Camille Lopez (Clermont) : « À côté de Morgan, je ne suis rien du tout »

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Alors qu’il honorera dimanche sa 93e et probablement ultime titularisation aux côtés de Morgan Parra sous les couleurs de l’ASM, l’ouvreur international Camille Lopez dresse un bilan lucide de la décevante saison des siens, tout en dépoussiérant l’armoire à souvenirs. L’occasion également d’effectuer une ultime mise au point au sujet de son transfert à l’Aviron bayonnais, qui fit couler tant d’encre…

Comment abordez-vous votre dernière sortie à domicile au Michelin, après huit saisons de bons et loyaux services ?

Je vais essayer d’en profiter un maximum, même si le côté sportif est un peu moins glorieux que les années précédentes puisqu’on sait très bien que hormis un gros accident, le top 6, c’est mort pour nous. Maintenant, il reste un enjeu réel : celui de qualifier le club pour la Champions Cup la saison prochaine, ce qui passe par une place dans les huit premiers, et donc par une victoire à domicile contre Montpellier. Au moins, on a la chance d’avoir un gros match pour clôturer cette saison, avec la réception du leader qui domine le Top 14 cette année. Il n’y aura pas de doute sur l’engagement du match. On va forcément essayer de savourer, même s’il faudra d’abord se concentrer sur le match plutôt que sur ses à-côtés.

Vous allez disputer ce dernier match aux côtés de votre vieux compère Morgan Parra, avec lequel vous avez battu cette année un record d’associations sous le maillot de l’ASM…

Forcément, ça compte. S’en aller tous les deux au même moment en plus, c’est un joli clin d’œil, même si je le dis et le répète : à côté de Morgan, moi, je ne suis rien… Morgan, c’est un monument de ce club, le seul joueur à avoir remporté comme titulaire les deux titres de l’ASM en jouant à chaque fois un rôle capital sur le terrain dans ces deux épopées. Je ne peux être qu’heureux de partager ces derniers moments à côté de lui, et j’espère que la fête sera belle car il mérite une sortie digne de sa carrière à l’ASM.

Comme vous l’avez dit, hormis en cas de gros accident, Clermont ne se qualifiera pas pour le top 6 cette saison. Cela alors que vous avez réalisé une saison correcte au niveau des résultats à domicile…

Ce qui est paradoxal, en effet, c’est qu’on réalise une bien meilleure saison que l’année dernière à la maison, puisqu’on n’a lâché qu’un match (contre Castres 30-34, N.D.L.R.) alors qu’on s’était qualifié en perdant trois fois chez nous la saison d’avant… Le problème est évident : autant nous avions réussi à compenser à l’extérieur par le passé, autant on n’y est pas parvenus cette année, puisqu’on ne compte que deux succès en déplacement dont un voilà quinze jours à Biarritz…

On a été trop irréguliers : quand on avait l’impression de faire un pas en avant, on en faisait trois autres en arrière. Sans se trouver des excuses, il y a aussi eu la fatalité des blessures puisqu’on a joué pratiquement toute la saison sans nos gros porteurs : Ravai, Yato ; on a aussi disputé beaucoup de matchs sans notre leader de touche Arthur Iturria… Tout ça ne nous a pas aidés, mais c’est le lot de tous les clubs. On ne doit pas se cacher derrière ça car malgré tout, il y a eu des matchs à notre portée que nous n’avons pas réussi à faire basculer.

Sur ces matchs en question, au-delà d’aspects purement techniques, on a surtout eu l’impression que votre équipe ne dégageait pas l’envie et la solidarité nécessaire… Partagez-vous ce constat ?

On ne va pas se mentir : on n’a pas un groupe… (il se reprend) C’est toujours délicat de parler des autres clubs de l’extérieur, mais quand tu regardes certains matchs d’équipes qui ont peut-être moins de qualités individuelles que nous sur le papier, on voit des joueurs qui, au moins, se battent comme des chiens jusqu’au bout.

