Entretien exclusif - Hastoy : "C’était La Rochelle et nulle part ailleurs"

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Antoine Hastoy (demi d'ouverture) avait annoncé son départ de la Section dès le mois de septembre. Alors qu’il s’apprête à disputer un match avec les Barbarians britanniques, il revient sur cette dernière saison en Béarn et sur ses ambitions avec La Rochelle, son futur club.

Comment vivez-vous vos derniers moments à Pau depuis la fin du championnat, dimanche dernier ?

Nous en avons bien profité dimanche et lundi avec toute l’équipe. J’ai pu passer de bons derniers moments ensemble. Cette semaine m’a permis de réaliser un petit peu. Tout va s’enchaîner très vite maintenant avec le déménagement à La Rochelle et le départ avec les Barbarians, britanniques. C’était ma onzième saison. C’est beaucoup. Ce ne sont que des beaux souvenirs. Je suis vraiment très fier d’avoir pu faire partie de ce club, d’avoir pu jouer pour l’équipe première, d’avoir pu grandir dans cet environnement jusqu’à devenir international en jouant pour la Section.

Avez-vous un souvenir de votre premier jour à la Section paloise ?

Je m’en souviens très bien (rires). Je me suis trompé de bus pour aller à l’entraînement. J’étais arrivé à Bizanos au lieu d’arriver à la plaine du Hameau. Je me vois encore courir sur le bitume avec mes crampons. Je peux encore sentir mon stress de ce jour-là. ça s’était finalement bien passé.

Pensiez-vous alors à une carrière professionnelle en arrivant à la Section ?

Je voulais intégrer absolument le pôle espoir des Pyrénées-Atlantiques à Bayonne. J’avais envie de faire carrière dans le rugby et je pensais qu’il fallait absolument que j’intègre le pôle espoir pour y arriver. Et pour cela, il fallait que je quitte mon club de Billière pour rejoindre la Section. Je suis arrivé un an avant le pôle espoir mais, en minimes, tu ne peux pas encore y penser. Tu viens voir les matchs des professionnels et l’écart est immense. Mais petit à petit, tu avances, on te parle du centre de formation et tu sens que ça se rapproche. En arrivant au centre de formation, tu n’as qu’une envie : jouer au Hameau avec les pros.

Aviez-vous une idole quand vous étiez jeune ?

Je regardais tous les matchs de rugby et c’est toujours le cas aujourd’hui. Je regarde tout, même le XIII. Mais mon idole a toujours été Dan Carter. D’ailleurs, c’est une de mes déceptions. Pour mon premier match en professionnel, j’ai joué contre le Racing 92 lors de la saison du titre de 2016. Dan Carter n’avait pas joué contre nous. J’étais vraiment déçu et je n’ai jamais joué contre lui.

Votre titularisation à Agen en septembre 2018 a-t-elle tout changé ? Avez-vous un souvenir de ce match (victoire de Pau 28 à 25 à Armandie avec deux essais pour Antoine Hastoy) qui a lancé votre carrière ?

Je me souviens de ce match mais je ne m’en suis pas rendu compte pendant la rencontre. C’était seulement ma deuxième titularisation. Colin Slade était blessé et je savais que je pouvais enchaîner après. J’étais hyper concentré. Ça m’a certainement poussé plus vite vers d’autres titularisations. Sur le moment, je ne pensais qu’au match. Après, j’ai senti que même dans le vestiaire, le regard des autres avait un peu changé.

Avez-vous la sensation de quitter une famille ?

Je quitte un groupe de potes. C’est ce qui va être dur dans les prochains jours, en tout cas jusqu’à mon arrivée à La Rochelle. Une fois là-bas, je serai concentré sur ma volonté de m’intégrer et de prouver que je peux jouer. Une fois que la saison prochaine sera lancée, ça sera bon mais dans les semaines qui viennent, je vais me rendre compte que je ne vais pas revenir au club à la rentrée, là où j’ai tous mes potes depuis un moment. Avec Lucas Rey, on a toujours tout fait ensemble, depuis ma première année chez les jeunes. Nous sommes très proches, même en dehors du rugby. Ça va être particulier même si je sais que nous allons rester en contact.

Votre famille réside près de Pau. L’avez-vous consultée pour prendre votre décision ?

