Dans les coulisses du procès de Mohamed Haouas pour braquages

  • Mohamed Haouas, sans doute un peu stressé et tendu, est arrivé recouvert d’une capuche et d’un gros manteau,  vendredi matin, pour comparaître au tribunal correctionnel de Montpellier. Au sortir de l’audience, le pilier international, qui pose ici aux côtés de son avocat, Me Gallix, était soulagé.
    Mohamed Haouas, sans doute un peu stressé et tendu, est arrivé recouvert d’une capuche et d’un gros manteau, vendredi matin, pour comparaître au tribunal correctionnel de Montpellier. Au sortir de l’audience, le pilier international, qui pose ici aux côtés de son avocat, Me Gallix, était soulagé. MAXPPP - GIACOMO ITALIANO
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Entendu par la justice pour une série de cinq cambriolages nocturnes de bureaux de tabacs montpelliérains, le pilier droit du MHR et du XV de France Mohamed haouas a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et 15 000 € d’amende. Un moment désagréable pour le joueur mais qui a permis d’éclairer sur sa personnalité, marquée à la fois par un passé trouble et une vraie volonté de sortir de cette spirale négative.

Dire que Mohamed Haouas est rare dans les médias tient de l’euphémisme : au vrai, il n’y apparaît jamais ou presque. Ni avec l’équipe de France, ni en club. Tant et si bien que ni nous, ni nos confrères présents vendredi matin à son audition devant le tribunal correctionnel de Montpellier, n’avions eu l’occasion d’échanger avec lui. Ce procès aura donc au moins eu ce mérite : celui de mettre en lumière la personnalité, le passé douloureux et la folle trajectoire du pilier du XV de France et de Montpellier.

Dès son arrivée au tribunal, peu avant 9 heures vendredi matin, on a constaté à quel point Haouas n’était pas familier avec les médias ou les caméras : accompagné de son épouse, de son agent, l’ancien deuxième ligne montpelliérain Didier Chouchan, ainsi que de son avocat, Maître Marc Gallix, le puissant droitier a d’abord été agacé par notre présence. "Ah ! vous vous régalez, hein ? Vous voulez faire le buzz ?" grognait-il, masque remonté et capuche sur la tête, pour éviter que son visage n’apparaisse sur les photos. Là, on s’est dit qu’avec un premier contact de ce genre, la matinée allait être très longue.

Il n’en fut finalement rien. Une poignée de minutes plus tard, le pilier s’est raisonné et s’est décidé à se présenter aux journalistes présents, pour s’excuser et briser la glace : "Je sais que vous faites votre métier. Je ne veux juste pas passer pour un criminel. J’ai toujours tout donné sur le terrain et en dehors. Les faits remontent à huit ans, j’ai beaucoup travaillé depuis pour en arriver là." Après une brève entrée dans la salle d’audience, le président de la séance indiqua finalement que le procès débuterait dans une heure. Faux départ et retour dans le hall pour tout le monde. Une nouvelle occasion pour nous de faire la connaissance de Mohamed Haouas.

Une enfance trouble

Souriant et affable malgré le contexte et les faits qui lui étaient reprochés (Haouas comparaissait pour sept infractions, les principales étant des vols en réunion avec effractions dans plusieurs bureaux de tabac montpelliérains entre février et avril 2014, alors qu’il avait 20 ans), le pilier se lançait dans une conversation à bâtons rompus : il évoquait là sa naissance au Havre, son enfance avec un père infidèle qui mena sa famille à Palavas-les-Flots (Hérault) pour prendre un nouveau départ avant de finalement disparaître, son passage par l’athlétisme où il a développé ses qualités de vitesse, ainsi que celui par le taekwondo, art martial coréen, avant de se faire repérer par un éducateur sportif qui l’enverrait sur les terrains de rugby. Il racontait aussi son enfance trouble, son installation avec sa mère, désormais seule, dans le quartier (très) sensible du Petit Bard à Montpellier. Les bagarres, les coups de couteau, les tentations, les conneries en tout genre. Une heure plus tard, il était appelé à la barre.

Là, l’ambiance fut plus pesante. Concernant les faits qui lui étaient reprochés, Mohamed Haouas préférait "garder le silence et laisser la parole à [son] avocat". Ce dernier, Me Gallix, confirmait : "Sur cinq séries de faits, vous en avez trois avec des éléments objectifs."

C’est une évidence : "Momo" Haouas a sérieusement déconné. Clairement moins que le deuxième prévenu jugé et qui n’est toujours pas sorti de la délinquance (actuellement en détention, il a écopé de dix-huit mois de prison ferme pour cette affaire de cambriolages). Mais tout de même. Quand il évoquait les faits, le président d’audience parlait d’individus cagoulés, de cartons de cigarettes et de tickets de jeu volés ou encore de délits de fuite. Des empreintes du droitier avaient été retrouvées dans une voiture, ainsi que sur une lampe frontale. Mohamed Haouas tenait néanmoins sa ligne de défense : le silence. Au moment de donner ses réquisitions, la procureure, Alexia Diot, ne le loupait pas : "La version de Monsieur Haouas n’est pas fixée. J’aurais voulu des explications et des excuses, car il veut laisser la parole à son avocat. Une reconnaissance des faits."

Mohamed Haouas ne s’est pourtant pas complètement muré dans le silence. Interrogé par le président d’audience, il s’est longuement exprimé sur son passé, sa trajectoire, ses emplois d’avant le rugby, son futur et même son salaire. Il revenait notamment sur les faits déjà inscrits à son casier judiciaire (vols et conduite sans permis) : "C’était des erreurs de jeunesse, j’étais influençable. Mais j’ai toujours eu un objectif, celui d’avancer. Sortir de mon quartier, de ce cercle vicieux. J’ai travaillé pour m’extraire de tout ça et aujourd’hui, je m’investis au sein de l’association "Rebonds", pour aider ces jeunes. J’aurais aimé qu’on le fasse pour moi." Toute la défense du pilier reposait sur cette stratégie : plutôt que de parler de ce qu’il a été, parler de ce qu’il est devenu : un joueur du XV de France - "et le numéro 1 en plus !", s’exclamait, en souriant le joueur, faisant rire une bonne partie de la salle -, un père de famille, un grand frère qui conseille et aide les jeunes issus des milieux difficiles.

L’heure de la deuxième chance

Cette ligne de défense, le jury y a été sensible. La procureure n’a requis qu’une peine avec sursis et une amende conséquente, pour réparer le préjudice. Elle s’en est d’ailleurs expliquée : "J’ai l’impression d’être dans un tribunal pour enfants, où l’on juge des personnes pour des faits qui datent et après lesquelles ces mêmes personnes ont réussi leur intégration. L’évolution de M. Haouas est plus que positive, elle est exemplaire. J’aurais néanmoins aimé des explications. Aujourd’hui, on apure cette dette. La peine doit sanctionner des faits, établir la culpabilité de M. Haouas mais sans impacter la poursuite de sa carrière. On espère que ce dossier est refermé définitivement."

En clair, Mohamed Haouas revient de loin. Le deuxième prévenu, qui était sous escorte policière, n’en est pas revenu. Maintenant, la justice a parlé : le Montpelliérain a été reconnu coupable mais reste libre. Il a sa seconde chance.

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