La différence est peut-être qu’on n’a pas eu cette année un groupe comme ça, capable de batailler les uns pour les autres. On a manqué un peu d’état d’esprit sur certains matchs, on n’a pas été tueurs. Et c’est d’autant plus regrettable quand tu constates qu’à une journée de la fin du championnat, tu n’es qu’à trois ou quatre points d’une qualif dans le top 6. Il y a de quoi se dire que malgré la saison « de merde » qu’on a faite, les autres n’ont pas été tellement meilleurs que ça. Ils ont péché aussi, mais un peu moins que nous.

Ce manque d’osmose, de solidarité, n’est-il finalement pas imputable au départ précipité de Franck Azéma, qui n’a pas permis à Jono Gibbes de débuter son mandat dans des conditions optimales ?

Forcément. Un changement de staff, ça ne se fait pas comme ça, en « deux-deux ». Jono Gibbes est revenu au club, on a la chance que ce soit un grand entraîneur, mais il ne peut pas faire des miracles non plus. Il savait le challenge qu’il aurait à relever en revenant à Clermont, dans l’état actuel du club. Ils se connaissent très bien avec Franck et sont restés très proches, donc j’imagine qu’ils avaient pas mal échangé au préalable, Jono savait forcément ce qu’il allait récupérer.

L’ASM est dans une passe où elle doit reconstruire, et c’est ce qu’elle est en train de faire. À nous de terminer la saison comme il se doit pour que le club reparte de l’avant dans les meilleures conditions. Quand tu connais des saisons de transition comme celle-là, le but est toujours que cette période creuse ne soit pas trop longue. J’espère que les Clermontois n’auront pas besoin de je ne sais combien de saisons pour retrouver les sommets, et la place que l’ASM a occupée pendant de nombreuses années.

L’ouvreur international Camille Lopez dresse un bilan lucide de la décevante saison de l'ASM, tout en dépoussiérant l’armoire à souvenirs.
L’ouvreur international Camille Lopez dresse un bilan lucide de la décevante saison de l'ASM, tout en dépoussiérant l’armoire à souvenirs. Midi Olympique - Patrick Derewiany

Si vous ne deviez conserver qu’un souvenir de votre passage à Clermont, quel serait-il ?

Je ne vais pas être original… Si je ne dois en garder qu’un, c’est évidemment le titre de 2017 contre Toulon (22-16). Le Brennus, c’est pour ça que je suis venu, pour ça que je vis depuis que je suis gamin, c’est un rêve de gosse qui s’est réalisé, quoi. Même s’il y en a plein d’autres, c’est évidemment le meilleur moment sportif que je vais conserver.

Et à l’inverse, quel sera votre plus gros regret ?

Il y en a pas mal, car il y a eu plusieurs finales perdues, quand même… Mais le plus gros regret remonte forcément encore à 2017. On avait réalisé cette année-là une campagne européenne vraiment incroyable avec une demi-finale magnifique à Saint-Étienne contre le Leinster (27-22), et nous nous étions faits rouler dessus par les Saracens en finale (17-28).

Même si le score n’avait finalement pas été si élevé que ça, on avait passé une sale après-midi, on n’a jamais réussi à mettre en place ce que nous avions prévu. Ça aurait été fabuleux de clôturer cette campagne par un titre mais ce jour-là, nous sommes complètement passés au travers. C’est mon plus gros regret car le club de Clermont et ses supporters ont vraiment vibré de longues saisons pour l’Europe, sans jamais réussir à aller chercher cette coupe.

Le fait d’avoir vu La Rochelle décrocher la Champions Cup avant vous la semaine dernière ne vous a-t-il pas fait un petit pincement ?