J’ai de la famille à Pau et une partie à Biarritz donc c’était facile pour mes proches de venir voir les matchs au Hameau. Forcément, ça compte un peu mais je sentais vraiment que j’avais besoin de partir, de changer complètement d’univers, de découvrir une nouvelle ville. Ça a fait partie de ma réflexion mais l’envie de relever un nouveau challenge sportif était bien trop forte. J’en ai parlé avec mes proches et on s’est dit qu’ils auraient beaucoup d’occasions de venir me voir jouer, que ce soit à Bayonne, Pau, Toulouse et Bordeaux car ce n’est pas très loin de chez eux. Et puis, ils viendront parfois à La Rochelle. J’en ai envie.

Comment avez-vous vécu cette saison, où tout le monde vous a parlé de votre départ ?

J’ai pris une décision tôt. Je ne voulais pas tarder car mon choix était clair dans ma tête. Je ne voulais pas attendre pour l’annoncer. Je voulais surtout bien faire les choses avec Pau. Honnêtement, la première semaine a été difficile notamment avec les supporters. Avec certains en tout cas qui, je le sais, ne sont pas la majorité. Après, tout s’est bien passé car j’ai senti que les supporters avaient compris mon choix et j’ai senti qu’ils me soutenaient, malgré leur déception.

La tournée en Australie avec l’équipe de France a-t-elle déclenché votre envie de changer de club ?

C’est dur à dire. Je crois que ce sont les saisons précédentes qui m’ont donné envie d’aller voir ailleurs. On venait de vivre trois saisons de galères et j’avais envie de plus. Mentalement, c’est vraiment dur à vivre de ne jamais savoir ce que nous allions faire la saison suivante. Aussi de savoir que vous ne pouvez pas jouer le titre. Sur le plan collectif, j’ai envie de jouer pour gagner des titres et personnellement, j’ai encore envie de progresser. Forcément, dans un coin de ma tête, l’équipe de France est là. Je sais que je dois jouer des matchs importants. Il faut surtout que je sois bon dans des matchs importants pour espérer plus. Sinon, ça ne sera pas possible de voir plus haut. Intégrer une équipe qui peut performer en championnat et en coupe d’Europe était important.

Comment avez-vous décidé de vous engager avec le Stade rochelais ?

Quand j’ai rencontré les gens de La Rochelle, j’ai tout de suite su que je voulais aller là-bas et nulle part ailleurs. Dès le premier rendez-vous, j’étais sûr de moi, sûr de mon choix. Je suis vraiment excité de pouvoir rejoindre un club qui vient de prouver qu’il est capable de gagner. Les deux finales perdues (2021) ont été dures à vivre pour les Rochelais mais ils viennent de prendre conscience qu’ils sont capables de gagner. C’est encore mieux pour nous pour la suite. Je veux remporter des titres.

Comment se sont passés les premiers entretiens avec Ronan O’Gara ?

Les rendez-vous avec Ronan O’Gara se sont très bien passés et nous avons gardé quelques contacts pendant la saison, en échangeant quelques messages. Maintenant, il va falloir que je sois bon pour que ça se passe le mieux possible quand je vais être là-bas. Je sens que Ronan a envie de me faire progresser, qu’il a envie de faire progresser tout le club.

Quentin Lespiaucq évoluera aussi à La Rochelle la saison prochaine. Est-ce réconfortant au moment de faire ce saut dans l’inconnu ?

J’ai pris ma décision avant lui. Quand j’ai su qu’il venait, je me suis dit que c’était sympa, que ça allait me permettre de voir un visage familier puisque nous jouons ensemble depuis sept ans à la Section et on se connaissait déjà au pôle espoir. Je suis très content. Et je sais que lui aussi avait besoin de partir pour se lancer un nouveau défi.

En attendant, vous allez rejoindre les Barbarians britanniques avec l’ambition de partir en tournée avec l’équipe de France au Japon…

Je suis très fier. C’est un club mythique ! Je suis excité de la semaine qui arrive, de pouvoir jouer et me montrer dans un match international. En plus de ça, c’est avec le staff de l’équipe de France donc il va falloir se montrer sous son meilleur jour (sourire). Je sais que ce n’est pas l’assurance d’être pris pour la tournée au Japon. À moi d’être bon avec les Barbarians.

La tournée en Australie, la saison dernière, est-elle le meilleur moment de votre carrière pour l’instant ?

