Top 14 - Toulouse : Arnold, les deux font la paire

  • Richie (à droite) Rory (à gauche), les frères jumeaux Arnold, ont des qualités similaires sur le terrain.
    Richie (à droite) Rory (à gauche), les frères jumeaux Arnold, ont des qualités similaires sur le terrain. Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Alors que le Wallaby Rory Arnold quittera Ernest-Wallon cet été, il aura formé en France un attelage aussi détonnant qu’efficace avec son jumeau Richie, laquelle entend s’offrir un dernier titre en commun. Retour sur une association pas comme les autres.

Ce vendredi soir, les frères Arnold (31 ans) seront alignés ensemble au coup d’envoi pour la quinzième fois sous le maillot du Stade toulousain. Ce pourrait être la dernière si leur club venait à s’incliner, puisque Rory a décidé de s’éloigner d’Ernest-Wallon et de son jumeau Richie pour prendre la direction du Japon cet été : « Il y a plusieurs raisons qui expliquent mon départ. Déjà, c’est un vol plus court pour retourner en Australie et je ne suis pas rentré à la maison depuis deux ou trois ans. Les saisons ne sont pas aussi longues là-bas : en Top 14, vous jouez tellement de matchs… C’est une véritable épreuve pour le corps, une sorte de marathon. À mon âge, la longévité de la carrière a aussi joué un rôle. Là-bas, il y aura des défis différents, comme le choc culturel, mais c’est quelque chose que j’attends avec impatience. » 

Mais, si la logique statistique est respectée, le Wallaby (26 sélections) pourrait patienter une semaine de plus avant de prendre ses distances avec celui qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Ce qui avait d’ailleurs valu cette anecdote savoureuse d’Antoine Dupont : « De dos, ce n’est pas facile de les reconnaître. Parfois, il y en a un avec les cheveux plus longs ou des crampons différents. Mais j’ai l’impression qu’ils font souvent exprès d’avoir la même coupe et les mêmes crampons ! Ils sont habitués à ce qu’on les confonde, donc qu’on appelle Rory ou Richie, ils se tournent tous les deux (rires). Si on n’est pas bien réveillé, on peut dire bonjour deux fois au même. » 

Mola : « Ce n’était pas simple de les convaincre »  

Pour revenir aux données mathématiques plutôt qu’au décryptage de faciès, quand Toulouse a débuté un match de phase finale avec ses deux géants de 2,08 m en deuxième ligne, il ne s’est jamais incliné. C’est arrivé à six reprises : trois fois contre La Rochelle, au Munster, à Clermont, contre Bordeaux-Bègles et en Ulster. Au total, les Rouge et Noir n’ont perdu que quatre matchs de phase régulière en deux saisons lorsque les Arnold portaient les numéros 4 et 5 dans le dos. Hasard ou pas, c’était quatre doublons…

Les autres succès avec cette configuration ? À La Rochelle (encore), à Montpellier et contre Castres. De là à dire que les deux Australiens sont des hommes de grands rendez-vous, il n’y a qu’un pas que beaucoup franchiront. Il n’y a qu’à voir comment ce duo monte naturellement le curseur, en termes d’agressivité notamment, quand l’odeur des phases finales est là pour le mesurer.

Si cette paire est aujourd’hui redoutée de tous, tant elle embrouille et épuise ses adversaires, leur association n’avait pourtant rien d’évident sur le papier. Quand ils évoluaient ensemble en Super Rugby aux Brumbies en 2018, Rory et Richie Arnold n’avaient été alignés qu’une fois côte à côte au coup d’envoi d’un match. Il faut dire que leur physique quasiment similaire fait souvent de l’un le remplaçant idéal de l’autre. Ou plutôt faisait de Richie la doublure idoine de Rory, pour être plus clair… « On avait l’idée de les associer depuis l’été 2020, quand Richie est revenu au club, explique le manager Ugo Mola. Nous n’avons pas pu au départ parce qu’ils ont connu des blessures à tour de rôle. Et puis, si notre staff était convaincu, ce n’était pas simple de les convaincre eux, notamment Richie. »

Parce que, si rien ne les différencie aux yeux du public et des observateurs en France (il est question de niveau et non de physique !), ce n’est pas le cas à l’autre bout de la planète. Là-bas, c’est Rory Arnold qui compte soixante-treize apparitions en Super Rugby, contre dix-sept à son jumeau. C’est encore Rory qui fut (et devrait encore être) un titulaire indiscutable à la Coupe du monde 2019 avec les Wallabies, quand son frère n’a jamais été dans les radars de l’équipe nationale.

Là-bas, leurs statuts sont tellement différents… Le paradoxe aujourd’hui, c’est presque de voir que Rory a marché dans les pas de Richie depuis que ce dernier a débarqué au Stade toulousain en qualité de joker médical en janvier 2019, cinq mois avant de soulever son premier Brennus. Quand lui est reparti finir sa pige au Japon, Rory est venu lui succéder à Ernest-Wallon. Et il a dû attendre son retour, quelques mois plus tard, pour s’offrir lui aussi des titres, ceux de champion d’Europe et de France, en commun avec son frère. Et aujourd’hui ? Rory va donc aller au Japon, sur les traces de Richie…

Bouilhou : « Les capacités physiques d’un troisième ligne »

Leur complémentarité va manquer à Toulouse, en particulier à l’entraîneur des avants Jean Bouilhou, qui se régale de construire son paquet autour de ses deux poutres. Avec un Richie Arnold plus combattant et un Rory Arnold plus expert de la conquête, l’ancien troisième ligne sait qu’il avait déniché un équilibre parfait. Un cimetière à ballons pour les équipes en face en touche, et un étouffoir pour leurs joueurs dans le jeu… « Les mettre ensemble nous apporte beaucoup de mobilité et d’activité, parce qu’ils ont chacun les capacités physiques d’un troisième ligne, détaille Bouilhou. Sauf qu’ils font presque 2,10 m ! »

Forcément, l’innovation ouvre ensuite le champ des possible. « L’idée est de faire notre cuisine sur l’ensemble du pack en fonction des forces et faiblesses de l’adversaire, de ce qu’on veut mettre en place, reprend le technicien. Leur association permet d’aligner une troisième ligne un peu moins aérienne, vu que ce sont d’excellents sauteurs. »

Ce sera d’ailleurs le cas ce vendredi, en l’absence de Cros, puisque le staff a choisi de densifier sa troisième ligne en alignant Selevasio Tolofua d’entrée aux côtés de Rynhardt Elstadt et Anthony Jelonch. Grâce à la présence des deux Arnold devant eux, le risque est mesuré. « Suivant les matchs, on peut choisir d’associer un deuxième ligne massif avec un aérien, ou deux aériens, ce qui laisse la possibilité de se servir de la puissance du massif en cours de rencontre », nous avait aussi dit un jour Bouilhou.

Un rôle qui incombera à Emmanuel Meafou en demi-finale. Imaginez le cadeau quand vous venez de vous coltiner deux armoires de 2,08 m et de plus de 120 kg pendant une heure… Si le plan fonctionne une nouvelle fois, il faudra donc attendre encore un peu pour que la plus grande deuxième ligne de l’histoire de ce sport ne trouve plus place que dans le livre des records.

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Jérémy FADAT
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