L'édito : l’Union Bordeaux-Bègles en rébellion

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L'édito du vendredi par Léo Faure... Des incongruités, on en a vues et pas qu’une fois, dans l’histoire du rugby. Des résultats à l’encontre de la logique, c’est la plus belle loi du sport : son incertitude. De solides brouilles au sein des staffs, et pas plus tard que l’an dernier à La Rochelle, mais qui n’empêchaient pas les équipes d’être performantes. Des déchirures entre joueurs, aussi, des clans constitués et qui n’altéraient pourtant pas le résultat final. C’est arrivé souvent. Les vestiaires de champions ne sont pas toujours unis et meilleurs amis, au civil comme à la mine.

La situation que vit l’UBB porte pourtant le sceau de la nouveauté. La rupture, entamée voilà plusieurs semaines, a franchement explosé un soir de victoire en phase finale. Notez la bizarrerie. Elle s’expose désormais sur la place publique, ce qui n’a rien de banal dans le monde aseptisé du rugby, version professionnelle. Là où on tait habituellement les fâcheries pour brandir le "vivre ensemble" en vertu cardinale, les acteurs girondins prennent les devants et tirent, contre leur camp, à visage découvert. De leur propre initiative, sans y être toujours invités. Étrange.

Dans ce climat électrique, les Bordelais ont donc remis au goût du jour l’autogestion relative, pas franchement totale, pas franchement souhaitée non plus. Le staff est toujours là, tranche les questions centrales mais délègue plus que de raison, en semaine. Les joueurs, visiblement, subissent autant la situation qu’ils ne l’ont créée. Pas de sentiment de libération ou de grand soir : à Bordeaux, on vit sans sourires une situation que tout le monde semble finalement regretter.

Au matin de disputer leur deuxième demi-finale de Top 14 consécutive, également la deuxième de leur histoire, leur situation est-elle rédhibitoire ? Absolument pas. Si le rugby réclame une forte approche collective, il a aussi construit nombre de ses grandes épopées sur l’idée de rébellion. Et revient ici le souvenir pas si vieux de 2011. En pleine Coupe du monde, les Bleus avaient éprouvé pareille situation, avec un staff toujours présent bien qu’en guerre avec ses hommes. À commencer par les cadres. Et les hommes de Lièvremont – qui ne l’étaient plus vraiment – avaient, cette année-là, été plus proches que jamais d’un sacre mondial.

L’UBB en est là, au milieu de ce gué. Déstabilisée, certainement. Et si c’était, justement, ce qu’il lui fallait ? De ces temps de chaos relatifs émergent souvent de nouvelles personnes, de nouvelles idées, de nouvelles ressources. Christophe Urios le sait, qui n’a pas toujours ménagé ses vestiaires et préféré le conflit assumé à la fausse camaraderie, qui fait larver de véritables hypocrisies destructrices. Il en a, par le passé, souvent obtenu des résultats probants.

Ce samedi, face à un Montpellier aux antipodes, habitué aux saisons mouvementées et qui vient justement de stabiliser son navire, depuis un an, Bordeaux-Bègles abordera dans la plus étrange des ambiances un tournant de son histoire. Une victoire et la postérité parlera d’une rébellion crédible, nécessaire, presque belle. Une défaite et les tensions pourraient définitivement mettre les hommes dos à dos. Instants charnières.

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