Tournoi des 6 Nations 2022 - Lionel Nallet : « Quand tu vois notre banc arriver, tu te dis que tu vas en prendre plein la gueule »

  • Chelemard en 2010, le bressan apprécie à sa juste valeur l’état d’esprit et le niveau de performance que dégage actuellement le pack bleu.
    Chelemard en 2010, le bressan apprécie à sa juste valeur l’état d’esprit et le niveau de performance que dégage actuellement le pack bleu. Philippe Perusseau / Icon Sport - Philippe Perusseau / Icon Sport
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Chelemard en 2010, le bressan apprécie à sa juste valeur l’état d’esprit et le niveau de performance que dégage actuellement le pack bleu.

On vous avait laissé quelque peu déconnecté du monde du rugby… Rassurez-nous : vous avez au moins suivi le début du Tournoi, cette année ?

Oui, cette fois, j’ai tout regardé ! (rires) Il faut croire que mon ras-le-bol du rugby s’estompe au fil du temps. Je reprends du plaisir à voir des matchs. Il faut aussi dire que ce qui nous est proposé est très plaisant. Ça aide forcément, après ce qu’on a connu ces dix dernières années…

Qu’inspire alors ce pack de 2022 à un des glorieux chelemards de 2010 ?

Qu’il est très performant, puisqu’il s’avère dominant face à tous ses adversaires. On parle beaucoup du talent de nos trois-quarts, mais pour qu’ils s’expriment, c’est quand même plus facile derrière des avants qui avancent. Ce qui me plaît d’abord, c’est qu’à tous les postes du pack, on a des joueurs qui sont capables de bien manier le ballon - certes dans des registres différents - et qui aiment manifestement ça. Ce qui frappe aussi, c’est la mobilité et la disponibilité des joueurs. Sur l’essai de Moefana en écosse, c’est Cyril Baille qui est le premier au soutien de Penaud sur l’aile opposée, et c’est Cameron Woki qui est le premier à pousser son ailier dans l’en-but. Deux joueurs du cinq de devant présents avant les troisième ligne, c’est assez incroyable… Cette rapidité des soutiens, qu’on retrouve d’ailleurs sur la plupart des essais marqués par les Bleus, c’est à la fois le signe d’une bonne santé physique et d’une bonne cohésion.

On vous suit…

C’est tout bête, mais quand on est en forme, on est plus lucide. On peut donc conserver une bonne agressivité, sans forcément se mettre à la faute, ce qui est souvent le cas des équipes qui craquent physiquement. C’est aussi une des marques de fabrique de cette équipe, qui arrive à maintenir un bon niveau de discipline dans les moments importants.

Ce qui frappe aussi, c’est le parfait équilibre du pack, entre les « voltigeurs » Baille-Marchand-Woki-Cros et les « puissants » Atonio-Willemse-Jelonch-Alldritt. D’où le sentiment que les tâches sont bien partagées…

(Il réfléchit) C’est vrai que, posé comme ça, le pack est très équilibré. Un garçon comme Jelonch, si tu ne regardes que le ballon, tu ne le vois jamais. Mais si tu fixes la caméra sur lui, tu te dis qu’il est partout, tout le temps. Cet équilibre au sein du pack permet au staff d’ajuster ses stratégies en fonction de l’adversaire. C’est évidemment très précieux.

Au sujet de la fraîcheur que vous évoquiez, le banc systématisé à six avants ne joue-t-il pas un rôle particulièrement important ?

Cette stratégie du banc à six avants est un confort de plus pour la performance du pack. Mais au-delà du nombre d’avants sur le banc, ce qui compte, c’est que les remplaçants aient un impact quand ils entrent en jeu ! À chaque fois ou presque, ils amènent un coup de fouet. Pour ne parler que d’un joueur, les entrées de Romain Taofifenua m’épatent à chaque fois. Il n’a peut-être pas la mobilité suffisante pour démarrer un match, mais quand il joue la dernière demi-heure, c’est quelque chose… Mettez-vous à la place de nos adversaires : après s’être coltiné Atonio, Willemse et Marchand, ils voient entrer Bamba, Taofifenua et Mauvaka. Quand tu vois notre banc arriver, tu te dis que tu vas encore en prendre plein la g…

Un mot sur l’alignement en touche, qui est peut-être le secteur où les Bleus ont le plus progressé en deux ans…

Au sujet de la touche, je suis désolé, je ne peux pas dire que c’est bien. Je ne vais quand même pas faire cette fleur à Karim Ghezal ! Si je dis ça, il va m’appeler pour me dire : « Tu vois que je suis bon » ! (rires). Non, pour parler plus sérieusement et pour très bien connaître William Servat et la Ghèze (dont il fut le coéquipier en club, N.D.L.R.), je pense qu’ils sont très proches de leurs joueurs. Sans aller jusqu’à dire qu’ils sont potes avec eux, je suis persuadé qu’ils savent entretenir avec eux un climat de confiance, dont les avants ont toujours eu grand besoin. Quelles que soient les époques.

Ce qui explique qu’il ait fallu quelques tâtonnements pour trouver la bonne carburation ?

Il a fallu du temps, c’est vrai… D’abord parce qu’il fallait essayer des joueurs. Ça a toujours existé : certains gars sont performants en club mais moins en équipe de France, parce que le contexte ne leur correspond pas. Tout ça, il faut prendre le temps de l’évaluer. Ensuite, il y a une question de repères collectifs à trouver. La touche, comme la mêlée, c’est avant tout une question d’automatismes, de réflexes, une manière de fonctionner ensemble. Si le groupe arrive à maturité cette année, ce n’est pas par hasard : il a bien bossé depuis deux ans.

À quoi le mesurez-vous ?

Là où on voit que ce groupe travaille bien, c’est que les avants ne sont jamais perdus. Quand ils se relèvent, les joueurs n’ont jamais de temps d’hésitation pour savoir où ils doivent aller. En touche, c’est pareil, on ne voit plus d’erreurs de circulation, de joueurs qui se plantent. En mêlée, on est propre, sur nos portés, on a très peu de déchet. Tout cela génère de la confiance.

Vous taquiniez les trois-quarts en début de propos, mais pour conclure, on peut aussi vous rétorquer que si le pack bleu est si fort, c’est peut-être parce qu’il joue à 9 avants avec Dupont, voire à 10 en comptant Villière…

(Il sourit) C’est sûr, un coup de main des gazelles de temps en temps, ça aide… Mais ça montre surtout que les Bleus d’aujourd’hui sont une vraie équipe. Il y a beaucoup de leaders au sein du XV de France, puisque beaucoup de mecs occupent un rôle de capitaine en club. Ce qui est intéressant, c’est qu’on ne voit pas pour autant un type jouer pour sa gueule. Un gars comme Antoine Dupont est peut-être la star mais s’il a un deux contre un à jouer, je suis persuadé qu’il ne gardera jamais le ballon. Ça paraît évident, mais ça n’a pas toujours été le cas. Aujourd’hui, chacun cherche à faire briller son copain. C’est ce qui fait que les gens ont de nouveau envie de soutenir et d’aimer cette équipe.

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