Sous le feu des critiques, Eddie Jones répond par l'offensive

  • Persuadé de pouvoir priver les Bleus du grand chelem, le sélectionneur anglais Eddie Jones est revenu sur la défaite face à l’Irlande et a donné les clés pour battre la France, samedi.
    Persuadé de pouvoir priver les Bleus du grand chelem, le sélectionneur anglais Eddie Jones est revenu sur la défaite face à l’Irlande et a donné les clés pour battre la France, samedi. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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Le sélectionneur anglais a été très critiqué pour son discours d’avant-match contre l’Irlande. Beaucoup trouvent qu’il en fait trop dans le registre de la rudesse. Explications.

Ne soyons pas hypocrites : quand Eddie Jones ne sera plus là, on le regrettera. Le sélectionneur australien de l’équipe d’Angleterre a encore balancé des flèches médiatiques en début de semaine, fort de la défaite paradoxale de l’Angleterre face à l’Irlande. «Nous avons dominé le match contre l’Écosse mais nous avons été battus (20-17). Nous avons souvent dominé l’Irlande en jouant à quatorze, et nous avons été battus (15-32). Et puis, nous avons eu deux bonnes victoires contre le pays de Galles et l’Italie et nous aurons une bonne victoire contre la France». Eddie Jones a fait attention à ne pas dire du mal des Bleus, mais il a précisé : «Écoutez, la France est une bonne équipe, que cela soit clair. Mais comme n’importe quelle équipe — même les All Black qui gagnent 90 % de leur match -, le jour où vous pouvez lui faire mal physiquement et lui enlever ses forces, alors vous pouvez lui causer des problèmes.»

Depuis son arrivée en Angleterre fin 2015, on a découvert ses manières de cabotin. Et puis, il adore les contre-feux et la communication agressive, pour détourner les critiques sur son action. C’est le cas actuellement car les médias anglais brandissent la menace d’une nouvelle cinquième place sur six, comme l’an passé. Et puis, Eddie Jones a pris une volée de bois vert de la part de Clive Woodward, son prédécesseur, devenu éditorialiste dans le Daily Mail. Woodward et son palmarès en béton peut se permettre de ne pas prendre de gants. Il y est allé fort car, selon lui, le carton rouge reçu par le deuxième ligne Charlie Ewels après… quatre-vingt-deux secondes est une conséquence directe du discours agressif d’avant match d’Eddie Jones. C’est vrai que celui-ci avait parlé d’«un engagement et d’une agressivité comme l’Irlande n’en avait jamais vus auparavant…». Woodward a évoqué une rhétorique "pathétique et machiste" : "Qui a probablement provoqué le geste de Charlie Ewels, lequel a normalement été puni d’un carton rouge."

La presse anglaise n’épargne pas le sélectionneur

Eddie Jones n’est pas épargné par la presse anglaise qui fait remarquer que cette équipe n’a pas marqué d’essai contre l’Irlande, un seul contre le pays de Galles (à zéro passe sur une mauvaise touche adverse) et un seul face à l’Écosse. Et elle n’a pas manqué de faire remarquer que plusieurs membres du staff d’Eddie Jones ont démissionné ces derniers mois, comme si le sélectionneur dégoûtait ses assistants par des méthodes trop dures. Trois de ses adjoints ont tiré leur révérence : en mai 2021 Simon Amor (attaque), Jason Ryles (technique individuelle) et surtout, en juillet 2021, le néo-zélandais John Mitchell (défense), qui avait pourtant prolongé son contrat cinq mois plus tôt. On parle là d’un ancien entraîneur des All Blacks (1999-2003). Depuis son arrivée, Eddie Jones a donc travaillé avec trois spécialistes de la défense et cinq psychologues. On dit qu’il aurait mis au frigo certains joueurs pour des broutilles ou des incompréhensions.

Le Times a évoqué un témoignage anonyme, évoquant des méthodes et des paroles "brutales". Eddie Jones s’en est défendu : «Je cherche à me comporter comme quelqu’un d’honnête. Mais il y aura toujours quelqu’un pour ne pas être d’accord avec votre façon d’opérer. J’entraîne depuis longtemps et peut-être que je n’ai pas toujours été aussi sympathique que j’aurais voulu l’être. Je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais j’essaie d’être raisonnable.» Eddie Jones est tout de même vu comme un "bon client" par les médias car il ne peut empêcher sa verve de s’exprimer. Mais sa dureté, c’est vrai, affleure parfois. Et un mauvais résultat à Paris accréditerait l’idée qu’elle ne peut pas remplacer la vraie compétence technique. Woodward a ajouté : «Cette stratégie du "combat de rue" a ses limites. Elle peut marcher quand vous êtes clairement plus faible, mais les joueurs anglais ne sont pas des petits garçons qui ont besoin d’être réprimandés. J’ai connu Eddie autrefois, quand je jouais en Australie. C’était un talonneur teigneux qui jouait à Randwick. Je jouais à Manly. Il nous voyait comme des gars de la ville, plus cosmopolites qu’eux qui passaient leurs journées à la plage.»

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Jérôme PRÉVÔT
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