Xavier Garbajosa : « Les Toulousains et les Rochelais ne doivent surtout pas refuser le combat »

  • Xavier Garbajosa voit, comme beaucoup de monde, un duel acharné ce samedi soir.
    Xavier Garbajosa voit, comme beaucoup de monde, un duel acharné ce samedi soir. Icon Sport
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L’ancien toulousain et rochelais, Xavier Garbajosa, connaît les deux barragistes par cœur.
Il annonce un duel entre deux formations dont les visions à long terme forgent une culture club et préfigure un nouveau «clasico» dans les prochaines saisons.

Ce match de barrage entre le Stade toulousain et La Rochelle est-il en passe de devenir un « Clasico » ?

Oui, c’est une évidence. En étant passé par La Rochelle pendant quelque temps, j’ai le sentiment que ce club, saison après saison, est en passe de poser, pierre après pierre, un projet solide. Le titre de Champion d’Europe, récompense suprême, est d’ailleurs venu matérialiser tout le travail effectué. Pour bien connaître la maison, c’est tout de même un projet de longue haleine, qui, sans faire trop de bruit, sans se précipiter, a su prendre le temps de construire des fondations solides.

À tout dire, j’ai même le sentiment que c’est un projet similaire à celui du Stade toulousain : avec une formation très forte, un pool d’entraîneurs qui ont porté le maillot de ce club. Pour moi, ce sont aujourd’hui les deux clubs qui trustent le haut de l’affiche et qui font souvent figure de favoris dans ce championnat.

Dans les oppositions récentes entre les deux clubs, il existe un fort avantage pour le Stade toulousain. Ce titre de champion d’Europe décroché par les joueurs de Ronan O’Gara est-il de nature à décomplexer les Rochelais ?

Jusqu’à ce titre, les Rochelais avaient accumulé les défaites en finale. Trois revers à l’instant de grimper la dernière marche, ça faisait beaucoup. Cette finale de Champions Cup, il fallait absolument la remporter pour casser cette dynamique et ce doute qui aurait pu s’installer de manière nocive. Jusque-là, La Rochelle était toujours placée, mais jamais gagnante. Ce titre, c’est ce qui leur a permis de briser le plafond de verre qui était au-dessus de leur tête. Je crois donc que pour eux, c’est une véritable libération psychologique. Et c’est capital dans le cadre de la croissance du club.

Pensez-vous que les Rochelais nourrissaient jusque-là un complexe d’infériorité vis-à-vis du Stade toulousain ?

Peut-être pas un complexe d’infériorité mais une attente ! Quand tu joues des finales, quand tu enchaînes des demi-finales, tu sens que tu progresses d’année en année et tu rêves à quelque chose de plus grand. Mais si tu ne le matérialises pas, tu t‘essouffles. Il fallait conjurer le sort. Les Rochelais l’ont fait de façon admirable, avec un scénario exceptionnel. Pour eux, battre le Leinster qui avait battu Toulouse en demi-finale, c’est un marqueur fort psychologiquement parlant. Ils l’ont fait avec un courage remarquable, avec une abnégation incroyable. Un peu à l’image de ce club.

Vous connaissez également bien la maison toulousaine, la perte de ce titre européen semble avoir suscité une forte vexation. Vont-ils s’en nourrir ?

Le Stade toulousain est une équipe habituée à gagner. Une équipe habituée à se remettre en question et qui possède une compétitivité à toutes épreuves. J’imagine effectivement les Toulousains très déçus et vexés d’avoir eu une demi-finale très compliquée contre le Leinster. Maintenant, je pense aussi que les Toulousains sont fiers que la Champions Cup soit restée en France. Ça souligne la bonne santé du rugby français. Maintenant, le Stade toulousain n’est pas habitué à faire une saison blanche. Cette équipe sera au rendez-vous, c’est une évidence.

Est-ce une finale avant la lettre ?

Non, mais ce sera un quart de finale exceptionnel, j’en suis convaincu.

Sur le plan stratégique, La Rochelle possède probablement le plus gros paquet d’avants en France, peut-être même en Europe. Faut-il que le Stade toulousain accepte ce combat ou doit-il trouver des alternatives ?

Je vous confirme que La Rochelle a le plus gros pack de France et d’Europe. Regardez ce qu’il s’est passé lors de la dernière journée de Top 14 contre Lyon : quand les remplaçants sont entrés en jeu, notamment devant, ils ont fait basculer la rencontre. Dans le rugby moderne, quelles que soient les formes de jeu, que l’on apprécie ou non.

 Quand vous prenez des coups de boutoirs d’Atonio, de Priso, de Skelton, d’Alldritt, de Bourgarit, de Danty, de Botia, franchement même si vous aimez le chocolat, vous vous faites quand même sacrément secouer. Et vous perdez pas mal de lucidité. Sans parler de la jauge d’énergie qui diminue à grande vitesse. La puissance, elle est importante. Mais, surtout, les Rochelais ont désormais des garçons comme West, Sinzelle, véritable régulateur de leur jeu.

Certes, ils ont perdu Kerr-Barlow, ce qui aurait pu être préjudiciable sur la finale de Champions Cup mais le petit Berjon, que j’ai vu arriver, a été exceptionnel sur la finale de Coupe d’Europe. Le Stade rochelais n’est donc pas qu’un paquet d’avants très lourd, c’est une équipe très bien équilibrée.

Maintenant, pour rivaliser, il ne faut pas que le Stade toulousain refuse le combat. Surtout, comme ils ont une défense très haute où ils ferment les extérieurs pour te faire revenir inexorablement sur les solides tels Skelton, Atonio et Bourgarit, pour te gratter les ballons. Bref, quand tu te fracasses sur un mur pendant dix ou vingt temps de jeu et qu’en plus tu perds le ballon dans un « contest », le niveau psychologique en prend un coup.

À mon sens, il y a probablement une stratégie de jeu au pied à mettre en place pour ne pas se fracasser inlassablement et des ballons de turn-over à exploiter rapidement. Mais pour rivaliser avec les Rochelais, j’insiste, il faut rivaliser devant. Et Toulouse a largement les moyens de réussir ce pari. C’est ce qui s’était passé notamment lors de la finale de la Champions Cup de la saison dernière.

Le Stade toulousain a-t-il toujours l’avantage du jeu de trois-quarts ?

Le Stade toulousain a la chance d’avoir une charnière exceptionnelle, capable de tenir un match. Ces deux-là (Dupont-Ntamack) ont des superpouvoirs. Dans ce genre de rencontre, c’est capital. C’est là que se trouve la clé du match. Mais attention, les Sinzelle, Dulin, Rhule, Leyds ou encore Danty ont nettement élevé leur niveau de jeu, jusqu’à devenir, peut-être pas les égaux du Stade toulousain, mais des joueurs de très haut niveau avec une excellente carburation. Entre eux, il y a des repères forts. Et puis, grâce à leurs avants, ils ont souvent beaucoup d’espaces à exploiter. À mon sens, l’effectif rochelais est arrivé à maturité.

Ces deux clubs, au regard de leur recrutement pour la saison prochaine, semblent partis pour truster le haut de l’affiche pendant quelques années, non ?

Cette affiche risque de devenir effectivement un rendez-vous incontournable des prochaines saisons. À ce jour, ce sont probablement les deux meilleures équipes françaises. Deux clubs qui se sont construits sur le même modèle économique reposant sur le partenariat, les subventions et la billetterie. Deux formations avec une identité de jeu très forte. Des écoles de rugby qui tournent bien dans toutes les catégories, ce qui est aussi un signe fort pour la bonne santé des deux clubs.
 

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Arnaud BEURDELEY
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