International - Quercy à propos des dirigeants espagnols : « Incroyable d'être aussi con que ça »

  • L'Espagne de Fred Quercy (ici à Montauban) a été disqualifiée par World Rugby de la Coupe du monde 2023 ce jeudi.
    L'Espagne de Fred Quercy (ici à Montauban) a été disqualifiée par World Rugby de la Coupe du monde 2023 ce jeudi. Midi Olympique - Stéphanie Biscaye
Publié le , mis à jour

Irrité après la disqualification de l’Espagne pour la Coupe du monde 2023, le troisième ligne de Montauban Fred Quercy ne mâche pas ses mots envers sa Fédération et exprime son immense déception. Il évoque aussi tous les sacrifices effectués avant d'en arriver là.

Que ressentez-vous depuis l’annonce de la disqualification de l’Espagne ?

Je ne sais même pas ce que je ressens… Je suis vexé, en colère. On ne comprend pas comment c’est possible ! Dans l’histoire du rugby, ce n’est pas arrivé souvent qu’une équipe soit disqualifiée d’une Coupe du monde… Et c’est arrivé deux fois à l’Espagne ! Il y a un moment où, je pense, ils se foutent clairement de notre gueule.

Comment avez-vous appris la nouvelle ?

Sur le groupe de messagerie de notre équipe espagnole. Il y a eu le résultat de la Fédération espagnole, qui l’a envoyé au manager et ensuite, ça a été envoyé sur le groupe en nous disant qu’on avait été disqualifiés pour des raisons d’éligibilité d’un joueur. Moi, maintenant, je ne regarde pas trop sur le groupe parce que ça me gonfle. Ils envoient tous des pavés. J’ai reçu cinquante messages, des gens qui sont désolés et qui ne comprennent pas… ça me rend dingue.

Le bruit traînait depuis plusieurs semaines…

Je l’ai senti arriver parce qu’il y avait déjà ce petit doute, quand on recevait la Roumanie je crois. Après le match, un des joueurs a dit que si on gagnait le Portugal, ils allaient faire réclamation pour nous disqualifier. On leur a dit qu’on ne voyait pas comment c’était encore possible d’avoir un problème, encore une fois. Que ce serait incroyable d’être aussi con que ça.

Vous en voulez énormément à la Fédération ?

Pour la défendre un peu, dans les versions que j’ai eues, les gens de la Fédération ont fait leur travail. Même pas à 100%. Il y a eu clairement des falsifications de papiers pour faire valider le fait qu’il (Gavin Van den Berg, N.D.L.R) soit éligible. Sauf qu’il n’y a que trois personnes qui sont mouillées là-dedans, plus le joueur. La Fédération avait un problème avec son passeport, il a dit qu’il l’avait perdu parce que, forcément, avec les dates de son passeport, il n’aurait pas pu jouer pour la sélection. Donc il a dit : "Je vais vous envoyer une photocopie" et apparemment, des mecs du club ont falsifié son passeport en changeant les dates d’arrivée. Pour la Fédération, il était éligible mais ils auraient dû attendre le vrai passeport. Ils ont été naïfs. D’autant plus que c’était sa première sélection.

Le fait que Gavin Van den Berg n’ait que peu joué accentue votre colère ?

C’est un mec qui a joué deux petits morceaux de matchs contre les Pays-Bas, où on leur a mis 60 points chez nous, et 70 chez eux. Ce sont deux matchs qui ne servaient à rien. Ce n’est pas le mec indiscutable qui a joué tout le Tournoi et qui a fait basculer les rencontres ! Il n’a servi à rien, il n’a pas existé, on ne le connaît pas ! Je ne l’ai même pas croisé, vu que je n’étais pas là lors des deux matchs contre les Pays-Bas. Il faut le sanctionner, avec les mecs qui ont falsifié ses papiers.

