Tournoi des 6 Nations 2022 - Yannick Bru sur les Bleus : « Ces jeunes n’ont peur de personne »

  • Yannick Bru (Bayonne) sur les Bleus : « Ces jeunes n’ont peur de personne ».
    Yannick Bru (Bayonne) sur les Bleus : « Ces jeunes n’ont peur de personne ». Icon Sport
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L'ancien entraîneur des avants du XV de France, Yannick Bru, analyse la prestation des Bleus contre l'Écosse ainsi que le jeu déployé par les partenaires d'Antoine Dupont. 

Les Bleus ont-ils dominé l’Écosse collectivement ou ont-ils fait des différences par de seuls faits individuels ?

Il est évident que cette équipe recèle de talents individuels incroyables. Mais il serait malhonnête de ramener la performance des Bleus en Écosse aux seules individualités. Ce serait injuste vis-à-vis du travail effectué en amont. A Murrayfield, j'ai vu une organisation défensive exceptionnelle, sur la largeur du terrain, qui a nourri les Bleus de nombreuses munitions. En rugby, on parle souvent de complicité, de solidarité. Ce n'est pas assez fort, concernant cette équipe. Elle dégage beaucoup plus. Il émane une harmonie qui montre le gros travail effectué autour d'elle. Le bien vivre ensemble n'est pas factice. Ce n'est pas une somme d'individualités, aussi fabuleuses soient-elles.

Est-ce la force principale de cette équipe de France ?

Leur collectif m'impressionne. Tous ces jeunes ont un vécu commun. Tous les joueurs se sentent importants. Ils ont gagné ensemble chez les jeunes et ils n'ont peur de personne. Le staff a aussi réussi à les envelopper d'une atmosphère de confiance. C'est quelque chose de fragile, au niveau international. Ça peut vite partir. Là, ils l'ont. Cette harmonie, cette confiance, on les retrouve dans les situations décisives. Il y a toujours, chez nous, un joueur qui fait le geste juste. En défense : une mise en échec, une phase statique dominante, une pression sur l'homme qui provoque l'erreur gestuelle. A l'inverse, en attaque, on a marqué en Écosse sur chaque munition ou presque. Les Bleus sont des tireurs d'élite. Dès qu'il y a une occasion, ils la mettent au fond. Ce sont des "snipers" si vous me permettez l’expression.

C'est notamment vrai sur les ballons de récupération, où toute l'équipe semble déclencher d'un seul coup, vite et fort...

Le jeu de transition, c'est le dada actuel des coachs. C'est l'arme fatale du rugby moderne. Quand il y a un changement de statut, qu'on passe de défenseur à attaquant, les défenses sont plus vulnérables et les individualités s'expriment. Mais ces transitions ne tombent pas du ciel : pour y parvenir, les Bleus doivent travailler très fort ces scénarios à l'entraînement. Avant d'être bien lues et bien exploitées par nos qualités de vitesse et de technique hors-normes, ces situations de transition sont bien provoquées. Ça, c'est le travail de l'ombre. Sur l'homme et sur les zones de rucks, les Marchand, Woki, Baille, Willemse, Alldritt ou Cros abattent un travail incroyable. Les Écossais ont été asphyxiés. Le nombre de turn-overs qu'ont provoqués les Bleus en Écosse, c'est assez ahurissant au niveau international.

Nos fulgurances offensives seraient donc la partie visible de notre défense ?

C'est mon avis. L'équipe de France qui défend ne pense qu'à une chose : forcer l'erreur de l'adversaire pour, ensuite, s'en nourrir. Dans ces situations de transition, quand les défenses ne sont pas encore ré-organisées, vous trouvez des espaces ou des rapports de force déséquilibrés : avec un joueur rapide face à un plus lent ; un puissant face à un moins costaud.

Tout ceci est donc théorisé...

Clairement. Mais tout ne peut pas être ramené à la théorie. Il reste la qualité des joueurs, sur le terrain. Quand Antoine Dupont bat cinq défenseurs sur le premier essai, ça ne se prévoit pas et ça ne s'explique pas forcément. Idem quand Damian Penaud brise la défense écossaise d'un coup de rein et d'une accélération dans son couloir, avant un jeu au pied qui envoie Danty à l'essai.

Quel péril peut guetter ces Bleus ? Une équipe dominante physiquement, capable de résister à notre pression défensive et qui laisserait nos attaquants dans de moins bonnes conditions ?

Déjà, c'est le charme du très haut niveau : les adversaires vont encore s'adapter à nos points forts pour trouver des parades. Ils chercheront d'autres armes, certainement qu'ils s'exposeront moins. On peut toutefois penser que le staff des Bleus a déjà anticipé cela.

Ensuite ?

L'an dernier à Paris, dans le Tournoi des 6 Nations, j'ai le souvenir que les Écossais nous avaient abordés différemment : sous la pluie, ils nous avaient attaqués par du jeu à une passe, avec des angles de course qui nous maintenaient proches des rucks. Ils nous avaient mâchés physiquement et ils nous avaient battus. Cette fois, c'est nous qui les avons bouffés. Il y a des leçons à retenir de ces deux scénarios.

Ces Bleus « made in Galthié » n'ont pas encore croisé la route des Springboks, référence ultime quand il s'agit de vous « mâcher » physiquement...

Les Boks sont dangereux pour tout le monde, pas que pour les Bleus (sourire). Le jour J, à l'heure H, quand ils appuient sur le bouton du défi physique, tout devient très dur. Ils peuvent vous broyer. Mais il faudra bien les croiser, à un moment. Dans l'optique de 2023, la dimension athlétique des Sud-Africains doit être un point de questionnement. A plus court terme, il y a le Tournoi des 6 Nations et il faudra déjà se rendre au pays de Galles...

Les Bleus peuvent-ils être en danger à Cardiff ?

Traditionnellement, le match du vendredi soir au Millennium est très dur. Les Gallois le préparent comme un événement majeur. Le pays de Galles est aussi l'équipe la plus athlétique de l'hémisphère nord. En défense et dans les duels aériens, ils mettent une intensité terrible. Dans la dimension athlétique, c'est l'équipe la plus dangereuse du Tournoi. À Cardiff, on sera testés.

Yoann Huget, dans une interview sur Rugbyrama, affirmait que la finale pour les Bleus serait là, à Cardiff. Et pas lors du dernier match face à l'Angleterre...

Je rejoins Yoann là-dessus. Même si les Gallois ont un peu perdu de leur superbe ces derniers temps, il faudra se préparer à une bataille féroce.

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