François Rivière : « Si rien n’est fait, Perpignan jouera en Fédérale dans cinq ans »

  • Francois Rivière, président de l'USA Perpignan.
    Francois Rivière, président de l'USA Perpignan. Icon Sport
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François Rivière, l'homme qui préside l'Usap revient sur le maintien et se projette sur les nombreux défis d'avenir qui se présentent à lui et à son club. Avec lucidité et franchise.

Quel sentiment prédominait dimanche après l’obtention tant attendue du maintien ?

Ça a été un soulagement car ça a été dur. Mont-de-Marsan était la tête de pont du Pro D2 et était revanchard après sa finale. Nous avons eu le bonheur d’être accompagné par une incroyable colonie de supporters. Il y avait aussi la conviction que c’était mérité, objectivement. Ce groupe a été très méritant. Finalement, Patrick Arlettaz a eu raison, contre mon avis, je le reconnais, de cibler cette 13e place dès le début de saison en disant qu’elle était une chance supplémentaire et non une punition. Il avait préparé les troupes à ce défi. Ce qui fait que face à l’UBB la semaine d’avant comme à Mont-de-Marsan, le groupe a tenu mentalement. Mathieu Acebes, il y a quinze jours, à l’entraînement, m’avait dit : « On va se maintenir et l’année prochaine, on fera mieux. » Il y a l’objectif de se rapprocher de la dixième place.

En parlant d’avenir, avez-vous été surpris par les prises de position de Patrick Arlettaz et Mathieu Acebes quant à la nécessité d’améliorer au plus vite les infrastructures ?

Sur le fond, Patrick a raison. Sur la forme, je ne partage pas son observation. Ici, on n’est pas à Biarritz, on ne fait pas du Jean-Baptiste Aldigé. La méthode Aldigé, ce n’est pas la mienne. Son intervention peut aussi être considérée comme sévère et injuste. La situation n’est pas due à la nouvelle municipalité de Perpignan qui n’est là que depuis deux ans et qui s’est mise au travail sur cette période. Le problème est que l’on a vingt ans de retard et que ça ne se rattrape pas en deux ans. On n’a rien fait en vingt ans si ce n’est l’éclairage.

L’autre obstacle est que le temps administratif est devenu incroyablement long. Après, sur le fond, Patrick a raison de dire attention et de poser ces enjeux sur la table. Nous sommes très en retard, tant sur le plan de l’hébergement des jeunes du centre de formation que sur le centre d’entraînement ou le réceptif. Si rien n’est fait, Perpignan jouera en Fédérale dans cinq ans. Quand on voit ce qui est fait à Bayonne, à Agen, à Pau, qui sont des clubs de taille comparable…

Vous tenez là un discours d’apaisement...

Chacun est conscient de la nécessité d’aider l’Usap. C’est un effort collectif à avoir. Ce n’est pas le temps des polémiques mais celui du travail et de la concertation. Il faut être alignés. Avec la mairie comme avec le département et la région, nous avons un fonctionnement apaisé.

Qu’est-ce qui est le plus urgent ?

Chaque point est une priorité. Ça fait neuf ans que je suis au club et ça fait neuf ans que je m’époumone à dire aux collectivités et aux partenaires que ces évolutions sont essentielles. Il n’est pas possible d’augmenter le chiffre d’affaires si l’on n’a pas un meilleur accueil, de meilleures buvettes, plus de réceptifs. On a 30% d’hospitalités en moins que Bayonne et Pau... Sur le plan du centre de formation, nos jeunes sont éparpillés aux quatre coins de la ville, dans des logements qui ne sont pas toujours de grande qualité, avec des installations qui ne sont pas top. On ne pourra plus garder nos meilleurs jeunes si l’on n’est pas très vite capable de leur apporter des conditions satisfaisantes.

Concernant le centre d’entraînement, on a quitté Aimé-Giral, car la pelouse était fatiguée, pour venir au Parc des sports. Qui a payé ce centre provisoire ? C’est moi. J’ai mis 1,2 million d’euros de ma poche. Mais ça ne devait être que temporaire. Le Covid et les élections sont passés par là. N’empêche que le centre d’entraînement est digne de la Fédérale. Il y a un projet qui est sur le bureau du maire et des collectivités. Maintenant, il faut avancer. Les dossiers sont prêts, il est temps d’appuyer sur le bouton pour que ce soit fait d’ici une ou deux saisons. On est patients. Les joueurs et le staff ne sont pas idiots, ils savent que ça n’arrivera pas demain mais ils veulent que ça devienne concret.

Ne voyez-vous pas une forme de fatalité dans le fait que l’Usap soit petite chez les grands ?

Vous savez, j’ai fait ma réussite professionnelle en développant une petite entreprise dans la construction de parkings qui a fini par devenir numéro 2 français. La stimulation, les défis, j’aime ça. Mais il faut poser les bons diagnostics avant tout. Ce qui est compliqué, c’est que les gens d’ici avaient oublié ce qu’exigeait l’excellence de l’élite. Il faut retrouver cette culture du haut niveau. Il y a des raisons d’espérer, avec le Mondial et les JOqui arrivent. Il se produit aussi autour de l’Usap ce qui n’était pas arrivé depuis quelques années. Il y a un réel engouement. J’ai eu plus de messages de félicitations ce week-end qu’après le titre de champion. Il faut se mettre en ordre de marche au plus vite.

N’êtes-vous pas fatigué de n’avoir pas eu de grande avancée depuis votre arrivée au club il y a neuf ans ?

