ai croisé sur la plage de Toulon un grand costaud au bras de sa femme. J’ai alors dit à mes potes : "un jour, je serai aussi solide que lui, je reviendrai ici et je jouerai au RCT." Mais j’ai bossé, pour ça…"

Ciofani : "Le rugby m’a permis de m’ouvrir aux autres"

Dans le 93, le pilier des Bleus et ceux qui l’accompagnaient ont enfin tenté de faire comprendre à leur puissant auditoire qu’ils auraient connu une vie probablement plus terne, s’ils n’avaient pas un jour décidé de pousser la porte du club de leur ville : Bourg-en-Bresse pour Kaabeche, Bobigny pour Ciofani, Saint-Denis pour Bamba et Clichy pour Missoup. Dimanche, celui-ci ajoutait : "Dans mon quartier, on avait tous les mêmes codes. On parlait de la même façon, des mêmes choses. En intégrant une équipe de rugby, j’ai découvert le langage des autres et leur façon de vivre. À 40 ans, j’ai gardé mes amis d’enfance de Clichy-la-Garenne mais grâce au rugby, j’en ai aussi en Nouvelle-Zélande, aux Fidji ou dans le sud de la France…" Anne-Cécile Ciofani développait : "En un sens, le rugby m’a permis de m’ouvrir aux autres : je suis sorti du milieu que je connaissais pour rencontrer des gens très différents de moi avec lesquels j’ai pourtant formé une équipe, créé une communauté." Demba Bamba, passé par des sports individuels tels la lutte ou le judo avant de succomber à 13 ans au rugby, se souvenait à présent du titre de champion du monde acquis, en 2018, avec les Bleuets : "Au fil du temps, ces mecs-là sont devenus des frères. Après la Coupe du monde, j’ai même eu du mal à les quitter. Je ne voulais pas rentrer chez moi tellement je les aimais." à l’instant où Demba Bamba rangeait le micro, saluait ses hôtes et quittait le salon pour rejoindre l’envers du décor, les 200 minots de Saint-Denis lui emboîtaient le pas, transportés à l’idée d’enfin déballer les cartons. Alors ? Dimanche soir, le Père Noël du 93 pesait 120 kg, écoutait du hip hop et n’avait ni barbe blanche, ni casaque rouge. Mais il a rendu heureux des mômes. Et ça vaut bien tout l’or du monde…

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