Ce Bordeaux carbure au champagne !

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On dit souvent que les phases finales effacent tout ce qui a existé avant elles. On dit souvent qu’elles sonnent le commencement d’un nouveau championnat, d’une nouvelle compétition à ce point acharnée que ni le vainqueur du challenge européen (Lyon), ni le Toulon d’Etzebeth et Kolbe n’ont d’ailleurs pu s’inviter à sa table, cette année. On oublie tout et on recommence, alors ? Oui, Bordeaux. On oublie tout. On oublie les soirées maussades du début de saison, la fessée culs nuls à Aguilera, le rendez-vous raté en coupe d’Europe, les multiples brimades rochelaises et le cours global de cette saison étrange où tu fus tour à tour un leader inapprochable et un va-nu-pieds, un misérable. On oublie ce qu’on a pu dire, écrire et répéter sur la drôle de manie que tu as de t’effondrer mentalement, dès lors que se dessinent le money time et les matchs de bonshommes, soit les seuls qui comptent vraiment. On oublie tout parce qu’au printemps 2022 et alors qu’on te donnait pour mort il y a à peine une semaine, juste après la gifle reçue à Aimé Giral, tu as montré les muscles, battu le Racing à la régulière et arraché ta qualification en demi-finale pour la deuxième année consécutive. On oublie tout, enfin, parce que tu débarqueras à Nice avec cette gueule d’épouvantail qui te sied plutôt bien et qu’en tout état de cause, tu n’as aucun complexe à nourrir face à cette équipe de Montpellier certes meilleure que par le passé mais beaucoup moins intimidante, depuis qu’elle a perdu son meilleur attaquant (Cobus Reinach) et le soutien d’un semi-remorque (Paul Willemse). Au vrai, tout est ouvert, pour quiconque évite le tableau du Stade toulousain jusqu’à la finale…

La méthode Urios est unique au monde

On n’en est pas encore là, vous dites ? Certes non, mortecouille. Mais face à ce Racing moins tendre que n’aurait pu le laisser croire sa saison en dents de scie, l’Union Bordeaux-Bègles, poussée par ce stade Chaban-Delmas en fusion, a bel et bien prouvé qu’elle avait des tripes et du talent, quand bien même son Argentin à 60 sélections (Guido Petti) fut blessé et absent…

Car il y eut un peu de tout ça, dans la victoire bordelaise face à la grosse Bertha des Hauts-de-Seine, dimanche soir. Il y eut d’abord la révolte de ceux que Christophe Urios, après la morne défaite à Perpignan, avait écartelés place de Grèves, avouant face à la presse que Cameron Woki et Matthieu Jalibert n’avaient ni tenu leur rang, ni fait honneur aux ambitions qu’ils affichent ici et là, et plus spécialement lorsqu’ils portent le maillot tricolore : à Chaban, Jalibert a mordu dans la ligne comme un damné, animé comme jamais, quand Woki a combattu comme si sa vie en dépendait. La méthode Urios, hein ? N’étant pas dans le secret des entraînements de l’ancien talonneur du CO, on ne s’aventurera pas à assurer qu’il est le plus grand technicien que le monde du rugby n’ait jamais porté. Mais sacrebleu, sa connaissance des tréfonds de l’âme humaine, sa faculté à dénicher week-end après week-end – et quitte à s’exposer à une usure du pouvoir- les ressorts qui font se lever des hommes, est en tout point hallucinante et probablement unique, dans notre petit monde…

Et Vadim Cobilas entra en jeu…

Le match, hein ? Il fut globalement fidèle à ce que l’on attend généralement des grosses affiches de Top 14 : après un premier quart d’heure âpre, acharné et au fil duquel Ben Lam, Yoram Moefana et Trevor Nyakane durent tous se faire recoudre par leurs toubibs, Maxime Lucu décidait de sortir ce quart de finale du "catenaccio" auquel il semblait condamné et, sur une pénalité rapidement jouée à la main, la doublure d’Antoine Dupont en équipe de France perçait sur cinquante mètres et créait un point de fixation près de l’en-but francilien ; un temps de jeu plus tard, Moefana allongeait une longue passe sur l’extérieur où Santiago Cordero, plus rapide que tout le monde, aplatissait un essai magnifique. Mais dimanche soir, il était dit que le Racing était mieux luné qu’à l’habitude et peu avant la mi-temps, Max Spring, le basco-maori du Racing 92, perçait le rideau girondin et replaçait les deux équipes au coude à coude.

La bascule ? Elle se situa probablement lorsque le staff bordelais décida de faire entrer en jeu Vadim Cobilas et Clément Maynadier en première ligne. Sur leur première mêlée, ceux-ci activaient la marche avant et offraient un bon ballon à leurs trois-quarts. C’est alors que survint la magie Moefana et, fixant deux défenseurs (Fickou et Vakatwa, excusez du peu…) puis passant les bras, le centre international trouvait Ulupano Seuteni qui marquait un essai magnifique. Cinq minutes plus tard, Cobilas et son "partner in crime" Thierry Paiva mettaient un nouveau coup de reins et, à la sortie du ballon, Jalibert tapait à suivre, Buros récupérait et marquait un troisième essai limpide. Il serait suivi par un quatrième, tout aussi beau, puis un dernier, inscrit par Ben Lam et qui fit basculer le stade chaban-delmas dans une folie contagieuse, un orgasme collectif dont on aurait voulu que jamais il ne s’arrête. Bravo, Bordeaux. C’était chouette.

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