Tournoi des 6 nations 2022 - Écosse - France : un match, trois questions

  • Antoine Dupont, demi de mêlée du XV de France.
    Antoine Dupont, demi de mêlée du XV de France. Icon Sport
Publié le , mis à jour

Bâti sur une stratégie de dépossession qui permit à la défense française d'étouffer Finn Russell et de briller sur les ballons de contre-attaque, le succès des Bleus a aussi mis en évidence le potentiel hors-normes d'une équipe qui regorge de talent, et sait plus que jamais provoquer sa chance...

En quoi consistait la stratégie défensive des Bleus ?

Des « pointes » pour étouffer Russell

C’est peu dire que le XV de France avait décidé de laisser l’initiative du jeu à son adversaire. Forts de la leçon de 2020 (un des seuls matchs de l’ère Galthié qui avaient vu les Bleus moins utiliser le jeu au pied que leur adversaire), les Bleus se sont appliqués à arroser le camp écossais autant pour occuper le terrain (à l’image du 50-22 de Jaminet directement à l’origine de l’essai de Moefana) que pour rendre le ballon aux coéquipiers de Russell, avec l’idée de les laisser s’épuiser à remonter le terrain à la main. Un piège dans lequel ces derniers sont bravement tombés, en bottant presque trois fois moins le ballon que les Bleus (11 coups de pied contre 27) tout en réalisant deux fois plus de passes (97 contre 187).

Une stratégie qui s’est avérée d’autant plus suicidaire au fur et à mesure que le chronomètre avançait, les Tricolores inscrivant deux essais en contre (par Danty puis Penaud) en deuxième période, sur des ballons récupérés au contact. Pour ce faire, les Bleus ont surtout imposé une pression terrible à Finn Russell, harcelé sur chaque prise de balle et systématiquement perturbé par des montées en pointe de Fickou et de Dupont au niveau des lignes des quinze mètres.

Le but de la manœuvre étant d’enfermer les Ecossais là où les Bleus étaient les plus forts : au milieu du terrain, où ils se sont montrés intraitables dans les rucks (6 ballons grattés), achevant les espoirs écossais... Un piège dans lequel le meneur de jeu du Racing 92 s’est progressivement englué, incapable de trouver des solutions ballon en main ou dans le dos de la défense française. Du travail d’orfèvre, qui doit évidemment beaucoup au stratège Shaun Edwards.

L'en-avant de Hogg a-t-il été le tournant du match ?

Un brin de chance pour des temps faibles mieux négociés

C’est peu dire, aussi bien au vu des dernières sorties des Bleus que des trois derniers Ecosse-France, que l’on redoutait le laps de temps situé juste avant et après le retour des vestiaires, où tant d’illusions s’étaient envolées à Murrayfield. Et pour tout dire, on crut bien que le maudit scenario allait se réécrire, lorsque Duhan Van der Merwe perça plein champ à la 38e… Las pour l’Ecosse, son ailier Graham (pourtant parfaitement arrivé en croisée) eut ensuite eut la mauvaise idée d’allonger directement une longue sautée vers Hogg, qui commit un en-avant sans opposition.

Un gros coup de chance (même s’il faut souligner la bonne défense de Romain Ntamack, qui sut naviguer sans jamais se livrer) et probablement le tournant du match. « Il y a eu des moments clés dans ce match, comme cette contre-attaque dans la difficulté en fin de première mi-temps avec cet en-avant, convenait en conférence de presse le sélectionneur Fabien Galthié. Car derrière, on marque dans les arrêts de jeu. C’était important. »

Un euphémisme puisqu’au lieu d’un potentiel 17-12 pour l’Ecosse, les Bleus tournèrent à la pause avec neuf points d’avance en leur faveur, avant que Danty aggrave la marque juste après le retour des vestiaires, là encore après un rebond particulièrement heureux... De là à conclure que le temps faible des Bleus (qui coïncida avec un brin de facilité dans la période qui suivit l’essai de Moefana) fut, avec un brin de bonne fortune, moins faible que contre l’Irlande ? C’est une évidence, qui doit aussi à une vraie tolérance de la part de M. Dickson, notamment vis-à-vis de l’intervention défensive très limite de Jaminet sur Skinner (26e), voire de celle de Baille sur Price (27e).

Mais on ne prête qu’aux riches, après tout, et le mérite des Bleus n’en est pas moins grand après tant d’années de vaches maigres. « On avait évidemment évoqué le retour de mi-temps, car c’est cette période qui avait récemment permis à nos adversaires de revenir, soulignait le capitaine Antoine Dupont. On a aussi confiance en notre défense, et c’est elle qui nous a permis de récupérer un ballon et marquer rapidement. Après, on sait qu’il faut garder de la régularité. Il fallait rester dans le match, ne pas leur laisser d’opportunités de revenir. »

Un objectif que les Bleus ont parfaitement atteint, avec un peu de chance, donc. Mais surtout avec beaucoup d’abnégation et de talent, qu’ils ne doivent à personne…

Comment les attaquants français ont-ils fait la différence ballon en main ?

Duels gagnés, jeu debout facilité

Si la démonstration des Tricolores à Murrayfield tient pour beaucoup à sa dimension stratégique et collective en défense, ce fut un peu moins le cas en attaque puisqu’à part sur le deuxième essai de Penaud (inscrit en première main à la 74e à la retombée d’une passe au pied de Ntamack où l’espace libre semblait clairement identifié à la vidéo), ce sont avant tout les qualités individuelles des joueurs qui ont fait la différence.

Le meilleur exemple réside probablement en cette immense contre-attaque de Dupont, qui remonta 70 mètres en solo en prélude de l’essai de Willemse. Mais ont pourrait aussi évoquer cet essai de Fickou au bout d’une longue course en travers et d’un duel en un contre un gagné sur Price, et plus globalement la supériorité physique du milieu de terrain français. En effet, alors que plusieurs lancements tricolores visaient clairement la prise du milieu de terrain, a domination athlétique de Danty permit à deux reprises de trouver directement de la continuité debout et jouer les espaces libres sur les extérieurs, sur les essais de Moefana et Fickou.

Et comme les avants surent se mettre au diapason (à l’image des merveilleux relais de Marchand et Baille sur les essais de Willemse et Moefana), c’est bien cete capacité à gagner les duels et à jouer debout après contact (10 offloads réussis contre 4) qui a fait la différence en attaque, permettant aux Bleus d’afficher une redoutable efficacité. Un dernier chiffre : auteurs de 6 franchissements, les Bleus ont aussi inscrit 6 essais, affichant à Murrayfield un 100 % de réussite dans les zones de marque assez rare au très haut niveau...

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