Lyon : à jamais les premiers

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    Lyon : à jamais les premiers
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C’est sur la pelouse de l’antédiluvien rival marseillais que le club de la capitale des Gaules a remporté la première Coupe européenne de son histoire, et surtout le premier trophée continental pour une équipe masculine à Lyon, tous sports confondus. Historique, à plus d’un titre…

Et le Vélodrome fut climatisé. La 48e minute de la partie s’égrenait à peine lorsque Pierre-Louis Barassi s’affala dans l’en-but dans un silence assourdissant, à peine troublé par les cris de joie des 5 000 Lyonnais. Il fallait l’entendre pour le croire, ce magma rouge et noir de 40 000 âmes varoises, réduit au silence par une énième cavalcade de l’attaque lyonnaise. Et se pincer pour voir ces Rhodaniens, ces traditionnellement gentils sparring-partners, serrer en vrais fauves la jugulaire de leur proie varoise pour ne jamais la lâcher, laquelle se débattit pendant quatre-vingts minutes sans le moindre succès, et aurait même pu au bas mot en prendre cinquante sans quelques arbitrages vidéos qui brillèrent en première période soit par leur côté tatillon, soit par leur absence… Une démonstration de force, totale et incontestable, à peine deux mois après le naufrage de Gerland face à ce même RCT désigné grandissime favori par tous les bookmakers.

«Les Toulonnais avaient beaucoup parlé tout au long de la semaine, mais nous avons laissé faire et laissé dire en silence, appréciait le capitaine et numéro 8 Jordan Taufua, en faisant davantage référence aux traditionnels emballements des supporters varois que de quelconques déclarations de leurs adversaires. Notre réponse, on la réservait sur le terrain. On voulait écrire notre histoire.»

Et l’histoire tout court, évidemment, le Lou remportant non seulement son premier Challenge, son premier titre au plus haut niveau depuis presque quatre-vingts ans, et surtout le premier trophée européen de l’histoire de sa ville pour une équipe masculine, devançant les institutions que demeurent l’OL et l’Asvel dans la capitale des Gaules. «J’ai reçu des messages du président Aulas, de Tony Parker, ça fait chaud au cœur, appréciait le président Yann Roubert. On a senti un gros engouement derrière nous à Lyon cette semaine, qui montre que le club prend une place de plus en plus importante en ville. Et puis, gagner, une Coupe d’Europe ici, à Marseille, c’est un sacré clin d’œil du destin pour nous.» Une référence à l’antédiluvienne rivalité entre la cité phocéenne et la capitale des Gaules dont le fervent supporter de l’OL que demeure Baptiste Couilloud s’amusait, lui, le suiveur acharné des épopées européennes de l’ère Juninho. «Entendre nos supporters chanter Ly-on, Ly-on au Vélodrome, c’est assez fabuleux, souriait l’homme du match. C’est une fierté énorme que d’avoir définitivement placé Lyon sur la carte du rugby européen.» «Il faut se souvenir d’où l’on vient, rappelait Roubert. Quand j’ai pris la présidence du club voilà dix ans, nous étions huitièmes de Pro D2. Nous avons bâti un plan en quatre étapes. Un, monter en Top14, ce que le club avait déjà fait par le passé. Deux, s’y maintenir. Trois, trouver notre identité au plus haut niveau et quatre, remporter un titre. Toutes ces quatre étapes sont enfin validées.»

Le triomphe d’une identité

Doux euphémisme… Car au vrai, ce qui a marqué dans ce triomphe lyonnais, c’est bien la capacité des coéquipiers de Baptiste Couilloud à jouer leur meilleur jeu le jour J, loin d’être inhibés par l’enjeu d’une finale. «C’était le seul message que j’avais modestement délivré, glissait Roubert. Pour gagner, il ne fallait pas chercher à être quelqu’un d’autre, mais jouer notre jeu.» «Certains pensent que nous avons mis du volume pour épuiser les Toulonnais qui étaient physiquement fatigués par leur enchaînement de matchs, mais ce n’était pas du tout le cas, jurait Couilloud. Si on a autant joué, c’est parce que cela fait partie de notre ADN.» «C’est notre style, notre identité, et il ne fallait surtout pas en déroger, pointait le capitaine Taufua. C’est ce que l’on m’a appris chez les Crusaders. Si l’on s’entraîne toute l’année pour jouer d’une certaine manière, il ne faut surtout pas en changer dans les matchs qui comptent. Au contraire, pour gagner en finale, il s’agit de s’appuyer sur ce que l’on maîtrise le mieux. C’est probablement ce qui avait manqué par le passé.»

Une référence évidente aux précédents échecs du Lou lors de ses grands rendez-vous, à l’image de ces demi-finales largement perdues en 2018 et 2019, comme une taxe d’apprentissage dont le club a retenu les leçons. «Nous avons payé pour apprendre lors de ces demi-finales de Top 14 en 2018 et en 2019, se souvenait Yann Roubert, et 2020 restera éternellement un regret car il nous semble qu’il y avait tout pour aller plus loin cette année-là. Il nous a fallu un peu de temps pour digérer cette crise de la covid mais nous étions revenus cette année bien décidés à jouer sur les deux tableaux. Au début de saison, nous avions présenté notre effectif comme le plus compétitif jamais aligné par le Lou Rugby. Ce titre vient le confirmer.»

L’épilogue rêvé pour Mignoni

Un titre qui doit évidemment énormément à celui qui a bâti ce groupe, avant de s’en aller à l’issue de la saison. On parle ici évidemment de Pierre Mignoni, opposé vendredi à son club de cœur où il s’en retournera dans quelques semaines, avec le sentiment du devoir accompli. «On a été très pudiques vis-à-vis de ce contexte, on en a très peu parlé entre nous, mais tout le monde en était imprégné, admettait le demi de mêlée Baptiste Couilloud. Cette finale marquait un peu la fin d’un cycle où Pierre a apporté énormément. Pour les joueurs à qui il a permis de progresser, on avait tous envie de lui offrir cette victoire, c’est le résultat de son énorme travail au sein du club.»

Et plus encore à ce succès de vendredi, après avoir bâti un plan de jeu aussi simple qu’efficace au bout d’une semaine essentiellement axée sur la récup (avec notamment une journée passée entre une activité catamaran et le célèbre Cercle des Nageurs), qui permit à ces Lyonnais, pleins de fraîcheur, d’instiller rapidement le doute dans les esprits adverses grâce à un jeu au pied tactique de haut niveau.

Un travail d’orfèvre parfaitement exploité par le stratège Charlie Ngatai, mais surtout servi à la perfection par des partenaires morts de faim, qui ont étouffé le RCT aux quatre coins du terrain jusqu’à le pousser à la faute, entre cette passe interceptée de Parisse, cet en-avant volontaire de Luc ou encore cette touche rapidement jouée par le RCT à quatorze contre quinze qui offrit un ballon idéal de contre-attaque au trio Berdeu-Tuisova-Barassi pour l’essai de la gagne. Une action aussi magnifique qu’historique pour un club devenu le porte-étendard du rugby rhônalpin, loin devant les traditionnels pôles berjalliens ou grenoblois. Il fallait entendre, à l’issue de la rencontre, les François, Gerald, Lolo, Francis, Julien ou Seb hurler leur joie à la lune en provenance de Renage, Voreppe, Pont-de-Claix ou ailleurs: en basculant définitivement dans le camp des gagnants, le Lou a aussi gagné un public, fédérant désormais toute une région. Peut-être son plus grand succès…

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