L'édito : Bain de jouvence

  • Anthony JELONCH et Fabien GALTHIE.
    Anthony JELONCH et Fabien GALTHIE. Icon Sport - Icon Sport
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L'édito du lundi par Emmanuel Massicard... Fabien Galthié peut souffler. Et pas seulement parce que son avenir personnel est désormais réglé, avec un deuxième mandat à la tête des Bleus qui lui est offert sur un plateau par Bernard Laporte… Non, l’autre soulagement vient de ce titre tant recherché et enfin accroché au fronton du rugby français. Après douze ans sans Grand Chelem, il y a de quoi savourer l’intensité des émotions et apprécier la performance à son juste prix, bien au-delà d’une séquence sportive marquée par des succès majeurs (Irlande et Angleterre) et une deuxième place au classement Mondial.

Ce dixième Tournoi sans défaite va rapporter bien plus au rugby français qu’il ne va coûter à la trésorerie fédérale. En termes d’image, surtout. Il confirme d’abord l’union sacrée de la famille jusqu’ici divisée selon les luttes de clochers entre clubs et fédé. Il suffit de voir le concert de louanges venu du rugby pro pour mesurer le double effet « Coupe du monde 2023 » et « les promesses de la génération Dupont ».

Appréciez donc ce mélange assez détonant : jamais un sélectionneur n’a eu autant de moyens à disposition et jamais les clubs n’ont consenti pareils efforts, quitte à se mettre en danger sportivement en se privant de leurs internationaux. Pourtant, personne ne moufte dans les rangs. Et personne ne mouftera tant que ça gagne. Au moins jusqu’au Mondial.

La promesse est belle. Le XV de France n’est certes pas encore champion et il devra désormais apprendre à gérer la pression qui colle aux crampons des favoris. Mais il se donne les moyens de ses ambitions.

En à peine six mois, cette équipe vient en effet de tirer un trait l’image parfois négligée qui collait au rugby français, au gré des commotions, des affaires et des mauvais résultats. Désormais, ça gagne. Des All Blacks aux Anglais, le XV de France a réussi le tour de force de transformer le congélateur du Stade de France en une arène bouillonnante, qui transcende les hommes et fait vibrer les cœurs. Ce Tournoi 2022 terminé en beauté, samedi soir, nous replonge à la source du rugby, dans un bain de jouvence.

Cela ne doit rien au hasard. Par-delà les jeux de lumière, la sono qui crache et autres mises en scène, tout part du terrain et des joueurs qui incarnent ce vent nouveau, cette fraîcheur et plus franchement encore une forme de simplicité déconcertante. Quelques jours avant l’ultime levée, l’ami Christian Montaignac nous clamait son plaisir ainsi retrouvé. « Il y a quelque chose dans cette équipe qui me plaît. Regarde bien, ce sont tous des Dupont ! ». Et d’enchaîner sur l’air léger du remettez-nous ça, avec l’envie de voir ces gamins marquer leur époque comme d’autres avaient su le faire avant eux, de Jean Prat à Blanco en passant par Rives et autres Spanghero.

Christian ne croit pas si bien dire : les attitudes sont belles et ce groupe dégage quelque chose de véritablement singulier. Pour être clair, on a envie de l’aimer. Et pour continuer d’être honnête, ce ne fut pas toujours le cas… Si le rouleau compresseur tricolore ne fait pas de sentiments, il y a ce goût du défi, le culot, l’ambition et cette flamme créatrice qui réconcilient l’ensemble du rugby français avec sa vitrine. Une fierté, enfin, et un pouvoir d’identification qui fera très vite pousser des vocations, soyez en certains. Messieurs, surtout, ne changez pas.

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