De la fatigue, il y en a régulièrement. Mais en allant à Mont-de-Marsan, j’ai retrouvé de la patate pour cinq ans. Rien ne suscite autant d’émotions que le rugby. C’est pourquoi j’y mets toute mon énergie et de l’argent personnel. La seule contrepartie que je demande est d’avoir tout le territoire derrière moi. Si ce n’est plus le cas, j’arrêterai et je ferai autre chose. Mais c’est un tel marqueur identitaire pour la Catalogne que l’on ne peut pas ne pas réussir.

Votre mandat a-t-il une date d’expiration ?

Il ne faut pas faire trente ans, c’est sûr. Être un président, c’est bien. Être un vieux président gâteux, c’est autre chose. À un moment donné, il faut passer la main. Pour l’instant, le bateau n’est pas stabilisé en haute mer, il est juste sorti du port. D’ici cinq, six ans, on verra pour ma succession. Ce ne sera pas simple d’ailleurs : il faudra quelqu’un qui aime le rugby, partager des aventures et qui ait un peu de sous pour combler les trous et vivre indépendamment de l’Usap. L’équation est complexe. Ce que j’aimerais, ce serait réunir des socios autour du club avant mon départ. Ce serait une très belle sortie.

Revenons aux sujets d’actualité. Sans la prime de montée, le risque de voir le budget baissé est-il réel ?

Cette année, on avait un budget de 18 millions avec quelques aides Covid, la prime d’accession et le départ de certains joueurs, ce qui donnait un chiffre d’affaires exceptionnel de 1,5 million d’euros. Le vrai budget était donc à 16,5 millions, en sachant que j’en mets au moins 1, 1,5. Mon objectif, pour l’an prochain, est d’être au seuil fatidique des 20 millions. Certains me disent : « Président, c’est impossible. » Je leur réponds : « On est bien passé de 11 à 18, non ? » Certes, il y avait 3,5 millions de droits télés et les 1,5 million d’euros que l’on a évoqués mais cela laisse 2 bons millions de chiffres d’affaires supplémentaires. D’où l’importance d’améliorer le réceptif encore. Il y aura 200, 250 places en plus la saison prochaine.

Le staff, qui espère encore trois à quatre recrues, sera-t-il exaucé ?

Il y a des discussions et il y aura prochainement des annonces. La difficulté est que, jusqu’à dimanche dernier, nous n’avions pas la certitude de rester en Top 14. La priorité était de s’assurer de la présence de nos cadres en cas de relégation, ce qui ne nous a pas empêchés de finaliser des recrutements. Il faudrait que l’on se renforce au poste de pilier droit, en numéro 5, probablement, et peut-être à l’aile. Tout ça n’est pas simple, avec la règle des Jiff qui va encore se durcir.

Le départ de Bautista Delguy, une des recrues phares de la saison, a surpris. Que s’est-il passé ?

J’ai une philosophie à ce sujet : on ne retient pas un joueur qui a envie de faire carrière ailleurs. Ça ne sert à rien. L’Usap est un club suffisamment attractif pour le rester. Bautista avait envie de partir, libre à lui de le faire. Je ne rentrerai jamais dans des surenchères déplacées. L’autre point est qu’avec ce joueur, nous avions signé un 1 + 1. Ça faisait partie du « deal ». On avait fait pareil avec Paddy Jackson et ça n’avait pas marché. Delguy, lui, avait trouvé sa place. On est un peu déçu qu’il s’en aille. Moi le premier, je trouve qu’il aurait peut-être dû se donner un an de plus avec nous. Je lui ai dit d’ailleurs : «Je trouve que tu gères ta carrière un peu comme tu joues sur le terrain. On se sait jamais ce qui va se passer. » C’est ce qui fait sa force comme joueur. Pour sa carrière, j’ai un petit doute. Mais c’est sa décision.

Le débat avec Jaminet était complètement différent. Il était avec nous depuis quatre ans. Et c’est un joueur international qui voulait être certain de son exposition. Il est logique qu’il parte. En plus, il a fait le job sur le dernier match. Je lui ai dit: « Bravo, bon vent et sache que tu auras toujours une place qui t’attendra. » Entretemps, j’espère que l’Usap aurait rejoint le gotha du rugby français. Melvyn est un bon garçon et je lui souhaite une belle carrière. Le vrai sujet, c’est que ce n’est peut-être pas raisonnable qu’un club regroupe une petite vingtaine d’internationaux. Et pourtant, je suis un libéral. Sur Delguy, je n’ai pas d’état d’âme non plus, c’était le deal de départ. On avait été plus agacé par le départ de Roussel à Bordeaux l’an dernier. Vis-à-vis du club, ça n’avait pas été très élégant. 

Plusieurs jeunes prometteurs (les Bleuets Ethan Randle et Samuel Mfoudi, Dylan Jaminet aussi) quitteront le club cet été. Comment percevez-vous ce petit exode ?

Je le vois avec inquiétude. C’est une raison de plus pour restructurer très vite les conditions d’hébergement du centre de formation. Je pense que beaucoup de parents hésitent à nous confier leurs enfants quand ils voient ce qu’on leur propose. Le deuxième sujet est à un niveau fédéral. On a gardé tous les jeunes que l’on voulait conserver car Bruno Rolland a fait en sorte que les cas prioritaires restent mais c’est vrai qu’il y a eu une attaque en règle de la part des clubs puissants. On est obligé de se battre contre de grandes écuries qui ont tout pour attirer les meilleurs jeunes afin de se constituer un vivier. Il faudra se pencher sur cette problématique qui est un sujet majeur.

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