L’année de tous les dangers

  • Matthieu Jalibert
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Matthieu Jalibert répond finalement aux trois sujets qui comptent vraiment, le concernant directement ou indirectement. Le XV de France, tout d’abord, et cette concurrence avec Romain Ntamack qui poursuit les deux jeunes hommes depuis leurs débuts. Tout est réuni pour un cocktail explosif d’antagonismes : même âge ou presque, même talent ou presque ; personnalités éloignées, profils divergents et clubs rivaux. Fallait-il installer Jalibert le dynamiteur ou Ntamack le sage ? Le feu ou le fer ? Jusqu’ici, Jalibert résume tout : l’absent a toujours eu tort et Fabien Galthié, sélectionneur gâté de mille joyaux, n’a jamais eu à franchement trancher. Si, une fois. En novembre, contre les All Blacks. C’était en faveur du Toulousain. Voilà l’indicateur le plus clair de la hiérarchie au poste d’ouvreur, en Bleu. Jalibert, qui assure toujours briguer un statut de titulaire, devra attendre.

Le Bordelais répond également sans détour à cette autre question qui fâche : mais quelle crise a donc piqué l’UBB, il y a deux mois, au matin des phases finales ? La brouille, vite étalée sur le dos de médias aux épaules larges, était réelle dans les coulisses girondines. Jalibert ne la nie pas, comme il ne nie pas la vexation qui fut la sienne de voir son nom balancé sur la place publique des accusés, au soir de l’ultime défaite de phase régulière à Perpignan.

Ladite crise, exposée aux yeux de tous après la victoire en barrage contre le Racing, larvait en fait depuis plusieurs mois de tensions et dissensions entre Christophe Urios et son groupe. Jalibert jure aujourd’hui que lui et son entraîneur se sont parlé, que l’affaire est close. Elle a pourtant eu des suites, dont celle retentissante du départ de Cameron Woki vers le Racing 92. On ne saurait ignorer totalement le lien entre ces deux épisodes. À voir comment redémarrera l’aventure bordelaise, dans quelques semaines.

Jalibert, encore lui, répond à ce départ de son ami Woki et, plus globalement, à l’intersaison que traverse l’UBB. Beaucoup de départs importants, c’est moins vrai dans le sens des arrivées. Dans la balance, pas sûr que le club girondin se soit renforcé, cet été. Sans le dire franchement, l’ambitieux ouvreur international s’en inquiète, et demande à voir. Il accorde le bénéfice du doute, pas plus. Pas besoin de loupe pour lire entre ces grosses lignes.

Au milieu de tous ces sujets fondamentaux, sur lesquels il était attendu et face auxquels il ne s’est pas débiné, un passage plus sibyllin : son souvenir de 2019, la Coupe du monde ratée au Japon en raison de blessures antérieures et qui l’avaient empêché de défendre pleinement ses chances.

À l’approche du Mondial en France, Jalibert dit en avoir tiré les leçons. Pour ne pas risquer la blessure, il ne veut pas y penser et tout jouer à fond. C’est le discours, la théorie. Pas si facile, toutefois, quand l’inconscient viendra susurrer à l’oreille du conscient des messages de précaution, de craintes. De sauvegarde.

Comme un instinct de protection, ce risque de relâche inconsciente le concernera lui, comme une grosse vingtaine d’autres joueurs qui, sauf blessure, ont de grandes chances d’être de l’aventure 2023. Sauf blessure, donc. Une épée au-dessus de toutes ces jeunes têtes, qu’il faudra gérer en même temps que toutes les échéances d’une année traditionnellement dense. Et décisive. Cela jouera nécessairement sur le scénario de la saison à venir. En ce sens, la Coupe du monde n’est pas loin d’avoir déjà commencé.

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Léo FAURE
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