La première sélection, c’est vraiment quelque chose de fort, d’intense. J’ai vécu des moments importants en club, bien sûr. Mais comme je n’ai pas connu de titre, la première sélection en Bleu est riche en émotions. C’est un rêve qui est devenu réalité en Australie.

Vous terminez encore cette saison avec un taux de réussite supérieur à 80 %. Vous êtes maintenant un des buteurs les plus réguliers du Top 14. Tom Taylor vous avait beaucoup aidé à vos débuts. Avec qui avez-vous travaillé depuis son départ ?

Chez les jeunes, je ne butais pas. J’ai beaucoup travaillé le jeu au pied et le tir au but avec Tom Taylor mais je m’étais un peu robotisé. J’avais beaucoup progressé à ce moment-là mais j’avais besoin de retrouver du relâchement. Geoffrey Lanne-Petit m’a beaucoup fait progresser sur le tir au but. J’adore travailler ce secteur-là et avoir cette responsabilité pendant les matchs. J’aurais aimé que mon pourcentage de réussite soit plus haut car j’ai en tête trois matchs qui sont venus me plomber. Ce sont des choses qui arrivent mais je veux continuer de travailler, pour éviter de connaître des ratés comme au Racing 92, à Bordeaux et au Stade français.

Cette saison vous avez aussi joué à l’arrière. Est-ce une volonté de votre part ?

Ça a été fait pour répondre à des absences dans l’effectif à un moment donné. Nous avons eu quelques blessés mais Sébastien Piqueronies voulait aussi me voir à ce poste. Il pensait que ce serait bénéfique à l’équipe mais aussi personnellement, que ce soit pour postuler en équipe de France, mais aussi pour voir autre chose, pour faire progresser mon jeu en ayant un peu plus de recul. Mais mon poste préférentiel est toujours celui d’ouvreur.

Avez-vous évoqué cette polyvalence avec Ronan O’Gara ?

Ronan ne m’a pas parlé du poste d’arrière. Nous avons surtout échangé sur le rôle d’ouvreur.

Quel est votre meilleur souvenir sportif à la Section ?

L’année espoir où nous atteignons la finale a été folle et beaucoup de joueurs sont toujours présents au club. Beaucoup sont devenus professionnels. Ce sont de très bons souvenirs. Après, malgré tout, le match contre Montpellier qui permet de nous sauver à la dernière journée sur la dernière action, c’était un moment très fort. Ce n’était pas un titre. Mais sauver le club à la dernière seconde en s’évitant un match à risque, ça reste un moment particulier.

Vous aviez défini avec Sébastien Piqueronies des axes de progression pour la saison qui vient de s’écouler. Avez-vous atteint les objectifs fixés ?

Je suis plutôt satisfait. Nous avons bien travaillé ensemble, notamment sur le management au sein de l’équipe, d’être capable de porter un projet et de diriger le jeu en match. Il voulait que je m’impose, comme le patron de l’équipe. Nous avons bien travaillé dans ce sens-là et je sais que cette saison va beaucoup m’apporter pour la suite de ma carrière. J’en profite pour remercier encore une fois tous les membres du staff. Même si j’ai pu leur dire en face, ils ont été exceptionnels alors que ce n’était pas vraiment facile avec l’annonce de mon départ. Jusqu’au bout, tout le staff a joué le jeu et a toujours cherché à me faire progresser.

Est-ce finalement plus difficile de s’imposer comme le patron quand on a l’image du petit gamin du club ?

C’était vrai quand il y avait encore Colin Slade, Conrad Smith, Tom Taylor, Julien Pierre, Julien Fumat dans l’équipe. J’en oublie certainement d’autres. Mais avec leur présence dans l’équipe, c’était un peu plus dur pour s’imposer et leur dire : "maintenant, c'est moi le patron". De toute façon, ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Mais, c’était un peu plus délicat. Après, Colin est parti, avec tout ce qu’il a fait pour le club. Il fallait prendre la suite en essayant d’être le meilleur.

Colin Slade prenait beaucoup de place…

Un joueur de ce niveau prend toujours de la place. C’est Colin Slade ! C’était le patron de l’équipe. Quand il est arrivé au club en milieu de saison, avec Conrad (Smith), ils ont transformé le visage de l’équipe. Heureusement qu’ils sont arrivés. C’est un joueur qui en impose et qui se donne à 100 %. En étant jeune ouvreur, c’est difficile de prendre sa place.

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Nicolas AUGOT
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