La Fédération s’est donc montrée naïve…

C’est de l’amateurisme. Le mec, c’est sa première sélection : tu ne dois prendre aucun risque ! Il y a déjà eu le problème une fois, ça n’a pas suffi une Coupe du monde manquée pour le pays ? Ces gens te disent qu’ils ont besoin d’argent pour développer le rugby en Espagne et là, ils allaient prendre je ne sais pas combien avec la participation à la Coupe du monde. On aurait montré le rugby espagnol. On n’aurait pas été invités en termes de rugby, mais on s’en fout ! L’année où on s’est qualifié pour la Coupe du monde avant d’être disqualifiés (en 2018, N.D.L.R), il y avait eu 40% d’inscriptions en plus dans les écoles de rugby. Ils ont tout foutu en l’air et tu passes pour une Fédération d’amateurs. Imaginez, ils sont allés se défendre devant la commission avec un avocat qui a deux ans d’expérience… C’est de l’incompétence, de l’amateurisme. Je ne sais pas qui c’est, il deviendra peut-être le meilleur avocat du monde, mais dans dix ou vingt ans. Pas maintenant.

C’est le fruit de beaucoup de sacrifices qui tombe à l’eau ?

Ce qui me fait mal au cœur, c’est qu’on est un paquet de joueurs à se mettre en porte-à-faux dans nos clubs, en disant qu’on va jouer avec l’Espagne. Tous les clubs ne le prennent pas trop au sérieux. Je l’ai vécu à Nevers. Il n’y a pas toujours de respect pour les petites sélections et il faut s’engager personnellement pour y aller tout de même. On s’est qualifié une première fois pour une Coupe du monde, mais on s’est fait disqualifier. Derrière, je continue d’y aller. On fait des tournois, je laisse ma femme à 500km, je vais en Espagne pendant une voire deux semaines, je fais le tour des pays de l’Est pour 600€… Clairement, je n’y allais pas pour l’argent. J’y allais pour le plaisir du rugby, pour m’éclater dans des matchs internationaux, prendre un peu d’expérience et surtout me qualifier pour une Coupe du monde. J’ai été mis au placard un an et demi à Nevers, et je sais que cela y a contribué ! Tu sacrifies tout et tu te retrouves à avoir fait ça pour rien. On nous enlève tout parce que trois mecs ont magouillé des papiers.

Le plus dur doit être aussi de passer d’une joie indescriptible à une déception aussi profonde ?

J’ai fait dix interviews. Je suis passé à la radio à Montauban, j’ai fait des photos de partout, des posters, etc. Ça me faisait tellement plaisir. C’était historique. On savait bien qu’on ne serait sûrement pas au niveau de l’Afrique du Sud, l’Écosse, l’Irlande et sûrement les Samoa qu’on devait retrouver en poule. Mais ça, on s’en foutait. On allait amener quelque chose de différent. On y était arrivé, on le méritait.

Comptez-vous retourner en sélection après cet épisode ?

Je pense que je vais revenir en sélection, mais pour prendre mon plaisir personnel. Là, le 21 mai, on joue un match contre les All Blacks, qui est annulé depuis trois ans à cause du Covid. Je veux y aller, jouer contre les Blacks, avoir un maillot, un souvenir de ce moment-là. Cet été, s’il y a une belle tournée à faire, je la ferai pour moi. Mais je ne la ferai plus dans un objectif d’aller chercher quelque chose. Ça sera pour prendre les souvenirs que je peux, avant la fin de ma carrière. Si c’est pour aller en Roumanie ou en Géorgie et se faire casser la bouche pendant 80 minutes, c’est fini. Ils nous ont écœurés. Ça fait six ans que j’y suis, que je ne triche pas. J’y ai laissé des plumes et la seule récompense que j’ai eue, c’est ça.

Pensez-vous que le rugby en Espagne va perdre son allant ?

Je ne l’espère pas du tout. L’Espagne, depuis cinq ans, c’est le gros buzz du rugby. Mais clairement, là, on est ridicule ! Tous les pays de la Coupe du monde sont au courant. Quand la Roumanie jouera contre l’Irlande au premier match, tu peux être sûr que pendant un quart d’heure, ça va parler de l’Espagne.

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Yanis GUILLOU
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