Bien sûr que ça fait un peu mal au cœur. Ce n’est pas de la jalousie, attention. Mais en les voyant, forcément, tu te dis : « p…, eux, dès la deuxième fois qu’ils y retournent, ils l’ont… » Moi, j’ai eu le malheur de parvenir deux fois en finale, sans succès, certains de mes coéquipiers y sont même allés trois fois… Donc ça fait un peu ch…, mais il y a surtout beaucoup d’admiration pour ce qu’ils ont fait, et surtout de la joie pour les Rochelais. Je ne le connais pas du tout hormis pour l’avoir croisé sur un terrain, mais quand tu vois un mec comme Romain Sazy soulever la Coupe d’Europe avec son club, devant son public, ça fait quelque chose.

Je connais un peu plus Uini Atonio pour l’avoir côtoyé en équipe de France, mais c’est la même chose : je suis trop content pour lui. Ils ont vécu une épopée incroyable avec ce club qu’ils ont mené de la Pro D2 au sommet de l’Europe, il n’y a rien à dire, sinon chapeau et respect. Ce que ce club a fait sous la houlette de son président, c’est extraordinaire. Le pincement au cœur dont je vous parlais, c’est juste parce que j’aurais juste aimé vivre moi aussi ces moments-là…

On parle de La Rochelle mais en ce moment, ce sont les résultats d’un autre club que vous devez suivre d’encore plus près : ceux de l’Aviron bayonnais, où vous évoluerez la saison prochaine… En Top 14 pour jouer le maintien, ou en Pro D2 pour jouer le haut du tableau ?

Je suis compétiteur, donc si je devais choisir, je préférerais forcément le Top 14. Mais à dire vrai, qu’importe le niveau où évoluera l’Aviron. Ce n’est pas que je m’en fous, les deux m’intéressent. Mais c’est leur saison, elle leur appartient, je serai juste un supporter comme un autre sur mon canapé. On va pousser fort derrière eux dimanche devant la télé mais après, je viendrai avec beaucoup d’envie pour relever le challenge, que ce soit en Top 14 ou en Pro D2.

On sait que vous avez particulièrement mal vécu l’épisode de votre départ, notamment quelques joutes verbales par médias interposés qui ont semé de la confusion chez vos supporters…

Certaines choses se sont passées qui auraient pu être évitées, je n’ai pas forcément envie de revenir là-dessus. Dans ces moments-là, c’est toujours pareil : les gens parlent, parlent, et toi tu ne peux rien dire, parce que ton intérêt n’est pas d’entrer dans cette "guéguerre". Mais il y a eu tellement de choses sous-entendues entre les lignes qu’à un moment donné, les supporters de Clermont pensaient que j’allais rejoindre Franck Azéma à Toulon, alors que j’avais déjà pris ma décision. Même si j’ai effectivement eu des contacts avec Franck, mon objectif n’a jamais changé : je voulais jouer près de chez moi, au Pays basque, avant d’arrêter ma carrière. Quand cela est sorti, certains se sont même dits qu’en réalité, je partais à Bayonne pour mieux pouvoir repartir à Toulon dans un deuxième temps… C’est allé trop loin. Que ce soit clair : je n’ai pas quitté Clermont pour aller dans un club concurrent du Top 14, mais simplement pour terminer ma carrière en me rapprochant de chez moi.

Au sujet de votre retour au Pays basque, celui-ci a également défrayé la chronique, au travers des propos du président Aldigé vous accusant de ne pas avoir respecté votre parole…

Ça ne fait jamais plaisir. Les choses ont été mal faites et si elles avaient été suffisamment claires et bien ficelées depuis le début, on aurait facilement pu s’en passer. Ça arrive… Là encore, des choses ont été faites, d’autres ont été dites, c’est comme ça. Ça fait partie d’une carrière… Il y en a eu d’autres avant moi, il y en aura probablement d’autres après. L’essentiel est qu’au final, je me rapproche bien de chez moi en rejoignant l’Aviron, en espérant bien profiter sportivement de mes dernières saisons. C’est tout ce qui m’importe désormais…

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